Enjeux pour l’art pictural algérien

0
Enjeux pour l’art pictural algérien
Illustration @Lmnt

La visibilité acquise par l’art pictural algérien a augmenté, c’est indéniable. Certaines  barrières institutionnelles ont été enjambées et des espaces ont été créé grâce aux médiums digitaux, aux initiatives privées et aux réseaux sociaux qui ont désenclavé les artistes et les ont mis en contact avec le monde.

Les artistes ont abordés dans leurs oeuvres tous les problèmes qui traversent l’Algérie contemporaine : la confiscation de l’histoire et du pouvoir (les monstres de Bardi), le traumatisme de la décennie noire (Sofiane Zouggar et sa mémory of violence ), le désir d’exister (Djamel Agania), le piège d’une économie basée sur les hydrocarbures, les harragas (Yasser Ameur), la violence des rapports de genres, l’aliénation, les rapports de domination, les tabous (Yasser Ameur, El Meya et Fella Tamzali Tahari, récemment l’installation d’Abdo Shanan avec Untold…)

Cependant se pose la question du public, de sa sensibilisation et des différentes formes de structures qui devraient être autant de d’interfaces pour toucher le citoyen et permettre l’appropriation de ce qui constitue de fait la sève de notre roman national à savoir l’art et la culture .

Les artistes et les créatifs en général font face à de multiples contraintes liées à l’administration et son manque de transparence .

Un décalage existe entre les attentes, les besoins des créateurs et les institutions qui devraient être des facilitateurs pour accompagner leur processus de médiation en direction d’un public souvent néophyte . Un travail de fond s’impose de leur part pour apporter plus de transparence et d’appui sans désir de récupération, de cooptation ou d’injonctions politiques via le soft power .

Actuellement il manque aux artistes des espaces de travail, des revues d’art, des critiques, des systèmes d’archivage, une commande publique, des mécénats privés, une organisation qui leur permette d’exister de manière pérenne et une meilleure répartition des soutiens et réseaux sur le territoire national .

Dans un contexte où les écoles d’art sont encore en grande difficulté, où les galeries sont encore trop peu nombreuses, l’appétence pour l’art peu cultivée dans l’éducation, la commande publique absente, l’enjeu est de taille. 

Les artistes algériens ont une place à prendre, loin des aliénations culturelles provoquées par l’orientalisme, l’acculturation, le tourisme de masse ou la folklorisation des cultures locales mais cela nécessite de la ténacité loin des sirènes du marché de l’art occidental en manque de nouveauté , de ses injonctions multiples ou de la récupération d’un pouvoir à bout de souffle, il y va de notre épanouissement et de notre rapport au monde.

Laisser un commentaire