Les Algériens se déchirent pour le passé

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Les six chefs historiques
Les six chefs historiques

La presse nationale et les réseaux sociaux regorgent d’articles et de polémiques sur les passés récent et ancien de l’Algérie. Des historiens qui subissent cette pression historiciste cèdent aux idéologies passéistes. Ni la vérité historique, ni l’évaluation du présent, ni les perspectives politiques n’en sortent renforcées. Alors que le Hirak, le mouvement citoyen du 22 février 2019, semblait porter un élan unitaire focalisé sur l’avenir démocratique du pays, ces débats tournés vers le passé divisent et compliquent l’échiquier politique.

Le passé, un rôle surévalué

Si le passé expliquait totalement le présent, les évènements seraient prévisibles et donc modifiables. L’histoire pourrait être exprimée par des équations et représentée par des lignes ou des courbes. Les historiens bousculés par les politiques passeraient leur temps à livrer les prévisions avec des niveaux de certitude concurrents. Ce qui est loin d’être le cas.

Il est vrai que l’éducation traditionnelle accorde une grande importance au passé immédiat mais le pragmatisme de nos aïeux corrigeait les excès. Ce sont les idéologies religieuses et philosophiques qui ont fleuri tout au long du 20ème siècle qui accentuent la tendance historiciste chez les citoyens.

Toutes ces idéologies définissent une finalité à l’histoire. Elles en déterminent les étapes. Elles évoquent des nécessités historiques déduites de lois qu’elles ont élaborées mais qu’elles n’ont jamais démontrées. Elles ont installé dans les consciences des croyances difficilement déracinables.

L’université, l’école, les médias et les pouvoirs politiques ont conjugué leurs efforts pour asseoir cette conception historiciste. Volontairement ou pas, consciemment ou pas, l’instrumentalisation de l’histoire de l’Algérie est un profond chantier de la division. En réalité, c’est pour appuyer leurs positions présentes que les hommes politiques convoquent le passé historique et se livrent à des lectures partisanes et partiales. Cette fuite vers le passé, sacralisé pour le soustraire au jugement critique, traduit la faiblesse de l’argumentation logique. Le recours démesuré aux symboles éclipse les faits. La pensée s’en trouve sclérosée, coupée de la réalité.

L’histoire s’écrit au présent

Les idéologies historicistes déresponsabilisent les personnes humaines. Les faits sociaux, les évènements présents, sont expliqués par des faits sociaux antérieurs. Les idées et les actions des individus sont ainsi considérées comme fatalement le produit de causes extérieures à la personne humaine. Il n’est nullement tenu compte des capacités à penser et à agir de l’être humain. Ce sont « les forces productives matérielles » pour les marxistes, « l’idée absolue » pour le philosophe Hegel, Dieu pour les religions, la Nature pour d’autres qui déterminent la pensée et le comportement des hommes. Pourtant à des situations historiques comparables, les hommes réagissent différemment.

A des situations historiques différentes, ils peuvent réagir d’une manière identique. La connaissance de la capacité à penser et à agir de l’être humain est à ce jour insuffisante pour justifier des prédictions. Qui a prédit le Hirak 2019 ? Qui peut prédire l’avenir politique immédiat de l’Algérie ? La seule chose prévisible, c’est l’effet dévastateur des conflits idéologiques adossés à l’histoire du pays, c’est l’hypothèque sur l’avenir démocratique de l’Algérie.

L’avenir est aux libertés individuelles

Les querelles et les polémiques expriment de l’intolérance, traduisent un esprit de vengeance et entretiennent une diversion préjudiciable à l’orientation unitaire et démocratique du mouvement citoyen. Les courants politiques et idéologiques présents sur la scène nationale doivent concourir à leur coexistence pacifique et à leur rivalité sereine dans un esprit démocratique. Ils doivent se soumettre aux conditions et règles de l’Etat de droit. Face à l’Etat autoritaire, les engagements à la renonciation à toute violence, au respect de la libre expression de toutes les opinions et à la priorisation de l’instauration des libertés individuelles et collectives s’imposent. Les divergences sur l’interprétation des passés récent ou lointain doivent être dédramatisées. La reconnaissance des évolutions des différents courants politiques et idéologiques en dépendent. Il n’y a pas de chemin rectiligne vers la démocratie. Aucune force politique ne peut se présenter comme le standard partisan. La diversité et le pluralisme sont à ce prix.

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