Zahia (Zehira) Yahi, commissaire du FICA: « On va arriver à une relève formidable dans le cinéma algérien »

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Zahia (Zehira) Yahi, commissaire du FICA:
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Après une rupture de deux ans, le Festival international du cinéma d’Alger (FICA) est de retour pour sa 11ème édition. Ce festival, dédié aux films engagés, se déroule du 2 au 10 décembre 2022 dans plusieurs salles dont Ibn Zeydoun et la cinémathèque d’Alger. Rencontre avec Zahia (Zehira) Yahi, commissaire du festival.


24H Algérie: Qu’est-ce qui marque cette 11ème édition du FICA par rapport à la programmation et aux thématiques choisies ?

Zahia (Zehira) Yahi: C’est d’abord la volonté de se venger d’une frustration par rapport au cinéma et au festival. Il s’agit aussi de sortir de la douleur et de la tristesse liées à la pandémie de Covid19. Pendant deux ans, c’était terrible, affreux. Nous avons perdu des gens. L’idée est donc d’en finir avec ce cycle de grisaille pour aborder une étape lumineuse qui est celle du retour de films sur nos écrans.
Comme le festival s’inscrit dans la célébration du 60ème anniversaire de l’indépendance, une célébration qui va durer une année, des films sur la guerre de libération nationale seront projetés. Nous avons voulu sortir de ce schéma en focalisant sur le regard des autres sur notre libération.


Comment ?

Ce qu’il faut reconnaître est l’intelligence du FLN qui a bien compris la force de l’image pour porter la révolution algérienne hors de nos frontières. Le deuxième thème a trait aux étrangers qui ont rejoint la guerre de libération nationale. Ils étaient admirables. C’est cela notre apport à la célébration du 60ème anniversaire de l’indépendance. C’est un peu différent de ce qui se fait ailleurs.


Qu’en est-il de la participation algérienne au FICA 2022 ?

Nous sommes étonnés par l’âge des participants algériens qui se sont inscrits. Des jeunes cinéastes qui ont de l’imagination, du talent. Nos cinéastes pionniers ont pris de l’âge. Ils sont encore vivants, mais il faut assurer la relève. Une nouvelle génération doit prendre le relais. Pour moi, la relève est là. Il faut juste lui donner les moyens. Lors de la cérémonie d’ouverture, la ministre de la Culture et des Arts, Mme Soraya Mouloudji a expliqué la démarche de l’Etat algérien de soutenir et de faire aboutir les projets cinématographiques, ceux déjà existants et ceux qui viendront après. C’est rassurant. Moi, j’y crois. Si on s’engage tous dans cette voie, on verra de belles choses. Déjà, sans moyens, les jeunes font des choses remarquables.


Dans le programme, il y a des courts métrages réalisés par de jeunes cinéastes algériens…

Oui. Nous avons onze courts métrages entre fiction et documentaire. Près de la moitié sont des films algériens. Il y a tous les formats, de 4 à 20 minutes. Des films différents. On sent qu’on va arriver à une relève formidable dans le cinéma algérien. Nous avons reçu une vingtaine de courts métrages algérien, retenus quelques uns.


Pour les longs métrages, comment s’est fait le choix ? Est-ce qu’il y a une ligne directrice ?


Il s’agit de films de la même famille mais très différents. Les regards se rapprochent mais le traitement du sujet n’est pas le même d’un pays à l’autre. Au cinéma, c’est comme des frères et sœurs, on ne se ressemble pas forcément, mais on est de la même famille. Il me semble que les films que nous programmons procède un peu de cela.


Comment se fait la sélection ?

On regarde des films à longueur d’années. Personnellement, je regarde plusieurs fois le même film avant de trancher. Il s’agit également de comparer. Il est très douloureux de faire le choix. Si comme on sacrifiait un bon film au profit d’un autre. On se dit qu’on programme le film l’année prochaine. C’est pour cette raison que nous avons prévu des focus cette année avec des films qui ne sont pas en compétition. Une manière de discuter de ces films et de leur donner de la place.


Pourquoi le choix du film palestinien « El gharib » de Fakr Eldin Ameer pour l’ouverture du 11ème FICA ?

Chaque année, le FICA aborde deux causes : la Palestine et le Sahara Occidental. Et donc, nous avons visionné beaucoup de films. « El gharib » nous a énormément plu car il rassemblait des qualités, de la finesse et de l’intelligence. Dans ce long métrage, il y a l’imbrication dans une cause et la distance par rapport à cette cause en même temps. L’image est magnifique, le propos est fort et les acteurs sont remarquables. Nous avons eu  un grand coup de cœur pour ce film.


Et pour la clôture, vous avez choisi de « The last queen » d’Adila Bendimerad et Damien Ounouri…
Parce que nous avons déjà retenu certains films pour la compétition. Après, lorsqu’on compare entre deux films de même qualité, il y a toujours  un film qui est innovant, moderne et plus beau artistiquement. Il s’impose. Cela a été le cas pour « The last queen » surtout qu’il n’a pas encore été projeté en Algérie. C’est un long métrage très attendu. J’espère que tout le monde sera heureux après la projection.


Le cinéma africain n’est pas très présent dans ce 11ème FICA…

Les films que nous avons reçus n’ont pas été retenus, sauf pour « Les anonymes », un long métrage rwandais de Mutiganda Wa Nkunda et un court métrage sénégalais « Anonymes » de Fama Reyane Sow. Dans les focus, nous avons prévu des films venant du continent aussi. En fait, nous n’avons pas eu de coups de cœur cette fois-ci.


La même chose pour le cinéma arabe ?

Les propositions que nous avons reçues ne nous ont pas satisfait. Nous avons deux longs métrages palestiniens ainsi que des courts métrages. Nous allions reçevoir des films jordaniens et égyptiens, mais cela n’a pas marché pour différentes raisons liées notamment aux droits. Et, parfois les producteurs ou les distributeurs ont des contrats avec des chaînes de télévision, donc, c’est impossible de programmer les films sur une certaine durée. Des obstacles qui nous ont bloqué.

 
Qu’en est-il du choix des thématiques des Focus ?

Sur des sujets qui nous intéressent comme l’environnement ou les femmes. Pour nous, il s’agit de préoccupations permanentes.


Il y a aussi des master class au programme…

Oui. Nous avons prévu trois master class. Le premier est sur la thématique de l’environnement, le deuxième sur celle de « la frontière incertaine » entre le documentaire et la fiction. Par le passé, ces genres sont clairement séparés. Aujourd’hui, on constate que des images de fiction sont introduites aux documentaires et des images d’archives aux fictions. Pour ce dernier cas, Rachid Bouchareb a ajouté des images d’archives dans son film « Nos frangins ».


 Il y a un autre master class sur le métier de comédien, animé par des acteurs du film « Nos frangins », Réda Kateb, Lynda Khoudri et Samir Gasmi. Certains d’entre eux sont partis d’Alger pour faire carrière à l’international. Être comédien est une vraie discipline de travail. Il est dur de gérer sa carrière. Nous voulons qu’il raconte tout cela aux autres. Cela donne de l’espoir, permet de mettre les pieds sur terre. Rachid Bouchareb sera Alger pour la projection de son dernier film (« Nos frangins » a été proposé pour représenter l’Algérie aux Oscars). Dans le focus Femmes, nous avons prévu aussi la projection du dernier film de Merzak Allouache en hors compétition, « La famille ». Dans ce film, la comédienne et metteure en scène Hamida Ait El Hadj est remarquable. 

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