Crise au Mali: « Il existe une volonté de saboter les accords d’Alger », estime Tebboune

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Crise au Mali: "Il existe une volonté de saboter les accords d'Alger", estime Tebboune

L’Algérie n’envisage pas d’ouvrir les frontières avec le Maroc et est décidée à ne pas laisser des groupes terroristes s’implanter dans le Nord du Mali.


Le président Abdelmadjid Tebboune a estimé que la force du G5 Sahel, cadre politico-militaire crée à l’initiative de Paris, n’a pas les moyens de lutter contre le terrorisme dans la région sahélo-saharienne. Créé en 2014, le G5 Sahel regroupe la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad. « Le G5  a été créé pour contrer le Cemoc qui était mieux doté », a déclaré Tebboune, dans une interview accordée, ce jeudi 3 juin 2021, à l’hebdomadaire français Le Point.
Installé à Tamanrasset, le Cemoc, Comité d’État-major Opérationnel Conjoint, rassemble l’Algérie, la Mauritanie, le Mali et le Niger.


« Certains s’opposent aux avancées de l’Algérie… » au Sahel«

Dans ce territoire, certains s’opposent aux avancées de l’Algérie, essentiellement sur le dossier malien. Pour nous, il existe une volonté de saboter les accords d’Alger », a accusé Tebboune. Les accords de paix, signés à Alger et à Bamako en 2015, ont été parrainés par l’Algérie. Alger suit l’application sur le terrain de ces accords en concertation avec l’Union africaine.


Tebboune a critiqué implicitement la présence militaire française au Mali, de plus en plus contestée par les Maliens également.  « Je crois aussi que le G5 ou Barkhane sont des solutions partielles. Le Sahel est composé de pays que l’Algérie a l’obligation d’aider dans la reconstruction de leurs États. Il ne s’agit pas uniquement d’un programme de lutte antiterroriste », a-t-il souligné.  


L’Algérie opposée à la partition du Mali

L’Algérie envisage-t-elle une intervention militaire au Sahel ? « La Constitution algérienne autorise désormais ce type d’intervention, mais la solution n’est pas là. L’Algérie ne laissera jamais le nord du Mali devenir un sanctuaire pour les terroristes, ni ne permettra une partition du pays », a déclaré Tebboune.


Dimanche 30 mai, le président français Emmanuel Macron a menacé de retirer les 5100 militaires français du Mali si le pays cédait « à l’islamisme radical ».


 « Pour régler le problème au nord du Mali, il faut y redéployer l’État. Via les accords d’Alger, nous sommes là pour aider Bamako, ce que nous faisons déjà avec la formation des militaires maliens », a précisé Tebboune.


« Nous n’agresserons jamais notre voisin »

Le président algérien a, dans la même interview, accusé le Maroc d’être un Etat agresseur. « La rupture avec le Maroc – et je parle de la monarchie, pas du peuple marocain, que nous estimons – remonte à tellement longtemps qu’elle s’est banalisée. Le Maroc a toujours été l’agresseur. Nous n’agresserons jamais notre voisin. Nous riposterons si nous sommes attaqués. Mais je doute que le Maroc s’y essaie, les rapports de force étant ce qu’ils sont », a-t-il menacé.


Les frontières terrestres algéro-marocaines, fermées depuis 1994, ne seront pas ouvertes. « On ne peut pas ouvrir les frontières avec un vis-à-vis qui vous agresse quotidiennement », a-t-il tranché.


La reconnaissance de Washington « ne veut rien dire »

Concernant le dossier du Sahara Occidental, il a estimé que le Maroc devrait revenir rapidement à « une solution acceptable conforme au droit international ». « Certains croient qu’avec l’ouverture de consulats (notamment à Laâyoune), le dossier du Sahara occidental est clos, mais ils se trompent », a-t-il appuyé. Ces derniers mois, plusieurs consulats ont ouvert dans les villes de Laâyoune et de Dakhala, présenté par Rabat comme un geste de la communauté internationale de la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara occidental.

Interrogé sur la reconnaissance par Washington de cette souveraineté, Abdelmadjid Tebboune s’est interrogé  : « Comment peut-on penser offrir à un monarque un territoire entier, avec toute sa population? Où est le respect des peuples ? Cette reconnaissance ne veut rien dire. Toutes les résolutions du Conseil de sécurité concernant le Sahara occidental sont présentées par les États-Unis. On ne peut pas revenir, verbalement, sur tout ce qui a été fait par Washington pour faire plaisir à un roi ».


Et d’ajouter : « entre l’Algérie et le Maroc, le Sahara occidental a toujours été une pomme de discorde mais pas un casus belli. Le Maroc devrait opter pour la raison: son ennemi, comme pour l’Algérie, c’est le sous-développement ».


« Les Turcs ont investi 5 milliards de dollars en Algérie »

Selon le président Tebboune, la présence turque au Maghreb ne dérange pas l’Algérie (les journalistes du Point ont parlé « d’offensive turque »). « L’Algérie a d’excellents rapports avec les Turcs, qui ont investi près de 5 milliards de dollars en Algérie sans aucune exigence politique en contrepartie. Maintenant, ceux que cette relation dérange n’ont qu’à venir investir chez nous! », a-t-il déclaré faisant allusion aux Européens.


Le chef d’Etat algérien a critiqué le fonctionnement de la Ligue arabe. « Il n’y a plus de cohésion. Et la Ligue arabe est à réformer, totalement. Nous le demandons depuis trente ans », a-t-il soutenu.

A propos de la normalisation de certains pays arabes, comme les Emirats arabes unis, avec Israël, Tebboune a eu cette réponse : « Il existe un plan de paix auquel ont adhéré tous les pays arabes: les territoires contre la paix. Chaque pays est libre de normaliser ses relations avec Israël, mais l’Algérie ne le fera pas tant qu’il n’y aura pas d’État palestinien ».


Visite prochaine en Tunisie

Enfin, le président algérien a annoncé qu’il se rendra en visite en Tunisie. « J’ai donné ma parole au président Kaïs Saïed. Je suis aussi invité en Russie, en Turquie, en Italie, au Qatar. Pour la France, l’invitation est mutuelle », a-t-il indiqué. L’Algérie était la première destination extérieure pour le président tunisien Kaïs Saïed après son élection.

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