Abdelmadjid Attar : « Sonatrach n’a pas les moyens de s’implanter actuellement sur le marché spot du gaz »

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Abdelmadjid Attar :
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Abdelmadjid Attar, ancien ministre de l’Energie, est revenu, lors d’une rencontre organisée par la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), sur les problématiques liées à l’énergie et au gaz.


Il a précisé que près de 90 % du gaz algérien est vendu d’une façon contractuelle (long terme). « Le prix est garanti. Il y a des avantages et des inconvénients. Ce système peut être revu, mais il faut avoir les moyens. Il faut être présent dans les plateformes de vente. Sonatrach avait une plateforme en Espagne mais qui n’existe plus. Sonatrach doit être présente sur le marché en continu, doit prendre la décision le jour même de la vente du gaz. Sonatrach n’a pas les moyens de s’implanter actuellement sur le marché spot du gaz », a-t-il déclaré à 24H Algérie, en marge de la rencontre « La relance, c’est maintenant », organisée samedi 13 novembre par la CAPC, à l’hôtel El Aurassi, à Alger.


Sonatrach doit, selon Abdelmadjid Attar , avoir beaucoup de moyens humains pour suivre quotidiennement l’évolution du marché spot (court terme) du gaz naturel. « Sur ce marché, il faut se comporter comme des courtiers, comme à la bourse. Qui peut prendre, aujourd’hui en Algérie, à Sonatrach ou au ministère de l’Énergie, la décision de vendre un million de BTU (unité de mesure du gaz naturel) à tel ou tel prix ? C’est une lourde responsabilité », a expliqué l’ancien PDG de Sonatrach Abdelmadjid Attar.


« L’Algérie assure à peine 20 % des besoins de l’Europe en gaz naturel »


Selon Abdelmadjid Attar, les Européens font actuellement pression sur l’Algérie en exprimant des « craintes » sur la fourniture du gaz naturel par l’Algérie après l’arrêt le 31 octobre 2021 du transport à travers le gazoduc GME qui passe par le Maroc. « Ils veulent faire pression pour que l’Algérie n’augmente pas ses prix surtout pour le GNL. L’Algérie assure à peine 20 % des besoins de l’Europe en gaz naturel. La Russie, la Norvège et le Qatar sont les principaux fournisseurs du continent, qui vendent plus de gaz que nous. L’Europe fait tout pour ne pas dépendre d’une seule source », a expliqué Abdelmadjid Attar.  


Il a estimé que l’Algérie produit actuellement du gaz naturel au maximum de ses capacités. « Nous produisons à peu près 137 milliards de mètre cube de gaz dont 40 milliards sont autoconsommés au niveau des champs, du GNL, des stations de pompage et de compression. Le reste, une moyenne de 90 milliards de mètre cube, est commercialisé dont près de 50 % vers le marché extérieur. C’est tout ce que nous pouvons produire pour le moment », a détaillé Abdelmadjid Attar.


« Notre avenir est dans les hydrocarbures non conventionnels et le nucléaire »


Lors d’un débat sur « la compétitivité », Abdelmadjid Attar a fait un plaidoyer pour l’économie du gaz naturel et de l’énergie en général. En ce sens,  un programme doit être adopté « en urgence » par les pouvoirs publics. Il s’agit également de « réaffecter » l’énergie vers les secteurs créateurs de richesses.


 « C’est un défi à relever dans l’avenir. Il y a un autre défi aussi, le recours aux énergies non conventionnelles. Je sais que c’est une question sensible. Si nous ne réussissons pas la transition énergétique, notre avenir lointain est dans les hydrocarbures non conventionnels (gaz de schiste) et le nucléaire », a-t-il dit.  


Abdelmadjid Attar a évoqué la nécessité d’assurer la disponibilité de l’énergie à coût compétitif pour son producteur. « On ne peut continuer à vendre le gaz et l’électricité à perte. Il faut promouvoir le meilleur usage de l’énergie au niveau des consommateurs industriels. Il faut peut-être diminuer les subventions quelque part si on veut être compétitifs », a-t-il plaidé. Augmenter le prix de l’énergie d’une manière mesurée peut, selon lui, freiner la consommation abusive.

 
Il a indiqué que le prix actuel du gaz et de l’électricité en Algérie est le plus bas dans la région méditerranéenne et maghrébine précisant que la Sonelgaz et sa filiale la Société algérienne de l’électricité et du gaz (SADEG) connaissent des difficultés financières :  « En 2020, la SADEG affichait un déficit de 320 milliards de dinars. Cela est lié aux coûts et au prix de vente de l’électricité. Le problème est également lié à l’usage qu’on fait de l’énergie en Algérie ».


Le secteur industriel ne consomme que 21 % de l’énergie


D’après lui, 42 % de la consommation nationale de l’énergie est faite par les ménages et les commerces.


« A peine 2 % de l’énergie est consommée par l’agriculture alors qu’on compte beaucoup sur ce secteur pour les exportations. 37 % de l’énergie est consommée par le secteur des transports. Et, 21 % de l’énergie est consommé par les secteurs de l’industrie et du BTP. Donc, nous avons un modèle de consommation d’énergie dont 79 % ne participent pas à la création de nouvelles richesses », a-t-il alerté.


Il a ajouté que la production nationale d’électricité est assurée à 98 % par le gaz naturel. « Et, elle le sera encore en 2035. Malgré les 15.000 mégawatts de production d’énergies renouvelables prévus par le ministère de la Transition énergétique(400 mégawatts sont produits actuellement), nous allons économiser tout juste 20 % d’électricité produite », a-t-il précisé.


Il a estimé que les industriels Algériens doivent se préparer au paiement de la taxe carbone. « A partir de 2023, lorsqu’on exporte une richesse qui provient d’une activité qui est née du carbone vers l’Union européenne, le produit sera taxé. Il va falloir prendre des mesures pour se préparer à cette échéance », a prévenu Abdelmadjid Attar .

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