La nation algérienne en quête d’un nationalisme rénové

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La nation algérienne en quête d'un nationalisme rénové
La nation algérienne en quête d'un nationalisme rénové

Le nationalisme est l’idéologie qui soutient l’action pour l’émergence d’une Nation. Il précède la formation de la Nation. C’est le cas du nationalisme algérien moderne qui naît à Paris en 1927 avec l’Etoile Nord-Africaine (l’ENA). Ce nationalisme a connu la division, les échecs, la douleur pour finalement triompher avec l’accession de l’Algérie à l’indépendance.

Mais le nationalisme est une idéologie qui ne se suffit pas. Il emprunte aux autres idéologies pour se présenter aussi comme un projet post indépendance. Dans les débuts du XXème siècle, les nationalismes allemand, italien et russe, par exemple, montraient leur association ou leur fusion avec des idéologies socialistes. 

Bien auparavant, la Révolution américaine a fusionné son nationalisme avec le libéralisme. Pour sa part, le nationalisme algérien annonça sa perspective socialiste au Congrès de la Soummam en Août 1956. Il la confirmera pleinement à Tripoli en juin 1962.

Ce choix est largement partagé par les différents courants qui composent le nationalisme algérien. Pour preuve, les opposants aux équipes qui s’installent au pouvoir proclament presque tous leur adhésion à l’orientation socialiste. Il en est ainsi du Front des Forces Socialistes de Hocine Ait Ahmed (FFS) et du Parti de la Révolution Socialiste (PRS) de Mohamed Boudiaf. Ferhat Abbas à qui l’on prête une affinité libérale ne constitue pas de parti.

C’est donc associé au socialisme que le nationalisme algérien va exercer son hégémonie de 1962 jusqu’au début des années 80. Il connaîtra ses heures de gloire dans cette période marquée par l’entrée de nombreux jeunes États dans le concert des Nations. Il parut manifester des résultats économiques, sociaux et culturels exemplaires pour tous ces jeunes États. Mais déjà, avant la fin de la Présidence de Houari Boumediene en 1978, le nationalisme algérien sembla s’essouffler.  Les choix économiques fondés principalement sur le collectivisme et « l’indépendance économique », s’avèrent contre- productifs.

L’économie du pays tire ses revenus des hydrocarbures et presque toute l’industrie et l’agriculture vivent d’une subvention généralisée. Même les nombreux avantages sociaux reposent sur la rente pétrolière. La grave chute du prix du baril de pétrole de 1986 ébranla le pouvoir, otage de la rente pétrolière. C’est ainsi que ce pouvoir commença à prendre ses distances avec les formes extrêmes du collectivisme tout en maintenant l’économie dans un étatisme dominant mais ouvert timidement à la coexistence avec le capitalisme privé. 

C’est de cette période que datent les accusations de néolibéralisme qui fusèrent à l’encontre d’un pouvoir soucieux à la fois de préserver son règne et de répondre à l’exigence de sortie d’une économie administrée décourageant l’épargne et l’investissement. C’est sous le gouvernement Hamrouche que des réformes économiques furent lancées. Elles introduisaient des éléments de l’économie de marché dans la gestion du secteur économique public. Elles soulageaient les entreprises publiques de nombreuses contraintes administratives.

Mais la propriété d’Etat était maintenue. Elle se révélera l’obstacle principal à une libéralisation de l’économie. Plus tard, sous la pression du FMI, d’autres mesures de desserrement des contraintes politiques sur le secteur furent prises. Mais l’étatisme reprend toujours le dessus. Le pouvoir politique ne veut pas céder son monopole et continue de brider la croissance économique.

Le nationalisme en dépression

C’est donc déjà sous Chadli Bendjedid que ce semblant de libéralisation de l’économie s’accompagna d’une plus grande proximité avec l’idéologie religieuse.  Le nationalisme au pouvoir prenant ses distances avec l’idéologie socialiste tout en gardant son étatisme, favorisa les activités dites islamiques qui aboutirent à la montée conquérante du Front Islamique du Salut (FIS) et à la guerre civile.

Depuis et malgré quelques illusions momentanées, le nationalisme au pouvoir connaît la dépression. Incapable de s’adapter aux évolutions de la Société Algérienne et de l’environnement international qui connaît un développement prodigieux des échanges économiques et culturels, il apparaît gagné par la dégénérescence. Le règne à n’en pas finir de Abdelaziz Bouteflika et son lot de corruption et de dilapidation des ressources en est l’un des premiers signes.

L’incapacité à s’ouvrir aux forces nouvelles qui émergent de la Société civile entrée en dissidence contre l’État autoritaire avec le Hirak en est un deuxième. Le recours systématique à la répression, l’instrumentalisation de la justice, un troisième.

L’absence de perspectives économiques appuyées par des réformes et instituant le marché de libre concurrence finissent de convaincre de l’incompétence généralisée du pouvoir en place. Même les sources de recrutement de son personnel se tarissent.

Le pays semble voguer au gré des vagues. Mais ces vagues peuvent entraîner le pays dans d’autres impasses au coût élevé. C’est peut-être la crainte d’une nouvelle aventure dommageable pour le pays qui donne au pouvoir, au nationalisme officiel, un répit. Mais la Nation algérienne arrivée à l’âge adulte ne peut continuer à supporter les diversions et les divisions fondées sur les facteurs religieux et linguistiques.

L’instrumentalisation récente de la langue arabe et de l’Islam, outre l’atteinte aux libertés fondamentales, révèle un nationalisme officiel attardé. Le nationalisme qui portait hier fièrement les couleurs algériennes dans l’Assemblée Générale des Nations-Unies et les institutions internationales inscrit désormais l’Algerie sur les tableaux noirs des violations des libertés individuelles et de la liberté de la presse et sur celui de l’intolérance religieuse.

La Nation algérienne ne peut continuer à reposer sur les facteurs ethniques primaires. Son épanouissement repose sur celui de ses citoyens. Elle appelle l’État de droit instaurant les libertés individuelles. Elle requiert l’essor de toutes ses régions, de tout le potentiel intellectuel, scientifique et artistique du pays. Elle exige un État central aux pouvoirs limités et des régions aux prérogatives élargies.

Cet État central s’appuie sur l’autonomie et la responsabilité de chaque Algérienne et de chaque Algérien. Il devra donc respecter et faire respecter la sphère privée des citoyens. Le seul nationalisme en mesure de se réconcilier avec la Nation, c’est le nationalisme associé aux libertés individuelles.

C’est un nationalisme rejetant la xénophobie. C’est un nationalisme ouvert aux échanges économiques et culturels libres avec les autres Nations. Ce nationalisme serait conquérant. Il animerait une Nation fière de ses réalisations et des libertés de ses citoyens. Il susciterait la coopération et l’amitié des autres peuples. La société civile et les forces politiques nationales dans leur large diversité n’ont pas d’autres choix.

Elles devront choisir la voie de la paix civile. Elles devront opter pour la coexistence des modes de vie, pour la cohabitation des citoyens aux opinions et croyances variées dans une société pacifiée et tolérante. Elles devront toutes, sans exception aucune, renoncer à l’instrumentalisation de l’Etat et de la législation pour leurs objectifs partisans étroits ou leurs « projets de société ». Chaque citoyen choisira, selon sa libre opinion, son mode de vie.

L’Etat rénové veillera au respect des contrats qui deviendront le cadre privilégié des relations entre citoyens. L’Etat aux pouvoirs limités se dédiera principalement à ses prérogatives régaliennes. La Nation algérienne tiendra alors dignement sa place dans le concert des Nations.

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2 Commentaires

  1. […] La Nation algérienne a-t-elle besoin d’un roman national ? C’est la question que l’on peut se poser en lisant les déclarations, contributions et articles qui fleurissent à la suite de l’immixtion de la justice et de l’emprisonnement d’un des contributeurs. […]

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