Soufiane Djilali: « nous voulons insuffler l’esprit du Hirak à l’intérieur du Parlement »

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Soufiane Djilali:
Soufiane Djilali: "nous voulons insuffler l'esprit du Hirak à l'intérieur du Parlement"

Soufiane Djilali, président de Jil Jadid, prévient contre « la radicalisation » du Hirak et prévoit une participation plus importante aux élections législatives que celle du référendum sur la Constitution de novembre 2020.


« Après deux ans, il y a des gens qui ont voulu exploiter le Hirak pour réaliser des objectifs personnels ou partisans. D’autres ont de bonnes intentions mais pensent que la position radicale peut apporter une solution à la crise », a déclaré Soufiane Djilali lors d’un débat au Forum du quotidien El Hiwar à Alger.

 
« En optant pour le dialogue et la participation aux élections, nous savions que nous étions à contre-courant. Ma responsabilité politique m’impose de ne pas entretenir ma propre image, mais de défendre les intérêts du pays (…) Nous allons insuffler l’esprit du Hirak à l’intérieur du Parlement. La volonté du changement passera de la rue aux institutions. Moi et la plupart des candidats (d’Alger) sont hirakistes », a-t-il ajouté.


« Des déviation fascistes »

Soufiane Djilali estimé qu’il faut cesser de parler à chaque fois au nom du peuple et de « se cacher derrière des slogans ». « Le peuple dont vous vous réclamez va se retourner contre vous et vous accuser d’avoir brisé le Hirak », a-t-il averti.


Il a prévenu contre le recours aux actions extrémistes au sein du Hirak : « c’est une erreur, une voie sans issue. L’Algérie s’achemine vers une période où le consensus au sein de la société est nécessaire pour les institutions de l’Etat ».
« Le changement réel est tout aussi nécessaire pour se débarrasser de l’ancien système. Nous devons accompagner ce changement sans déstabiliser la pays. Sinon, on continue de tout refuser sans réelle alternative pour finalement tout perdre », note Soufiane Djilali.

Il a relevé que le parti Jil Jadid a été la cible de critiques « qui n’ont pas été adressées aux représentants de l’ancien système ». « Donc, vous êtes en alliance objective avec les gens qui étaient au pouvoir », a-t-il accusé.
Il y a, selon lui,  des déviation fascistes dans certains milieux. « Par le passé, il y avait un courant islamiste qui voulait s’imposer à la société. Aujourd’hui, il y a un autre courant qui lui est opposé et qui veut s’imposer en menaçant de recourir à la violence », a-t-il dit.  


« Une pensée folle »

Soufiane Djilali a critiqué ceux qui ont refusé le dialogue en proposant une période de transition et une assemblée constituante « sans préciser le mode de désignation », en parlant d’une volonté de pourrissement.  


« Une personne m’a dit qu’il faut refuser le dialogue, isoler le pouvoir pour le faire chuter. L’institution militaire doit, selon lui,  lever la main de l’Etat et partir. Je lui ai répondu que le but est de provoquer l’effondrement de  l’Etat en s’interrogeant sur les répercussions. Sa réponse était : « on verra après la chute ». En tant que politique, je ne peux pas pousser les jeunes algériens à provoquer la chute de l’Etat. Cela relève soit d’un agenda extérieur soit d’une pensée folle que je ne peux pas accepter », a relevé le président de Jil Jadid.


Il s’est attaqué à ceux qui poussent les jeunes à affronter les forces de polices dans la rue via des Lives sur internet, à partir de l’étranger : « Toi, tu es bien à l’abri et du gagnes de l’argent avec tes vidéos sur YouTube. Tu incites les jeunes au soulèvement. Si tu veux le changement politique dans le pays, viens faire ta révolution ici. Et si tu es mis en prison, tu dois assumer tes responsabilités ».

« La démocratie ne signifie pas avoir la liberté pour détruire l’autre »

Soufiane Djilali appelle à la libération des détenus d’opinion dans une logique nationale d’apaisement après les élections législatives du samedi 12 juin. « Après le vote, il y aura un nouveau climat avec un nouveau gouvernement. Nous souhaitons que l’Etat fasse un geste pour la majorité( des détenus). Des jeunes ont dû recourir à un discours ou user d’expressions inappropriés, mais ils ne méritent pas d’être en prison », a-t-il dit.


Avant d’ajouter : « Mais pour ceux qui avaient un plan à exécuter que la loi soit appliquée. La démocratie ne signifie pas avoir la liberté pour détruire l’autre. On peut formuler des critiques ou défendre des idées, mais sans attaquer les autres,  porter atteinte à leur dignité ou les insulter. Il faut qu’on se débarrasse de ces comportements parasites ».


« Une opinion publique en construction »

Selon Soufiane Djilali, il y a un vrai changement de mentalités à l’intérieur de la société. « Après le 22 février 2019, un grand nombre de jeunes ont commencé à s’intéresser à la politique et à ce qui se passe dans le pays. Le climat est quelque peu chaotique mais reste positif. Des portes ont été ouvertes à des catégories sociales qui étaient isolées de l’acte politique. Aujourd’hui, il y a une opinion publique en construction et une nouvelle volonté politique », a-t-il analysé.


Il a estimé que la prochaine Assemblée populaire nationale (APN) sera « un parlement mosaïque ».


 « Par le passé, l’Algérie n’a jamais connu de parlements représentatifs de la société avec tous ses courants idéologiques. La fraude était un grand handicap devant la construction de l’Etat de droit en Algérie. Après le hirak, il y  a eu des changements profonds. Certains ne partagent pas cet avis restant attachés à une position radicale et refusant tout traitement avec l’Etat », a-t-il souligné.


Soufiane Djilali est tranchant : « Aucun parti ni aucun courant ne peut prétendre dominer le Parlement. La classe politique, née après la Constitution de 1989, est en plein restructuration. Elle a connu beaucoup de changements et vécu des contradictions durant les vingt dernières années. Cette situation l’a empêchée de stabiliser ».


Et d’ajouter : « Si nous voulons passer à la Construction de l’Etat de droit, nous devons dépasser certaines traditions sociales qui nous lient au passé, travailler pour la création d’une scène politique avec des repères clairs et des nouveaux visages ».


« Nous prévoyons un taux de participation au vote entre 30 à 35 % »

Il a souhaité que le taux de participation au scrutin du 12 juin soit appréciable « pour donner toute la légitimité au Parlement ».


« Nous prévoyons un taux de participation au vote entre 30 à 35 %. Pour le référendum, il est difficile de mobiliser les gens pour voter sur un document complexe (Constitution), même des universitaires ont du parfois à la lire. Ce n’est pas concret, contrairement aux législatives avec la présence de candidats. Les candidats et les partis mobilisent les gens pour voter. Le nouveau mode de scrutin va jouer également un grand rôle avec une liste ouverte où les candidats ont tous les mêmes chances », a-t-il prévu.


Le profil des candidats influencera, selon lui, la participation, avec la présence des universitaires, des jeunes et des femmes. « L’absence des anciennes figures a diffusé de l’espoir au sein de la société », a-t-il noté soulignant que Jil Jadid milite pour le changement politique depuis plus de trente ans.


Jil Jadid fera-t-il partie du prochain gouvernement ?  « Si nous aurons l’occasion de mener une action gouvernementale dans le cadre du programme, des convictions et des idées de Jil Jadid, nous allons participer. Mais, ce n’est pas notre objectif essentiel. Notre but actuellement est de renforcer le parti, lui assurer une présence à l’intérieur des institutions, le doter de moyens pour activer. Nous allons nous contenter de ce que nous donnera l’électeur, et après on verra comment le gouvernement sera constitué et sur quelle base », a-t-il répondu.


Soufiane Djilali: « le changement ne se fait pas par anticipation »

Soufiane Djilali appelé à l’apaisement en soulignant que les boycotteurs peuvent se constituer en partis pour défendre leurs idées et accéder aux médias pour les exprimer.


« Il faut juste appliquer la Constitution qui garantit le respect des libertés comme celles de créer des partis ou des associations. Il est vrai qu’il est  difficile de rétablir la confiance, la société ayant souffert des mensonges du pouvoir, mais, arrive un moment où il faut décider. Le changement ne se fait pas par anticipation. S’il y avait tout, Etat de droit, démocratie, justice indépendante et libertés, j’aurai quitté le domaine politique », a-t-il proposé. Et de poursuivre : « L’action militante et l’engagement exigent qu’on exploite toutes les occasions pour avancer dans la construction du projet du changement. Ce projet ne s’achète pas comme une usine clé en main », a-t-il soutenu.

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1 commentaire

  1. Soufiane , êtes vous capables de dire  » État civil et non militaire » ? Si c’est pour nous énoncer des slogans , inutile de nous réinventer ces promesses jamais tenues.
    Des hommes et des femmes , autrement plus engagés , militants de l’opposition n’ont jamais pu faire cete promesse irréaliste aux yeux des puristes.

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