Face au « flop » de l’enseignement à distance, des étudiants proposent des solutions

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À la veille de la reprise des cours à distance, annoncé pour les 23 août, l’inquiétude gagne les étudiants dans différentes universités d’Alger. Ce système pédagogique, censé être adapté à la situation sanitaire, est selon des étudiants un «flop». Plateforme inaccessible, enseignants démissionnaires, administration débordée, les griefs des étudiants sont nombreux. Beaucoup disent craindre une année perdue du fait de ce qu’ils appellent « une mauvaise gestion ».

Le ministère de l’enseignement supérieur avait décidé en mars 2020, la fermeture des établissements universitaires et la poursuite des cours à distance par le biais de plateforme en ligne. Ce système pédagogique sera reconduit à partir du 23 août, date officielle de la rentrée universitaire.  La reprise des cours présentiels se fera progressivement selon le ministère.

Les constats et les critiques liées à cette situation sont pratiquement les mêmes d’une faculté à une autre. Les étudiants mettent particulièrement en cause le peu d’intérêt de la part des enseignants et une mauvaise coordination du côté l’administration.

Nadeem, étudiant délégué à la Faculté des Sciences de l’Université d’Alger 1 et membre fondateur du collectif estudiantin pour la liberté et le changement a initié, avec d’autres étudiants, un protocole pédagogique proposant des solutions pour un bon déroulement de l’enseignement à distance.

Des cours en PDF … ce n’est pas un enseignement à distance

« On ne peut pas parler d’enseignement à distance puisque les enseignants se sont contentés, ces derniers mois, d’envoyer les cours en PDF, sans faire l’effort de d’organiser des cours en ligne ou de produire des vidéos explicatives, comme cela se fait partout dans le monde. Nous sommes à la fin de l’année universitaire et aucune interrogation, ni examen n’ont été organisés en six mois. Le retard est énorme » souligne Nadeem.

Ce jeune étudiant a pourtant tenté tout au long de ces six mois de proposer des solutions. Il indique qu’il a apporter une assistance à des enseignants pour produire des vidéos de cours explicatif. Un moyen efficace qui a permis aux quelques enseignants qui l’ont fait d’assurer correctement leurs cours.

«Cette méthode est mieux que les cours en ligne, car beaucoup d’étudiants n’avaient pas une bonne connexion pour rejoindre le live. D’autres n’avaient pas spécialement de smartphone ou d’ordinateur. Le problème est qu’ils ne sont pas nombreux les professeurs qui ont accepté. Certains ne savaient pas comment s’y prendre et ne voulaient pas de notre assistance, d’autres ne voulaient pas que leur voix soit sur les vidéos et j’en passe» dit-il désolé.

Imene, étudiante en dernière année pharmacie affirme que depuis l’arrêt des cours au mois de mars aucun cours en ligne n’a été dispensé par les enseignants. «Nous avons un total de 70 cours par trimestre, ce qui nous fait plus d’une centaine de cours les deux trimestres. Là, l’université prépare les examens alors que nous n’avons eu aucun cours en ligne. Une dizaine de vidéos explicatives nous ont été envoyées par certains enseignants, sans détailler les points importants et sans correction des exercices » déplore-t-elle.

Il y a eu également le problème de l’inaccessibilité de la plateforme. Nadeem explique que sur cette plateforme les enseignants mettaient les cours en PDF. Au départ celle-ci était accessible à tous, ensuite l’administration a décidé de créer des comptes privés aux étudiants.

«Certains enseignant ne voulaient pas que leurs cours soit accessibles au grand public, d’où la décision de l’administration de créer des identifiants d’accès pour chaque étudiant. Seulement l’administration n’a pas réussi à le faire pour tous les étudiants, certains n’ont toujours pas reçu les codes d’accès » relève Nadeem.

«Nous avons des solutions, pour peu qu’ils nous écoutent »

Nadeem et les autres membres du collectif estudiantin pour la Liberté et le changement, ont élaboré un protocole pédagogique afin que cette seconde phase de l’enseignement à distance soit mieux organisée.

«Nous avons remis une copie de ce protocole à l’administration et nous attendons une réponse de leur part. Dans ce document je signifie également à l’administration la tenue d’un conseil pédagogique avant la reprise » précise Nadeem.

Dans ce protocole pédagogique, les membres du collectif exigent des enseignants la production de vidéo explicative, des séances par Zoom pour répondre aux questions des étudiants, et la nécessité de faire les travaux dirigés en présentiel en amphithéâtre.

Concernant les examens, le protocole souligne l’obligation de faire des interrogations dans les modules importants avant l’examen pour évaluer l’étudiant.

«Toutes ces mesures qu’il faut prendre ont été détaillées. Il suffit de les soumettre aux enseignants et les appliquer. Ce protocole prévoit également des mesures logistiques notamment l’organisation du transport ».

Pour Nadeem ce protocole règle une partie du problème. Selon lui, les autorités concernées devraient suivre de plus près l’application de ce système pédagogique. Il insiste également le problème d’accès aux outils permettant l’apprentissage à distance.

«C’est peut-être difficile à croire pour certains, mais beaucoup d’étudiants ne peuvent pas se payer un abonnement à internet et n’ont pas d’ordinateur et de smartphone. C’est une réalité à laquelle il faut s’adapter. L’enseignement à distance à un coût, et il faut se demander qui a les moyens pour se le payer » conclut Nadeem.

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