Beyrouth, le bilan du “grand effondrement” s’alourdit: les Libanais veulent des explications

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Scène d'apocalypse à Beyrouth - DR

Un bilan provisoire de 78 morts, près de 4000 blessés, une ville dévastée, un pays sinistrée qui ne comprend pas comment 2 700 tonnes de nitrates d’ammonium qui devaient être acheminées en Afrique ont pu rester stockées depuis 2014 dans un entrepôt dans le port de Beyrouth. 

Des travaux de soudure menées au niveau de l’entrepôt pour fermer une brèche et éviter les vols seraient être l’élément déclenchant de cette catastrophe majeure qui mine encore plus le moral des Libanais durement affecté par la situation de quasi-faillite économique du pays et par l’épidémie du Coronavirus. Autre élément de nature à saper le moral, le ministre de l’Economie, Raoul Nehmé, a indiqué que le blé entreposé dans les silos situés tout près de l’entrepôt qui a explosé était devenu impropre à la consommation et que de la farine devra être importée pour compenser cette perte. 

 Le président Michel Aoun a confirmé que 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, utilisé dans les engrais – mais qui peuvent aussi devenir des bombes – étaient stockées dans le port depuis six sans mesures de sécurité. C’est “inacceptable” a-t-il dit lors d’une réunion d’urgence du Conseil supérieur de la défense qui a déclaré mardi soir Beyrouth « ville sinistrée ».  “Une grande catastrophe s’est abattue sur le Liban », a déclaré le président Aoun lors de ce Conseil en insistant sur la nécessité d’enquêter et de déterminer les responsabilités de tous. 

2700 tonnes de nitrate d’ammonium… pendant six ans!

L’information sur la présence durant six ans de ces quantités de nitrate d’ammonium au niveau du port choque les Libanais qui découvrent que la négligence est l’hypothèse la plus forte et non les nombreuses suspicion de complots qui ont rapidement été évoquées.

« Il est inacceptable qu’une cargaison de 2.700 tonnes de nitrate d’ammonium ait été présente pendant six ans dans un entrepôt sans que des mesures de prévention et de sécurité aient été prises », a déploré le Premier ministre, Hassane Diab qui a promis, dans une intervention à la télévision, de sanctionner les responsables de cette catastrophe.  

« Ce qui s’est passé aujourd’hui ne passera pas sans que des comptes soient rendus. Les responsables de cette catastrophe devront payer le prix. Une enquête sera ouverte et toutes les vérités seront dévoilées », a assuré le Premier ministre. « Je lance un appel urgent à tous les pays amis et les pays frères qui aiment le Liban à se tenir à ses côtés et à nous aider à panser nos plaies profondes », a aussi déclaré le Premier ministre.

Le Hezbollah a appelé les Libanais à l’unité et à la solidarité. “ Cette douloureuse tragédie et ses dommages sans précédents, ainsi que ses répercussions humanitaire, sanitaire, sociale et économique exigent de l’ensemble des Libanais, des forces politiques et des acteurs du pays solidarité et unité et de travailler ensemble pour surmonter cette épreuve difficile et affronter les difficultés et les défis », a-t-il déclaré dans un communiqué. Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a annulé une  allocution  prévue  pour ce mercredi.

Les hôpitaux de la capitale étaient saturés. Trois hôpitaux de campagne doivent être installés aujourd’hui. Le Qatar doit envoyer deux hôpitaux avec une capacité de 500 lits chacun. L’Irak enverra un hôpital de campagne. Le bilan risque de s’alourdir, le ministre de la santé, Hamad Hassan fait état de nombreuses personnes disparues. “ Les gens interrogent le service des urgences sur leurs proches et il est difficile de fouiller la nuit car il n’y a pas d’électricité », a-t-il déclaré à Reuters.

Comme une scène de film de la fin du monde

Le journal al-Akhbar dresse une image hallucinante de Beyrouth après le “grand effondrement”: “Comme dans les films qui dépeignent une scène de fin du monde. Le nuage qui se teinte rapidement passant du rouge au noir puis aux cendres toxiques. L’image semblait prise d’un des films des guerres mondiales. La ville s’est transformée en un amas de gravats après avoir été détruite par l’absurdité des fous. Des cris sont montés de la ville et de toute sa périphérie et dont l’écho est parvenu à tous les recoins du pays. Un séisme qui secoue, une poussière qui cache, pendant quelques instants, l’ampleur de la catastrophe, avant que les gens ne se retrouvent soudainement devant le tableau d’ensemble. L’image du grand effondrement qui a touché le centre névralgique du pays et dont les éclats se sont répandus sur les corps de chacun mais, malheureusement, sans les unir”.

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