Explosion du port de Beyrouth : une année après, l’enquête au point zéro

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Explosion du port de Beyrouth : une année après, l'enquête au point zéro
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Qui est derrière l’explosion dans le port de Beyrouth le 4 août 2020 ? S’agit-il d’un accident, d’un attentat ou d’un incident volontaire ? Des questions toujours sans réponse au Liban.


Une année après, l’enquête n’a pas évolué. Les familles des 219 victimes de l’explosion au port de la capitale libanaise attendent toujours de connaître toute la vérité. Ils manifestent ce mercredi 4 août leur colère et dénoncent l’attitude de la classe politique.
« Le juge Bitar se heurte à une contre-offensive de la classe politique, alors que l’enquête pointe de graves manquements de la part de nombreux responsables. Plusieurs zones d’ombre ont été dissipées, mais certaines persistent, notamment la question de savoir si le déchargement du nitrate d’ammonium à Beyrouth relevait vraiment du hasard », écrit le journal libanais L’Orient-Le-Jour.


Selon les médias libanais, 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, considéré comme un puissant agent explosif, sont restés stockées au port de Beyrouth pendant six ans. Qui a transporté cette marchandise ? Et comment l’explosion s’est produite? La justice libanaises peine à trouver des réponses alors que des responsables libanais refusent de répondre aux convocations du juge d’instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, nommé en février 2020.


Le juge Bitar devant de nombreux obstacles

Il n’arrive toujours pas à auditionner Camille Daher, ancien directeur du service de renseignements de l’armée,  Jean Kahwagi, ancien commandant en chef de l’armée et Abbas Ibrahim, directeur de la sureté générale.
Mohammed Fahmi, ministre de l’intérieur, a refusé de permettre l’interrogatoire du général Abbas Ibrahim.


Tarek Bitar a demandé, selon Libnanews, la levée de l’immunité parlementaire de l’ancien ministre des finances, Ali Hassan Khalil et de l’ancien ministre des travaux public, Ghazi Zeaiter, réputés proches du président de la chambre des députés Nabih Berri,  ainsi que de l’ancien ministre de l’intérieur Nouhad Machnouk.


Les trois ministres auraient été au courant de la présence de produits chimiques dangereux au port de Beyrouth, sans réagir. Le port est sous la responsabilité du ministère des Transports.


Les députés s’accrochent à leur immunité

Le Parlement n’a toujours pas répondu à la requête du magistrat instructeur. Et, les députés ont fait circuler une pétition demandant à ce que l’immunité parlementaire ne soit pas levée pour…ne pas perturber l’action politique.
Le juge Fadi Sawwan, le premier à avoir entamé l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth, a été renvoyé, après pression d’Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaiter, deux parlementaires du mouvement Amal.


Le juge Bitar, qui a inculpé une vingtaine d’employés et de dirigeants du port de Beyrouth, n’a mis directement en cause aucun haut responsable du pays.


En 2014,  le colonel Joseph Skaff, responsable de la lutte contre le trafic de drogue et le blanchiment d’argent au sein des douanes libanaises, avait informé les autorités de la présence d’une cargaison dangereuse de nitrate d’ammonium au port. Une partie de cette cargaison a été « détournée » vers une destination inconnue.


Troublant assassinat du colonel Joseph Skaff

L’officier des douanes avait refusé son déchargement du cargo Rhosus, battant pavillon moldave et venant de Géorgie, arrivé le 20 novembre 2013 à Beyrouth et n’est jamais reparti puisqu’il a coulé, son propriétaire russe ne l’ayant pas réclamé.
Joseph Skaff a été déplacé de son poste et la cargaison du Rhosus a été déchargée et mise dans un entrepôt sans respect des normes de sécurité.
Quelques semaines après l’explosion, Joseph Skaff  a été assassiné dans des conditions troubles. Sa famille parle d’une liquidation physique.


« Des preuves montrent de manière accablante que l’explosion d’août 2020 dans le port de Beyrouth a été causée par la négligence de hauts responsables libanais qui n’ont pas communiqué avec précision les dangers posés par le nitrate d’ammonium, ont sciemment stocké ce composant dans des conditions dangereuses et n’ont pas protégé la population », a déclaré Lama Fakih, directrice de la division Crises et conflits de Human Rights Watch et directrice du bureau de Beyrouth.


« Un an plus tard, les cicatrices de cette journée dévastatrice restent gravées dans la ville tandis que survivants et familles des victimes attendent toujours des réponses(…) Malgré les ravages causés par l’explosion, les responsables libanais continuent de choisir la voie de l’évitement et de l’impunité plutôt que celle de la vérité et la justice  » a-t-elle ajouté.


Human Rights Watch demande une enquête internationale

Human Rights Watch a demandé au Conseil des droits de l’homme de l’ONU d’autoriser « immédiatement » une enquête sur l’origine de l’explosion du port de Beyrouth et imposer « des sanctions ciblées aux individus impliqués dans les abus en cours et les entraves à la justice ».


« Ce fut une terrible explosion, parmi les plus importantes de mémoire humaine. 219 martyrs, 6 500 blessés, des dizaines de milliers de victimes, une ville détruite, des pertes estimées par la Banque mondiale à quatre milliards de dollars. Mais le plus dangereux et le plus terrible reste ce coup de poignard au fond duquel il n’y a pas de guérison. Il nous a transportés d’une époque à l’autre. Depuis ce temps, le temps s’est arrêté, c’est devenu un zéro géant qui tourne autour de lui. C’est le crime ultime, le dernier crime que la patrie déchirée, fracturée et effondrée ne peut plus supporter », a souligné  Pierre Abi Saab, dans son éditorial publié ce mercredi 4 août par le quotidien libanais Al Akhbar.


Pour rappel, l’explosion du port de Beyrouth  a causé également d’importants dégâts matériels avec près de 80 000 appartements et commerces endommagés, provoquant le déplacement de plus de 300 000 personnes.
L’explosion du port de Beyrouth est considérée comme l’une des quatre déflagrations les plus importantes de l’Histoire, en dehors des explosions atomiques.

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