L’école algérienne dans la paix civile

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L'école algérienne dans la paix civile
L'école algérienne dans la paix civile

L’école algérienne est par excellence le terrain de l’affrontement des idéologies respectives des « deux sociétés ». L’idéologie arabo-islamique marque son empreinte par l’orientation religieuse et l’hégémonie de la langue arabe dans l’enseignement.

L’idéologie moderniste s’illustre par la défense des sciences et de la langue française et la réduction de la part du religieux dans l’enseignement. Le combat est inégal. L’appareil d’État sous tutelle du nationalisme en dépression réalise une synthèse favorable à l’arabo-islamisme. Ce qui n’exclut pas des tentatives de redressement du système éducatif. Ses performances médiocres alertent les milieux préoccupés par son décalage avec les besoins de la croissance économique.

Ces tentatives ne résistent pas à la durée. Mostefa Lacheraf et Nouria Benghabrit, respectivement Ministres de l’Éducation Nationale des gouvernements Boumediene (1976-78) et Bouteflika (2014-2019) en sont les exemples les plus représentatifs. Leur ministère suscita des querelles idéologiques soutenues à partir des institutions de l’État.

L’école se présente comme un lieu de la projection dans le système éducatif de la rivalité des « projets de société » qui départagent la société algérienne. L’école est ainsi soumise à la question préalable du choix du mode de société. Le sort du système éducatif dépendra donc des stratégies politiques envisagées pour sortir le pays, d’une manière durable, de la crise politique chronique qu’il connaît.

L’école algérienne et la responsabilité des parents

Indépendamment de leur idéologie, les parents conscients de leur rôle vivent la scolarité de leurs enfants dans une contestation permanente du système éducatif imposé par l’État. Ils peuvent donc naturellement inscrire leurs revendications d’une école conforme à leur opinion dans la perspective d’un État au service de leur « projet de société ».

Ils peuvent adhérer pour cela à une des stratégies portées par les acteurs politiques nationaux. L’alternative se trouve circonscrite ainsi. Soit un des « projets de société » l’emporte et il s’en suit la satisfaction supposée des revendications d’une partie de la société et la frustration pour l’autre. Soit le statu quo persiste et en définitive personne n’est satisfait. Cette alternative repose sur un postulat : l’État est seul responsable de l’éducation des enfants.

Par conséquent, les parents sont tenus à l’écart de toute responsabilité dans la formation de leurs enfants. Ils peuvent tout au plus contribuer à leur orientation ou faire de la figuration dans les associations de parents d’élèves. Les pédagogues sont unanimes à reconnaître que les neuf premières années de scolarité sont décisives pour l’avenir scolaire et professionnel des enfants. Or qu’ont apporté les Ministères Lacheraf etBenghabrit ? L’opinion publique retiendra surtout les querelles idéologiques qu’ils ont suscitées.

Ce constat peut paraître injuste. Il fait fi des modifications qu’ils ont pu apporter. Il ignore leur volonté incontestable de changement et les épreuves morales pénibles qu’ils ont subies. Mais ce constat devient réaliste si vous interrogez les parents.

La scolarité de leurs enfants rencontre les mêmes écueils, les mêmes difficultés. Ces Ministères qui ont donné de l’espoir à une partie de la société et des inquiétudes à l’autre, agissent à l’intérieur d’un État dont la stratégie politique est le statu quo. Le Ministre Boubekeur Benbouzid (1997-2012) longtemps en charge de l’Éducation Nationale symbolise l’immobilisme imposé au secteur.

La stratégie du statu quo recourt au mieux à la synthèse des courants idéologiques au gré des rapports de force. Son principal souci, pérenniser son pouvoir et éviter les vagues populaires contestataires. Mais les enfants ne peuvent attendre. Quand Ils naissent, personne ne peut arrêter le temps. Leur avenir se dessine au cours des premières années scolaires. Pour les parents, l’éducation des enfants est toujours une question immédiate. Le temps politique et le temps éducatif ne coïncident pas. Les parents n’acceptent pas de faire dépendre l’avenir de leurs enfants d’un rapport de force politique instable et aléatoire.

L’Étatisme en question

Plaçant l’intérêt de leurs enfants au-dessus de tout, les parents recourent à des solutions qui répondent en partie ou grandement à leur souci. La multiplication des écoles privées résulte de cette demande pressante. Sans les entraves administratives du Ministère de l’Éducation Nationale, ces écoles occuperaient une part plus importante.

Malgré les limitations, malgré l’ingérence de l’administration dans le contenu des programmes, les écoles privées fleurissent. Elles sont le signe d’une réponse au moins partielle aux attentes des parents. Ce recours à l’école privée grève lourdement le budget familial. Ce sacrifice montre leur insatisfaction du système scolaire public. Par cette attitude, les parents revendiquent leur responsabilité dans l’éducation des enfants.

L’État leur paraît incompétent et défaillant. Cette défaillance n’est pas conjoncturelle. L’Algérie connaît encore deux modes principaux de société, le traditionnel et le moderne. Même si l’enseignement scientifique et technique peut faire consensus, les différends idéologiques interfèrent négativement. La grave crise politique qui paralyse le pays trouve notamment sa source dans l’incapacité de l’État autoritaire à gérer cette dualité.

L’école privée est certes une rivale encore négligeable de l’école publique. Elle se présente néanmoins comme une partie de la solution à la crise de l’Éducation nationale. L’hégémonie de l’État sur les programmes scolaires empêche l’école privée de répondre totalement aux demandes des parents. Elle en limite par conséquent les performances. Pourtant, la concurrence sanctionnée par les taux de réussite aux examens serait profitable à la scolarité des enfants.

Elle révélerait les solutions programmatiques et pédagogiques favorables à leur formation. Il faudrait pour cela que cette compétition soit acceptée et encouragée par l’État. L’objection majeure avancée à cette perspective s’appuie principalement sur le pouvoir d’achat des familles.

Les tenants du nivellement par le bas priveraient le pays du bénéfice des capacités pédagogiques que financent les couches moyennes et aisées de la société. Ce qui serait dommageable. Il est par contre possible d’ouvrir le choix de l’école aux parents de conditions plus modestes. L’allocation d’une bourse d’étude aux enfants de parents qui choisissent l’école privée serait une mesure de justice sociale.

Pourquoi seraient-ils privés de cette aide qui provient de ressources sensées appartenir à la collectivité nationale ? D’autant plus que leur renoncement à l’école publique allégerait le budget de l’éducation nationale. Ce secteur qui consomme une part importante du budget de l’État n’échappe pas au gaspillage des ressources que connaissent les institutions de l’État dans leur ensemble. Quant à l’objection idéologique de formation du citoyen, le bilan de l’école publique est suffisamment tranchant.

Paix scolaire et paix civile

Les divergences sur le contenu de l’enseignement et les querelles idéologiques qui s’en suivent provoquent ce qu’il est convenu d’appeler une « guerre scolaire ». Elle fait partie de l’affrontement que se livrent les partisans des modes de société rivaux qui composent la Société algérienne. La presse et les réseaux sociaux rendent suffisamment compte des polémiques sur ce sujet.

Cet affrontement parait sans fin. Le statu quo le perpétue. Les stratégies politiques de l’opposition poussent à l’exacerbation du conflit entre les deux principaux courants idéologiques dans l’espoir d’une victoire finale. Transposées dans la réalité sociologique du pays, cette perspective n’est pas féconde.

Aucune population adhérant à un mode de société particulier ne peut être dissoute. Elle peut tout au plus être momentanément privée de représentation politique et voir donc ses libertés fondamentales niées. Le répit éventuellement obtenu ne serait que de courte durée. La société est un corps vivant. Les ressentiments accumulés sont porteurs de conflits à venir explosifs. La stratégie de l’affrontement entre les « projets de société » a pour objectif d’imposer un modèle particulier de société à tout le pays.

C’est pourquoi, elle a pour enjeu la prise de contrôle de l’État. Cet État ne peut pas être un État de droit. Par la législation adoptée par une majorité électorale, il ira à l’encontre du Droit. Il brimera une autre partie de la population. A l’inverse, la stratégie de la paix civile ou de la cohabitation pacifique reconnait l’égalité en droit de tous les citoyens. Elle ne va pas à l’encontre des libertés de conscience et d’opinion.

Elle n’a pas pour objectif de contraindre une partie de la population, de la soumettre à un modèle de société. Elle favorise le déploiement des modes de vie dans le respect des libertés individuelles. Tout choix d’un mode de vie résulte du libre choix du citoyen.

La législation disposera du cadre minimum permettant le respect des choix individuels. Les modes de vie seront alors soumis à la vérité de la vie. Ils susciteront apprentissage et imitation par leurs valeurs d’exemple. Cet idéal est incompatible avec l’État omnipotent. Il appelle donc une réduction importante des prérogatives de l’État au profit de l’individu, au profit du citoyen. C’est pourquoi, la paix civile trouve son cadre d’expression naturelle dans le marché de libre concurrence. Ce sont les consommateurs qui expriment leurs besoins et attentes et votent quotidiennement.

L’école dégagée progressivement de la mainmise de l’État et des convoitises des courants idéologiques devra répondre à ses consommateurs libérés de la tutelle de l’État. Nul doute que les parents seront guidés en dernier lieu par l’avenir de leurs enfants.

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