Ali Boumendjel « a été torturé puis assassiné », reconnait officiellement Macron

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Ali Boumendjel
Ali Boumendjel "a été torturé puis assassiné", reconnait officiellement Macron

Le président français Emmanuel Macron a reconnu mardi 02 mars 2021 que le militant pour l’Indépendance de l’Algérie, Ali Boumendjel, a été « torturé et assassiné par l’armée française » durant la guerre d’Algérie, en 1957, a annoncé l’Elysée dans un communiqué.

Cette reconnaissance figurait parmi les propositions de l’historien français, Benjamin Stora, remises dans un rapport au président français le 20 janvier dernier. Dans la foulée, la France disait « envisager des actes symboliques » mais « exclut de présenter des excuses officielles pour ses crimes coloniaux en Algérie.

Dans son communiqué, l’Elysée a fait savoir que 4 petits-enfants de Ali Boumendjel ont été reçus hier au Palais de la Présidence. Emmanuel Macron les a invités « pour leur dire, au nom de la France, ce que Malika Boumendjel aurait voulu entendre : Ali Boumendjel ne s’est pas suicidé. Il a été torturé puis assassiné ».

Le président français « leur a également dit sa volonté de poursuivre le travail engagé depuis plusieurs années pour recueillir les témoignages et encourager le travail des historiens par l’ouverture des archives, afin de donner à toutes les familles des disparus, des deux côtés de la Méditerranée, les moyens de connaître la vérité. Ce travail sera prolongé et approfondi au cours des prochains mois, afin que nous puissions avancer vers l’apaisement et la réconciliation », écrit le communiqué de l’Elysée.

Né le 23-24 mai 1919 à Relizane, Ali Boumendjel fait sur cursus scolaire à Larbaa et Blida avant de rejoindre la faculté de droit d’Alger. « C’est fort d’une culture ouverte, généreuse, humaniste, puisant aux sources des Lumières, qu’Ali Boumendjel s’engagea bientôt en politique, contre l’injustice du système colonial et pour l’indépendance de l’Algérie », écrit l’Elysée.

« Le discours qu’il prononça en 1955 au Congrès mondial d’Helsinki témoigne de son engagement en faveur de la paix », poursuit le communiqué de l’Elysée, qui rappelle que le martyr fut « arrêté par l’armée française, placé au secret, torturé, puis assassiné le 23 mars 1957 ».

« Paul Aussaresses avoua lui-même avoir ordonné à l’un de ses subordonnés de le tuer et de maquiller le crime en suicide », révèle encore l’Elysée.  

La Présidence française pourquit qu’Ali Boumendjel laissait derrière lui son épouse, Malika, et ses quatre enfants âgés alors de sept ans à vingt mois : Nadir, Sami, Farid et Dalila ».

« Malika Boumendjel nous a quittés il y a peu, elle aurait eu 102 ans aujourd’hui. Elle avait fait du combat pour la vérité sur les circonstances de la mort de son mari, de son père, Belkacem Amrani, de son frère, André Amrani et de leur ami Selhi Mohand, dit « Oulhadj », tous disparus en 1957, celui de sa vie. Elle voulait que la vérité soit connue et reconnue de tous, pour sa famille, pour l’Histoire, pour l’Algérie et pour la France où certains de ses enfants et petits-enfants construisaient leur vie », poursuit le communiqué.

« La génération des petits-enfants d’Ali Boumendjel doit pouvoir construire son destin »

Le communiqué rajoute: « Ali Boumendjel laissait derrière lui un héritage politique important. Ses combats et son courage ont marqué à jamais les esprits algériens et français, parmi lesquels René Capitant, qui avait été son professeur ». 

L’Elysée revient également sur la reconnaissance par Emmanuel Macron de l’assassinat de Ali Boumendjel. « La génération des petits-enfants d’Ali Boumendjel doit pouvoir construire son destin, loin des deux ornières que sont l’amnésie et le ressentiment. C’est pour eux désormais, pour la jeunesse française et algérienne, qu’il nous faut avancer sur la voie de la vérité, la seule qui puisse conduire à la réconciliation des mémoires. C’est dans cet esprit que le Président de la République a souhaité faire ce geste de reconnaissance, qui n’est pas un acte isolé », lit-on.

Aucun crime, aucune atrocité commise par quiconque pendant « la Guerre d’Algérie ne peut être excusé ni occulté », poursuit l’Elysée. « Ils doivent être regardés avec courage et lucidité, dans l’absolu respect de toutes celles et ceux dont ils ont déchiré la vie et brisé le destin ». 

Le 20 janvier 2021, l’historien Benjamin Stora a remis son rapport sur la question mémoriale entre l’Algérie et la France au président français Emmanuel Macron. Une série de recommandations rédigées dans le rapport, dont la mise en place d’une commission « Mémoire et Vérité » chargée d’impulser des initiatives mémorielles communes entre la France et l’Algérie.

Dans la foulée, la France avait dit « envisager des actes symboliques » mais « a exclu de présenter des excuses officielles pour ses crimes coloniaux en Algérie. « Pas de repentance », selon l’Elysée.

Le rapport de cet historien intervient après la décision des présidents algérien et français d’entamer un « travail mémoriel », sur l’histoire commune, particulièrement sur la période coloniale française. Abdelmadjid Tebboune avait désigné Abdelmadjid Chikhi, conseiller auprès de la Présidence, chargé des archives nationales et de la mémoire nationale, comme homologue à Benjamin Stora, désigné par Emmanuel Macron.

Le rapport a provoqué plusieurs polémiques et levées de boucliers dans les deux pays, notamment en Algérie.

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