Besoin de débordement… (BLOG)

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« Comment voyez-vous la culture dans une deuxième république ? » C’est la question « troublante » et précipitée que m’avait posé une journaliste d’un grand quotidien national, avant les élections de la « nouvelle Algérie » de décembre 2019, en plein hirak, avant le Corona. Tentative de réponse

Culture : besoin de débordement
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Ne serait-il pas présomptueux de parler de «deuxième République» à l’heure qu’il est ? Les résidus coriaces de celle qui devait en être la première, cette espèce de gérontocratie autoritaire et irresponsable, sont toujours là. Nous n’en n’avons pas encore fini avec elle. Mais il est toujours permis de réfléchir. Mais comment penser la culture ? Comment l’imaginer ? Donc comment la voir précisément ?…

C’est peut-être là notre erreur : Réfléchir la culture. Tenter constamment de voir ce qu’elle sera demain au réveil. Nous n’avons pas à voir la culture, c’est à la culture de nous voir. Toute tentative de réfléchir la culture est, à mon sens, un non-sens, une tentative quasi totalitaire qui consiste à vouloir la contrôler, la cerner, la maîtriser, la dompter, l’inscrire dans un cahier des charges précieux, en faire un produit manufacturé et préfabriqué.

La culture, c’est ce qui déborde, sort du cadre, casse les codes, ne respecte pas les formes et en créé constamment de nouvelles. C’est également ce qui nous surprend…
La culture, c’est ce qui nous montre ce que nous sommes, traduit nos profondes angoisses, nos lointaines espérances, nos folies cachées, nos illusions… et nous dit ce que nous voulons être, pas seulement en tant que nation, mais en tant qu’individus. Penser la culture est une erreur, c’est la réfléchir dans ce qu’elle a d’infiniment grand.

C’est lui donner les contours d’un Etat, et exiger d’elle qu’elle porte les soucis d’une nation. L’art ne peut pas prendre en charge l’histoire et les ambitions d’une nation. Ce serait de la pure propagande. La culture, c’est l’infiniment petit.

C’est l’infiniment petit qui parle à l’infiniment grand. C’est l’infiniment petit qui transcende tout pour être, peut-être, la voix de l’infiniment grand. C’est Goethe et Fritz Lang qui deviennent l’Allemagne.

C’est Pessoa qui devient le Portugal. C’est Dylan et Basquiat qui deviennent l’Amérique. C’est Derwich qui devient la Palestine. C’est les Rolling Stones et Les Beatles qui deviennent la Grande Bretagne. C’est Rimiti qui devient l’Algérie. La culture échoue forcément quand elle tente de prendre en charge les interrogations d’un Etat. La culture doit interroger l’individu parce qu’elle est l’œuvre de l’individu. De la singularité qui devient la pluralité. Pas l’inverse. La culture ne doit répondre à aucune injonction. Ni nationaliste, ni religieuse, ni linguistique, même si elle s’inscrit forcément dans ces mêmes espaces. La culture, c’est l’art dans toutes ses formes. Et l’art, c’est l’Homme dans sa complexité, pas l’Etat dans ses ambitions de grandeurs politiques. L’art est fragile, l’Etat est puissant.

Et cette puissance doit garantir à cette fragilité de devenir une force dans la société, pas la fragiliser davantage, la marginaliser, l’infantiliser en lui dictant de quelle manière et dans quelle direction l’art doit aller, lui imposant ainsi des limites, un langage et des frontières. Un Etat ne doit pas penser l’art, il l’emprisonnera forcément et trouvera toujours des aspects dégénératifs, des subversions antagoniques et menaçants avec l’idée que se fait l’Etat lui-même, de sa propre existence et de sa propre pérennité.

Un Etat ne doit pas réfléchir la culture, ne doit pas imaginer l’art. Seuls les créateurs sont en mesure de le faire. Sinon, nous créerons un autre ‘‘réalisme socialiste’’. Un Etat doit seulement permettre à l’art d’être, d’exister. Si des lois doivent être imaginées et conçues, c’est tout simplement pour en permettre sa diffusion, garantir son exploitation. Concevoir des lois sur la culture, c’est en limiter son champ d’intervention. C’est créer sa mise en quarantaine, sa censure, les conditions légales de sa mise à mort.

Aucune autorité, quelle que soit sa légitimité, ne doit être en mesure d’invalider une œuvre d’art. Aucun ministère, aucune force, ne doivent être en mesure d’en disqualifier le contenu, pour raison historique, religieuse, politique, comme c’est le cas aujourd’hui. Le contrôle de l’esprit passe par le contrôle de la culture. Alors, je ne sais pas comment doit être la culture demain, mais je sais comment elle ne doit pas être. L’Etat, la République, celle que nous subissons ou celle à venir, ne doit pas réfléchir la culture, elle doit juste en être le garant de son expression absolue. Et d’ailleurs, aujourd’hui, avec ce magnifique mouvement, nous en donnons la preuve, un avant-goût de ce que pourra être cette culture.

Chaque vendredi, nous voyons comment même dans la pluralité d’un peuple, l’individu, par sa créativité singulière, qui à travers un slogan, une pancarte, un accoutrement ou un chant, crée de la communion, de l’identité et de l’identification. C’est aussi ça la culture. La casa d’El Mouradia de Oueled el Bahdja, ce chant merveilleux de justesse, en est la parfaite illustration.

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1 commentaire

  1. Vous dites que « C’est Dylan et Basquiat qui deviennent l’Amérique. C’est Derwich qui devient la Palestine. C’est les Rolling Stones et Les Beatles qui deviennent la Grande Bretagne ». Et puis vous ajoutez que « C’est Rimiti qui devient l’Algérie ». L’Algérie est plus que la défunte Remiti, sinon on est très très loin derrière. Une comparaison ne saurait être effectuée à l’emporte pièce !

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