Tebboune estime que les Algériens attendent « une reconnaissance totale » des crimes coloniaux par la France

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Tebboune estime que les Algériens attendent
Tebboune estime que les Algériens attendent "une reconnaissance totale" des crimes coloniaux par la France

L’Algérie demande à la France de reconnaître les crimes du colonialisme et de nettoyer les sites des explosions nucléaires dans le Sahara algérien.


Le président Abdelmadjid Tebboune a rappelé dans une interview accordée, ce jeudi 3 juin 2021 à l’hebdomadaire français Le Point, les demandes algériennes par rapport au passé colonial de la France en Algérie.


« Les Algériens attendent une reconnaissance totale de tous les  crimes(…) Car pourquoi tient-on à la reconnaissance  de ce qu’ont subi les Arméniens, les juifs, et ignore-t-on ce qui s’est passé en Algérie? « , s’est-il interrogé. Il a rappelé que la colonisation française est passée par trois étapes douloureuses pour les Algériens.


« Le début de la colonisation, avec l’extermination, pendant quarante ans, de tribus entières, des villages entiers décimés et les enfumades. Ensuite, il y a eu la période de la  spoliation, quand les terres étaient confisquées aux Algériens pour être distribuées à des Européens. L’horreur du 8 mai 1945 avec 45000 morts. Enfin, il y a eu la guerre de libération, quand les Algériens ont pris  les armes pour libérer leur pays », a-t-il détaillé.  

« Que la France soigne les victimes des essais nucléaires »

Interrogé sur les demandes de réparation pour les victimes des explosions nucléaires françaises des années 1960 dans le sud algérien, le président Tebboune a estimé que demander une compensation serait un rabaissement pour les morts.
« Nous ne sommes pas un peuple mendiant, nous sommes un peuple fier et nous  vénérons nos martyrs. Nous demandons à ce que la France vienne nettoyer les sites des essais nucléaires, une opération qui est en bonne voie. Parce qu’aujourd’hui encore, la contamination fait des victimes. Que la France soigne les victimes des essais nucléaires », a soutenu le chef de l’Etat.


Il a rappelé que le monde s’est mobilisé pour Tchernobyl (accident majeur survenu en avril 1986 en Ukraine) « alors que les essais nucléaires en Algérie provoquent peu de réactions ».  « Ils ont pourtant eu lieu à ciel ouvert et à proximité des populations », a-t-il appuyé. Entre 1960 et 1966, la France a effectué dix sept essais nucléaires, dont quatre aériens, à Reggane et In Ecker. Des tests biologiques et chimiques ont été effectués durant la même période.


« Qu’on sorte de cette fable d’Algérie terra nullius où la colonisation aurait apporté la civilisation »

Tebboune a souligné que le passé colonial ne concerne pas la génération du président Macron, « ni celle de certains intellectuels français, qui sont irréprochables, mais reconnaître ces faits est important (…) ».


« Ce que nous voulons, c’est une mémoire apaisée, reconnue.  Qu’on sorte de cette fable d’Algérie terra nullius où la colonisation aurait apporté la civilisation. Cela dit, ce n’est pas la France de Voltaire, la France des Lumières que l’on juge. C’est la France coloniale. Nous n’oublierons d’ailleurs jamais que de nombreux Français ont rejoint le combat des Algériens, et aujourd’hui nous nous inclinons devant leur mémoire », a-t-il noté.


A propos du rapport remis par l’historien français Benjamin Stora à Emmanuel Macron en janvier 2021 sur « la guerre d’Algérie », Tebboune a précisé que le document est destiné au chef d’Etat français, pas à l’Algérie. « Benjamin Stora est un historien qui n’a jamais été dans l’excès, toujours proche de la vérité », a-t-il dit.


Pour Tebboune, le règlement du passif colonial en Algérie et la France permettra une amitié durable entre les deux nations. « Boumédiène avait dit à Giscard qu’on voulait tourner la page mais sans la déchirer. Et pour ce faire, il faut des actes », a-t-il insisté. Selon lui, Macron est le plus éclairé d’entre tous les chefs d’Etat français. « Les autres présidents avaient tous une histoire avec l’Algérie. Si nous n’arrivons pas à jeter des passerelles solides entre les deux pays sous la présidence Macron, cela ne se fera jamais, et nos pays garderont toujours une haine mutuelle », a-t-il relevé.  

« Sortir du mythe que les investisseurs français ont été malheureux en Algérie »

Concernant les relations économiques avec la France, Abdelmadjid Tebboune a relevé que le partenariat avec la RATP, qui gérait le métro d’Alger, et Suez, en charge des eaux de la capitale, battait de l’aile. Il n’a pas fourni plus de détails sur une éventuelle résiliation de contrat avec ces groupes français (le métro d’Alger est l’arrêt depuis plus d’une année).


 « Il faut sortir du mythe que les investisseurs français ont été malheureux en Algérie. Renault, Legrand et Schneider ont prospéré. Lafarge et Knauf ont exporté. BNP, SG, Natexis, Crédit agricole, Air France… ont acquis des parts de marché aussi, plus de 450 PME françaises sont présentes en Algérie », a-t-il détaillé.

Le dossier de construction de l’usine Peugeot en Algérie est, selon lui, en maturation. Le mérite de Peugeot, c’est de ne pas avoir accepté de verser de pots-de-vin (à l’époque Bouteflika). Et pour cette raison, nous avons beaucoup de respect pour ce partenaire. Seulement, l’usine projette une production de 76000 véhicules alors que l’Algérie consomme un minimum de 350000 véhicules par an. Nous voulons aussi augmenter le taux d’intégration, à 30-35% », a-t-il dit.


« Nous pourrions aller plus loin mais des lobbys français très puissants, criminalisent pratiquement le fait de travailler avec l’Algérie. C’est une réalité et pas un complexe de persécution. Les relations ne se construisent pas de souverain à suzerain, mais d’égal à égal. Vous avez des intérêts que nous reconnais sons, que vous défendez, et nous avons des intérêts que nous devons défendre », a soutenu le chef d’Etat algérien.

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