Face à l’annexion et l’apartheid: Solitude palestinienne, “inbitah” arabe, velléités européennes

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Face à l’annexion et l’apartheid: Solitude palestinienne, “inbitah” arabe, velléités européennes
Face à l’annexion et l’apartheid: Solitude palestinienne, “inbitah” arabe, velléités européennes

La longue errance de l’autorité palestinienne derrière un fantomatique processus de paix aboutit à un mur. Ce mercredi 1er juillet, Netanyahu, chef d’un pouvoir colonial raciste, soutenu par Donald Trump, en quête de soutien chez les évangélistes sionistes pour sa réélection, entame l’annexion de 30%  de la Cisjordanie occupée.

 Même si l’ONU déclare cette annexion illégale, cette mesure n’est pas une rupture, elle est dans la continuité d’un processus de colonisation, de dépossession et d’épuration ethnique mené par Israël avec le soutien des Etats-Unis et sans réaction sérieuse de la part de la communauté internationale. 

La grande duperie d’Oslo

Les accords d’Oslo ont été une grande duperie pour les Palestiniens, conclus en 1993, étaient censés, après une période d’autonomie de cinq ans, aboutir à un retrait de l’armée israélienne des territoires palestiniens occupés. En 2020, et alors que les négociations devenaient une fin en soi, Israël multipliait les implantations coloniales et changeait la donne sur le terrain. La duperie était évidente dès les premières années, mais l’Autorité Palestinienne, a persisté dans cette voie sans issue.

Une caste de “négociateurs”, menée par Mahmoud Abbas, entretenait les illusions et allait souvent, sous l’impulsion d’Israël et des américains, dans des conflits inutiles et contre productifs avec les autres factions palestiniennes et notamment le Hamas. Ainsi que le souligne Inès Abdel Razek, directrice du plaidoyer pour l’Institut palestinien de diplomatie publique (PIPD),  l’Autorité Palestinienne ne dispose d’aucun levier de pression sur Israël, “n’est qu’un administrateur de services pour les Palestiniens dans les territoires occupés, sans réelle souveraineté.”

Mahmoud Abbas, a bien annoncé officiellement, le 20 mai dernier, de la fin de la coopération sécuritaire avec Israël pour protester contre l’annexion, mais cela risque d’être sans conséquence immédiate, d’autant qu’une autodissolution de l’Autorité Palestinienne ne semble pas envisagée.  L’existence de cette autorité fait pourtant écran à une réalité palestinienne qui est celle de l’Apartheid, y compris les Palestiniens dite de 1948 qui sont traités comme des citoyens de seconde zone.  

L’inquiétude jordanienne

L’autorité palestinienne hésite à franchir le rubicon alors que les réactions dans le monde, hormis la Jordanie, sont faibles voire inexistantes. La Jordanie, frontalière avec la Cisjordanie craint que les Palestiniens ne soient repoussés vers le territoire jordanien où les Palestiniens constituent plus de la moitié de la population. Amman n’oublie pas que l’un des vieux projets israéliens est bien de se débarrasser de la population palestinienne à ses dépens. La fin du principe de deux Etats renforce cette option. La Jordanie ne dispose cependant pas de grands leviers d’autant qu’elle dépend fortement de l’assistance financière (1 milliard de dollars par an). Mais la menace devient “existentielle” avec la fin de la perspective d’un Etat palestinien que cette annexion formelle vient confirmer. D’où l’activisme du souverain jordanien et de sa diplomatie contre le projet d’annexion. 

Et l’inbitah arabe général

Sous emprise américaine et en voie de normalisation avancée avec Israël, les pays du Golfe qui contrôlent la Ligue arabe, ne risquent pas de manifester une quelconque solidarité active avec les Palestiniens. La palme de ce qu’il faut bien appeler “al-inbitah” (l’aplaventrisme) est venue des  Emirats. Son ambassadeur aux Etats-Unis,  Youssef Al-Otaïba, a publié une tribune dans la presse israélienne, censé avertir les israéliens qu’une annexion nuira “ à coup sûr et immédiatement les aspirations israéliennes à tisser des liens plus forts avec le monde arabe”. 

Ce qui est censé être un “durcissement” a été balayée les jours suivants par le ministre des affaires étrangères émiratis, Anouar Gargash, qui a déclaré qu’il pouvait “ avoir un désaccord avec Israël tout en construisant des ponts dans d’autres domaines de la relation”. Difficile d’être plus hypocrite. Ryad fait profil bas, le Caire fait dans la langue de bois, la “solidarité arabe” qui n’a jamais vraiment existé brille par son absence même au niveau des discours. 

L’Europe a affiché sa désapprobation de l’annexion qui est une violation manifeste du droit international mais comme toujours, il y a peu de chance que cela se traduise par des actions. Le journal Le Monde affiche son scepticisme en la capacité de l’Union Européenne d’avoir une position conforme à ses valeurs proclamées qui ne s’accommodent pas de l’apartheid ou du mépris du droit international.  “Nétanyahou s’est attaché les faveurs de nombre d’Etats d’Europe orientale. La politique étrangère de l’UE se décide à l’unanimité. L’affaire israélo-palestinienne est cruciale pour l’Europe. Elle se résume à une question, une seule. A l’unanimité, les Vingt-Sept peuvent-ils avoir une politique étrangère conséquente ? Ou sont-ils condamnés à un tronc commun de banalités minimales confirmant une manière d’impuissance ?”. 

Comment construire un avenir

Les Palestiniens sont quasiment seuls, ce n’est pas une nouveauté. Mais cette annexion annoncée ne change pas à la réalité des choses et ainsi que le souligne, Ines Abdel Razek, si Israël renonce à l’annexion cela n’en fait pas pour autant un Etat démocratique. 

Ce qui compte désormais, dit-elle, est de “ savoir comment construire un futur pour que les Palestiniens soient libres et qu’avec les Israéliens ils puissent bénéficier de leurs droits fondamentaux. Que ce soit dans un État, deux États ou une confédération. Que l’on ne soit plus dans un régime colonial et d’apartheid. Pour cela, il faut sortir du mantra vidé de son sens qu’est le « processus de paix ». Mais il faut absolument sortir de cette dissonance cognitive selon laquelle, en cas d’abandon de l’annexion, Israël conserverait un caractère démocratique.”

Les Palestiniens sont déjà objectivement hors d’Oslo, hors de l’Autorité Palestinienne, il leur restera à inventer les moyens de lutte dans un contexte encore plus difficile que celui des 50 dernières années. 

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