Théâtre: la pièce « Skora » prend la défense de la femme divorcée, critique les époux défaillants

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Théâtre: la pièce
Théâtre: la pièce "Skora" prend la défense de la femme divorcée, critique les époux défaillants

« Skora », la nouvelle pièce d’Ali Djebara, a été présentée, lundi 29 mars, au Théâtre régional Mohamed Tahar Fergani de Constantine, à la faveur du 9ème Printemps théâtral de l’ancienne Cirta.


Adaptée par Meliani Moulay Mohamed Mourad du roman d’Amin Zaoui « Al malika » (la reine), la pièce, produite par le Théâtre régional Mustapha Kateb de Souk Ahras, ose faire bouger quelques lignes en critiquant sévèrement « les contradictions sociales ». Le procès fait à l’homme algérien est sans appel. Skora (Loubna Noui), mère de deux enfants, s’est complètement libérée en divorçant d’un homme manquant de virilité et de présence . « Un mari qui n’écoute que sa mère », dénonce-t-elle.

Elle retrouve l’amour dans les bras d’un chinois travaillant en Algérie. « J’ai trouvé ce que je voulais auprès de l’étranger », dit-elle. Désarticulés, les autres personnages évoquent « le mangeur de chats et de chiens », à propos des chinois, parlent de leurs yeux bridés, pour se moquer d’elle. Mais Skora, habillée en robe rouge pour signifier la reprise d’un certain pouvoir, fait ce qu’elle veut d’elle et de son corps.


Skora évoque les sujet tabou

Elle critique à haute voix les tentatives de prise de contrôle du corps par le religieux. En gardienne du temple, la belle-mère (Michou), toujours dominante, vitupère contre Skoura et ses manières de « femme libérée » qui n’est pas si fragile, contrairement à ce que prétendait Cookie Dingler dans sa célèbre chanson.

La servante Hafida  (Chaima Ouared), qui rapporte tout des faits et gestes de la divorcée, finit, elle-même, par raconter son drame. Elle était « l’esclave sexuelle » des terrosites dans les maquis durant les années 1990. Le sujet des femmes violées durant cette période demeure toujours presque tabou dans le théâtre algérien. Il n’a été abordé dans le cinéma que dans le film « Rachida » de Yamina Bachir Chouikh.


L’amoureux chinois, qui prend le prénom de Younes, peut être dans une tentative « d’intégration », a, lui aussi, ses souffrances. Autant que le beau-père de Skora qui traîne des douleurs. Travaillant dans une morgue, Abderrahmane (Riad Djefafla), amoureux de Hafida, fait réagir le public par ses répliques décalées, presque burlesques. Fil conducteur de la narration,  il est souvent suivi, comme une doublure par Abdelkader (Brahim Helaïmia), un personnage simple d’esprit, qui ne fait que reprendre ce que dit Abderrahmane.


Le droit d’aimer

Entre comédie noire et tragédie, « Skora » fait un réquisitoire, d’une manière brutale, des époux défaillants, dénonce les hyporcrisies sociales et plaide pour la femme et son droit d’aimer. Le manichéisme du récit, tiré du roman lui-même, a affaibli le spectacle dans le sens où la libération du corps est apparue plus importante que celle de l’esprit et où la société est réduite à une unité homogène traditionaliste et vindicatives.

A deux reprises, tous les personnages, dont le représentant, caricaturé à outrance de l’esprit Daech, se regroupent sur un socle en criant vengeance alors que Skora paraît isolée seule sur scène. Seule contre le monde entier ? Une perception naïve qui ne sert pas réellement le plaidoyer voulu par Ali Djebara pour la liberté d’aimer. 

 Le 9e Printemps théâtral de Constantine a débuté samedi 27 mars et se prolonge jusqu’au 3 avril 2021. Le Printemps théâtral de Constantine est de retour avec l’installation du Comité de l’action culturelle de la ville de Constantine constitué principalement d’artistes. Le comédien Hakim Dekkar est président du Comité.

Le Printemps théâtral rassemble les amis, les artistes et les cultures depuis son lancement en 1995. Les textes de trois pièces de théâtre au programme sont tirés de romans de Mouloud Mammeri, Malek Haddad et Amin Zaoui. Les étudiants des facultés d’art de l’université seront présents lors des débats, autant que les gens du théâtre.

Un hommage a été rendu à hommage à l’un de de ses fondateurs, Salim Merabia, ex-directeur du Théâtre régional de Constantine(TRC).

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