La boxe, le parent pauvre des sports en Algérie

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Gants de boxe
Gants de boxe

Le cri d’alerte lancé par le boxeur international Chouaib Bouloudinat, samedi 19 septembre, sur sa pénible situation sociale attire inévitablement l’attention sur l’état d’abandon dans lequel se trouve la boxe. Sans revenus stables, Bouloudinat et d’autres sportifs d’élite sont tenus de préparer leur participation aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021.

Dans quelles conditions psychologiques iront ces athlètes au Japon défendre les couleurs du pays? Comment un sportif, qui ne sait pas comment nourrir ses enfants, peut-il décrocher une médaille d’or? Cette situation est-elle normale? Quel est donc le rôle de la Fédération algérienne de la boxe (FAB) ?

Cette Fédération, à faible budget, passe d’une crise à une autre depuis des années. En 2017, l’élection de Abdelmadjid Nehassia à sa tête a donné lieu à un véritable bras de fer avec le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS). Hadi Ould Ali, alors ministre, a décidé de se mêler des affaires de la fédération et a suspendu le nouveau président pour « mauvaise gestion », deux mois seulement après son élection.

Ould Ali est suivi par les membres de l’Assemblée générale qui retirent leur confiance à Nehassia et font élire Abdeslam Draa. En mai 2018, Nehassia est rétabli dans ses droits par le Tribunal algérien de règlement des litiges sportifs. Malgré cela, le MJS empêche le retour de Nehassia à la tête de la FAB attirant l’attention de l’Association internationale de boxe amateure (AIBA). Abdelmadjid Nehassia ne retrouve son poste qu’en mai 2019, réhabilité par le ministre Raouf Bernaoui. Donc, en résumé, pendant plus de deux ans, il n’y avait aucune gestion sérieuse de la FAB. Les athlètes étaient livrés à eux même.

Qui se souvient de Mustapha Moussa et Mohamed Zaoui ?

Durant ses quinze participations aux Jeux olympiques(J.O) d’été et d’hiver, depuis 1964, l’Algérie a décroché 17 médailles dont 5 en or. Ce n’est qu’en 1984 que la boxe offrait à l’Algérie ses deux premières consécrations olympiques de son histoire. C’était à Los Angles, grâce aux médailles de bronze de Mustapha Moussa (moins 81 kg) et de Mohamed Zaoui (moins 75 kg).

Sur les 17 médailles olympiques, 6 ont été décrochées par des boxeurs. Sur les deux premières médailles d’or obtenues aux J.O par l’Algérie, une est l’oeuvre du boxeur Hocine Soltani, à Atlanta en 1996. Le même Soltani a décroché une médaille de bronze aux jeux de Barcelone en 1992. Qui se souvient de Moussa, de Zaoui ou de Soltani? Ces champions sont tombés dans l’oubli, souffrent de marginalisation et de mépris.

Ils auraient pu donner d’autres titres internationaux à l’Algérie, s’il y avait une véritable politique sportive, une véritable vision et une véritable gestion au niveau du Comité olympique algérien (COA) ou au niveau de la Fédération.

Ils auraient pu être sollicités pour former d’autres boxeurs, avoir des salles d’entraînement pour assurer la bonne relève. Rien de tout cela. Mohamed Zaoui s’est plaint, dans un post sur Facebook, de souffrir de chômage, une fois de retour en France où il est né.

« En janvier 1984, je suis allé rejoindre l’équipe algérienne partante pour les jeux olympiques de Los Angles à Alger, sans prise en charge ni aucun remboursement de la part du Comité olympique algérien dont le président retient ma médaille depuis mars 2004. J’ai bien perçu une avance sur la bourse olympique promise, je n’ai jamais reçu le reste. Le président du COA doit me rendre mon bien acquis par la force de mes poings et de ma volonté », a-t-il dénoncé il y a deux ans.

« Cela fait mal de sentir l’ingratitude… »

Mustapha Moussa a, lui, souffert des promesses non tenues des responsables sportifs et politiques. Freiné par de nombreux problèmes sociaux, le boxeur a mis un arrêt brutal à sa carrière professionnelle pour s’occuper de sa famille à Oran. Il aurait pu avoir une autre destinée s’il avait accepté l’offre faite par les américains en 1984 de rester aux Etats Unis.

« Cela fait mal de sentir l’ingratitude après tout ce que j’ai fait pour l’Algérie. J’ai hissé le drapeau très haut. Et, là, je sens comme si je n’ai rien fait. On nous a abandonné », a-t-il regretté dans une déclaration à la chaîne sportive qatarie Al Kass.

Dans une autre interview accordée à Bein Sport, Mustapha Moussa a révélé que les responsables de l’époque avaient promis 1000 dollars pour les athlètes qui décrochaient une médaille aux J.O de Los Angeles. « De retour en Algérie, je n’ai rien eu ! », a-t-il confié.

D’autres pugilistes ont été mis à l’écart n’ayant pas le statut de « star » donné aux footballeurs. Il n’y a qu’à citer Mohamed Benguesmia, champion WBB et champion d’Afrique, Mohamed Allalou, médaillé olympique, Mohamed Missouri, plusieurs fois médaillé aux jeux africains et aux jeux méditerranéens, et Mohamed Bahari, médaillé olympique. Abdelhafid Benchabla, consacré meilleur athlète 2020 par la FAB, est classé 6ème au classement mondial de l’AIBA dans la catégorie des 91 kg avec un total de 700 points. Benchabla a participé aux J.O de Pékin(2008), Londres(2012) et Rio de Janeiro(2016).

Dans le même classement, Oussama Mordjane est à la 10ème position de la catégorie des 60 kg avec un total de 350 points.

Sept boxeurs algériens aux Jeux olympiques de Tokyo

Romaissa Boualem, médaillée d’or aux jeux africains de Rabat en 2019, est, elle, classée à la 8ème place mondiale avec la colombienne Valencia Lorena. Romaissa Boualem, consacrée également meilleure athlète de l’année, sera parmi les premières à représenter la boxe féminine algérienne aux prochains J.O de Tokyo, prévus du 23 juillet au 8 août 2021.

Elle sera aux côtés de Imane Khelif, Mohamed Flissi, Abdelhafid Benchabla, Younes Nemouchi, Mohamed Houmri, Chouaib Bouloudinat. « Il faut dire que notre consécration acquise au tournoi africain à Dakar a été arrachée dans la douleur, compte tenu de la crise qui sévit dans la boxe algérienne depuis 3 ans. Pis encore, durant notre préparation, nous n’avons pas eu le moindre soutien de l’ex-ministre de la Jeunesse et des Sports, Raouf Bernaoui, qui m’a affirmé personnellement dans son bureau et en présence d’un ancien entraîneur des sports collectifs que «nous allons échouer à qualifier des boxeurs pour Tokyo».

Des paroles qui en disent long quant aux intentions de l’ex-ministre, qui m’a relevé de mes fonctions sans pour autant motiver cette décision. En tant que cadre major de promotion, je suis doublement marqué par cette injustice, surtout que Bernaoui m’a remplacé par un retraité… », a dénoncé Mourad Meziane, directeur technique national (DTN) de la FAB, dans une interview à El Watan en mars 2020. Bernaoui, qui n’est plus ministre et qui n’a pas pu faire passer sa candidature au poste de président du COA, n’est plus là. Les sept boxeurs, eux, iront défendre les couleurs algériennes en terres japonaises.

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