Algérie 2020: Novembre de la Libération, Novembre des libertés

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1er novembre 2019 en Hirak: le patriotisme aujourd'hui, c'est la démocratie - Ph Rym Khene

Le silence d’abord. Un long moment de silence, d’introspection pour se rappeler que ce jour a été le couronnement d’un long combat, pour se rappeler les Libérateurs qui ont donné leur vie à la cause et donné un sens à notre histoire qu’il nous revenait de retrouver.  Que nous retrouvons dans sa plénitude, celle de la libération, de la quête de dignité et de justice qui ne peuvent s’accomplir que dans les libertés, toutes les libertés. 

De nombreux Algériens, souvent rebutés par les décennies d’instrumentalisation de l’histoire – et donc de sa dévitalisation – ont découvert, avec le mouvement populaire en 2019, à quel point le 1er novembre était vivant en eux. A quel point il les oblige à ne pas céder au renoncement, à continuer de se battre pour réaliser les espérances de nos aînés d’avoir un pays libre de femmes et d’hommes libres sans hogra ni tuteurs. 

Silence aussi pour se rappeler que le 1er novembre 1954 a été un acte de volonté politique à qui nous devons tous de vivre aujourd’hui dans un Etat indépendant. Qu’il a été une rupture, elle-même fruit d’une lente et douloureuse maturation.  Pour se rappeler et constater que si le 1er novembre 1954 est un moment d’histoire fondateur, il ne pourra jamais être la propriété d’un régime ou d’un groupe.

Ben Boulaid Mostefa

Le patriotisme aujourd’hui, c’est la démocratie!

Dans sa radicale exigence de dignité des femmes et des hommes, il est, et demeurera, l’étendard permanent des opprimés. Car si 1er novembre appartient à l’histoire commune, l’esprit de novembre, lui, est toujours du côté de ceux qui réclament justice, citoyenneté et liberté. Très tôt, Hocine Aït Ahmed, qui n’aimait pas le qualificatif « d’historique », a énoncé politiquement ce que novembre devait signifier dans l’Etat Algérien indépendant : « le patriotisme aujourd’hui, c’est la démocratie ». 

C’est la démocratie, avec son corollaire, la citoyenneté, qui permet à une nation de vivre, d’avancer, de développer ses capacités de résilience dans un monde dur et compliqué. 58 ans après l’indépendance, des choses ont été faites, l’essentiel ne l’a pas été, celui d’un Etat des citoyens qui donne un cadre de libertés aux Algériens pour s’épanouir, débattre, lutter, négocier et trouver les bonnes solutions. 

Cet essentiel qui n’a pas été fait affaiblit la Nation et la rend perméable aux discours démagogiques. Le Hirak ne se limitait pas à s’opposer à l’indignité d’un cinquième mandat, son but était – et il l’est toujours – de rendre l’Etat à la Nation. C’est une exigence vitale. Il n’est pas inutile de rappeler à ceux qui tentent de faire de l’histoire une rente pour figer le pays que la Nation n’est pas une catégorie éternelle, elle est historique. Elle vit de la participation, de la citoyenneté, elle est périssable sous arbitraire.

Une mémoire vivante retrouvée dans le Hirak

L’autoritarisme et la dictature dilapident le capital de valeurs et d’expériences accumulées de haute lutte par des générations de militants. Nous ne sommes toujours pas dans l’Etat de Novembre, même si nous avons acquis – et c’est important – notre indépendance en 1962. Car, sous des dehors hyper-patriotiques, les pratiques du pouvoir qui découlent du système autoritaire, ont surtout semé les germes des divisions et miné le tissu social. 

La formidable résilience de la société algérienne a été surtout le fait de cette mémoire historique, non instrumentalisée, que nous avons retrouvée vivante dans le Hirak. Jamais sans doute l’esprit de Novembre ne s’est exprimé avec une telle communion que durant cette année 2019 où la société algérienne a affiché sa volonté de récupérer son Etat et de sauver le pays. 

Les Algériens se sont remis dans l’histoire, dans leur histoire qui est grande, même si le présent ne l’est pas. En 2019, ils ont montré qu’ils étaient toujours sur la lancée de Novembre. Qu’ils n’acceptent pas que Novembre soit neutralisé par les atteintes aux libertés et par l’injustice. Avec le mouvement populaire, les Algériens se sont retrouvés. 

S’ils ont suspendu les marches en mars 2019 pour cause de pandémie, rien n’arrêtera cependant leur marche historique pour la conquête des libertés et pour sauver l’Etat-Nation qui se délitait à vue d’œil sous le règne de l’informel, de la corruption et de l’irresponsabilité. 

Les « solutions » de replâtrage préconisées par le régime n’apportent pas une réponse à l’enjeu primordial de la sauvegarde et de la réhabilitation de l’Etat. Les remèdes cosmétiques ne sont d’aucun secours alors que la situation économique, sociale et géopolitique commande une mobilisation de la Nation qui ne sera possible que dans un climat de liberté et d’affirmation de la citoyenneté. 

Novembre aujourd’hui, c’est bien, au-delà des apparences de « fin de partie » que certains s’empressent de siffler, ce retour à notre grande histoire, c’est cette marche pacifique, endurante et patiente, que les Algériens ont entamée le 22 février 2019.

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