Sans gouvernement depuis deux ans, le Liban s’enlise dans la crise

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Sans gouvernement depuis deux ans, le Liban s'enlise dans la crise
Sans gouvernement depuis deux ans, le Liban s'enlise dans la crise

Le Liban est au bord de l’explosion. Presqu’une année après l’explosion au port de Beyrouth, le pays s’enlise dans une crise politique, économique et sociale sans précédent.


Dernier acte en date : la démission de Saad Hariri jeudi 15 juillet 2021.  Désigné Premier ministre le 22 octobre 2020 pour succéder à Hassan Diab, démissionnaire depuis août 2020, le leader du parti Courant du Futur (sunnite) a renoncé à former un nouveau gouvernement qui devait être constitué de 24 ministres.


Les tractations politiques menées pendant neuf mois n’ont abouti à rien. Et les désaccords entre Saad Hariri et le président Michel Aoun sur « la répartition » des postes ministériels ont aggravé la situation.


Michel Aoun serait partisan d’une « répartition confessionnelle et partisane des portefeuilles » ministériels. Saad Hariri, dans une interview à la chaîne Al Jadid, a accusé le président libanais de « vouloir tout nommer ». « Quel est donc mon rôle ? », s’est-il interrogé. 


« Neuf mois pour rien »


Aux prises à une grave crise économique et sociale, le pays, selon les observateurs, a perdu beaucoup de temps. Le gouvernement Saad Hariri était censé présenter un programme de réformes pour « débloquer » les aides internationales et rassurer les bailleurs de fonds. Saad Hariri a été poussé vers la porte de sortie en 2019 par « la révolution sociale » lorsqu’il était également Premier ministre. Recyclage de l’échec ?


« Neuf mois pour rien. Toutes les gesticulations politiques, les initiatives internes et externes, les pressions diplomatiques, la colère populaire et, surtout, la déliquescence du pays n’y auront rien changé », regrette Anthony Samrani, dans l’Orient le jour, quotidien de Beyrouth.

« Les dirigeants libanais ne sont plus aujourd’hui en mesure de « faire semblant » de gouverner. Il leur est d’autant plus difficile d’y prétendre que les enjeux sont dantesques et que les pressions locales et internationales sont tous les jours un peu plus fortes », ajoute l’éditorialiste.


 « Plus de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté »

Selon L’Orient Le Jour, des habitants de Tariq Jdidé, quartier de Beyrouth partisan du Courant du futur, sont sortis manifester après la récusation de Saad Hariri. Des manifestations ont également eu lieu à Trabouls (Tripoli ouest).


« Pour les partisans du Futur, Saad Hariri allait les sortir de ce trou noir dans lequel s’enfonce le pays depuis deux ans. La crise économique a mis plus de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté. La cherté de la vie devient insoutenable avec le dollar qui a dépassé hier (vendredi 16 juillet) la barre des 22 000 livres », écrit le journal.


La presse libanaise est critique à propos de la situation sociale et économique dans le pays. El Akhbar évoque « une grave pénurie de médicaments » amenant les pharmacies à fermer leurs portes et organiser une grève ouverte.


Al Diyar craint « une explosion de colère » de rue après la décision de Saad Hariri. « Des informations confirment que le pays est au bord d’un événement sécuritaire et politique, d’autant plus qu’il y a des informations que les appareils sécuritaires ou les responsables politiques ne peuvent pas cacher, qui entrent dans la catégorie des opérations de sabotage à grande échelle, des troubles mobiles et des affrontements qui peuvent prendre de l’ampleur », prévient le journal.


« L’avenir inconnu du Liban »

D’autres médias libanais, comme la chaîne Al Mayadeen, proche du courant chiite, évoquent « l’avenir inconnu du Liban » et critiquent « le rôle » joué par les ambassadeurs de France, des Etats Unis et de l’Arabie dans la crise politique.


La chaîne, qui accuse Riyad d’avoir pesé de son poids pour contraindre Saad Hariri à renoncer à former un nouveau gouvernement, parle de pénurie de carburant, de perturbation dans la distribution de l’énergie électrique (deux heures par jour uniquement) et de hausse généralisée des prix.


Côté arabe, la chaîne qatarie Al Jazeera prévient contre « la destruction programmée » du Liban. France 24, de son côté, rapporte que l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020, n’a pas progressé. Les familles des 200 victimes, qui attendent toujours la vérité sur cet « accident », ont manifesté ces derniers jours.


Ils reprochent notamment au ministre de l’intérieur par intérim Mohammed Fahmi de « bloquer l’enquête » depuis qu’il a refusé que le directeur de la Sûreté générale soit auditionné par le juge.


Une nouvelle « conférence » sur le Liban

Paris, qui chapeaute « les efforts internationaux » pour une sortie de crise au Liban, prépare  « une nouvelle » conférence d’aide internationale le 4 août 2021. La formation d’un nouveau gouvernement à Beyrouth était porté sur « une feuille de route » proposée par la France. Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères français, a parlé « d’obstruction organisée et inacceptable » au Liban. Il fait allusion à l’Iran.


« Nous sommes dans un pays qui n’a pas de pétrole, pas d’avenir, pas d’éducation, pas d’eau, pas d’électricité. Il n’y a rien. Ils nous tuent. Dans le port de Beyrouth, ils nous ont tué. Ils tuent les gens et nous font tous vivre dans la terreur. » a résumé un protestataire, lors d’une manifestation à Beyrouth, cité par Associated Press (AP).

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