« Touriste », un nouveau film russe qui agace Paris

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"Touriste", un nouveau film russe qui agace Paris

Tourné entièrement en Centrafrique, « Touriste », un nouveau long métrage russe, est très mal vu à Paris.


Le film « Touriste », doublé en sango, langue nationale, a été projeté le jeudi 14 mai 2021 en avant-première au stade de Bangui, capitale de la République Centrafricaine (RCA), en présence d’au moins 20.000 spectateurs. « Applaudissez pour les Russes. Les Russes sont nos amis bien sûr « , lance Williams Wilfried, un acteur du film.


« C’est un hymne au renforcement des liens de coopération et d’amitié entre le peuple de la RCA et celui de la Russie. La présence des russes a permis de reconquérir certaines parties du territoire du pays, naguère occupées par des forces nuisibles dont le seul objectif était de déstabiliser les institutions de la République »,   reprend Aline Gisèle Pana, ministre des Arts, de la Culture et du Tourisme.


« Touriste », une coproduction russo-centrafricaine, a été projetée en présence du conseiller pour l’Afrique du Kremlin, le sociologue Maxim Shugaley. Occupant non officiellement ce poste, Maxim Shugaley était en mission en Libye où il a été tenu en captivité pendant plusieurs mois, accusé de s’ingérer dans les affaires politiques internes. Un film a été consacré à cet épisode .


Alexander Ivanov, chef des instructeurs militaires russes en RCA, était également présent lors de la projection du film « Touriste ». Ce nom semble être un pseudonyme.


« Touriste » a été tourné dans de vrais camps militaires

Les scènes d’action ont été tournées dans de vrais camps militaires en RCA comme Roux et Bérengo.  « Le nouveau film bourré d’action raconte les événements réels du récent conflit en République centrafricaine, où les forces russes aident l’armée gouvernementale à affronter les rebelles de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC). Le film «Touriste» montre le grand rôle que jouent les Russes en Centrafrique et leur dévouement à leur travail. Il montre également les immenses sacrifices consentis par l’Armée nationale centrafricaine (FACA) pour protéger les civils et défendre leur pays », souligne le site Bangui 24 sur sa page Facebook.


Le film est inspiré des événements sanglants en République centrafricaine ayant survenu depuis l’accession contestée à la présidence de François Bozizé, en 2003. Bozizé s’enfuit au Cameroun après son renversement en mars 2013. Menacé par les groupes rebelles des Séléka, composés majoritairement de musulmans, il demande de l’aide à Paris et à Washington, fin 2012. Selon les rebelles, Bozizé n’avait pas respecté les accords de paix alors que son entourage soutenait qu’il était devenu « une cible » après avoir accordé un contrat d’exploitation pétrolière à une société chinoise.


Exactions contre les musulmans


Les Séléka mènent la guerre, durant 2013, aux milices Anti-Balaka, formées de chrétiens, accusées d’exactions contre des civils musulmans, notamment à Boali, au nord de Bangui. Pour fuir les massacres, les musulmans, minoritaires en RCA, se sont réfugiés au Tchad et au Cameroun voisins. Près de 500.000 centrafricains musulmans ont quitté le pays. Pendant deux ans, le conflit a pris une tournure religieuse.


En janvier 2016,  Faustin-Archange Touadéra est élu président du pays et lance un processus de « réconciliation nationale ». Il est réélu en décembre 2020. Fin 2017, il signait un important accord militaire avec la Russie pour former les soldats centrafricains. Les russes, avec les rwandais, assistent les militaires locaux à la reconquête des territoires occupés par les rebelles. Des scènes du film « Touriste » montrent que ces rebelles sont soutenus par des européens blancs.


La moitié du pays sous le contrôle des rebelles

Près de 50 % du territoire de la RCA n’est toujours pas contrôlé par le pouvoir central malgré les accords de paix de Khartoum (2019). Bangui compte sur l’aide de Moscou pour chasser les rebelles et rétablir l’intégrité territoriale du pays. Faustin-Archange Touadéra est protégé en partie par des militaires russes, certains sont des salariés de la société privée Wagner.


Selon l’hebdomadaire « Jeune Afrique »,  Valery Zakharov, ancien membre des services secrets russes (FSB), est le conseiller à la sécurité nationale du président centrafricain. A ce titre, il assiste aux discussions avec les représentants des milices rebelles.


« Un film de propagande »


Le long métrage « Touriste » est critiqué par des médias français le présentant comme « un film de propagande,  à mi-chemin entre « Rambo » et « Blood Diamond » ». En avril 2021, le quotidien français « Le Monde » a accusé « les mercenaires russes » de commettre « des exactions » en RCA, s’appuyant sur un rapport de la Minusca (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique). Bangui accuse la Minusca « de jouer le jeu de certaines puissances comme la France, les États-Unis pour déstabiliser le pays ». « Ils ne veulent pas qu’on touche aux rebelles », a déclaré un proche du président Faustin-Archange Touadéra , repris par Le Journal de Bangui.


Arrestation d’un français avec un arsenal de guerre

Le même journal a rapporté que la police centrafricaine a arrêté, le 10 mai 2021, un ressortissant français avec  « un important arsenal  d’armes de guerre », trouvé chez lui. « C’était quelqu’un qui se disait journaliste », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Ange-Maxime Kazagui. « L’homme arrêté avait travaillé ponctuellement dans plusieurs organisations en Centrafrique comme garde du corps », a souligné Le Journal de Bangui, citant des sources humanitaires. « Il avait fait un court passage dans l’armée dans sa jeunesse », a rapporté une source diplomatique reprise par  l’AFP.


Selon Bangui 24, des centaines de centrafricains sont sortis manifester dans la rue après la projection du film russe « Touriste » « pour exprimer leurs soutiens aux FACA et leurs alliés russes et rwandais pour la libération de la République centrafricaine ». Des photos ont été publiées sur Facebook.

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