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Visite guidée à la citadelle d’Alger dont une maquette reconstitue les splendeurs, en partie perdues, mais qui reste encore debout malgré les avanies des hommes, de la colonisation et du temps.

Des frères Barberousse au colonisateur français, la Citadelle d’Alger a connu bien des habitants de passage à travers les siècles. Ne pensant pas la quitter un jour, ils l’ont tous empreint de leur mode de construction, ce qui fait de ce joyau architectural un témoin de plusieurs périodes historiques. Longtemps fermée pour des travaux de restauration, la maison du sultan retrouve, enfin, son public.

Des groupes de visiteurs arrivent au fil des heures. Accueillis par un agent de sécurité qui les oriente selon leur demande : visites en solo ou avec guide. La visite guidée est conduite par une équipe technique, composée de quatre personnes, chargée du suivi des travaux de restauration.

«Nos journées sont très animées. Depuis l’ouverture, les visiteurs arrivent et cela dure à longueur de journée. Des familles, des jeunes qui se plaignent du manque d’activité à cause de la situation sanitaire… Ce sont tous des visiteurs avertis. C’est agréable car on apprend avec eux, c’est plus un échange qu’un visite répétitive » souligne la guide.

Des Casbadjis lisent attentivement les textes accrochés aux murs. L’un d’eux, un monsieur d’un certain âge, lance sur un ton de reproche qu’il faut enrichir les textes. «Il y a des histoires qu’on ne trouve pas dans les livres, particulièrement sur la vie du palais à l’époque Ottomane. Il faut un travail de mémoire avec les habitants de la casbah. Ces histoires sont transmises de génération en génération » explique-t-il.

Pour faciliter au visiteur l’immersion dans la vieille cité au temps de sa gloire, une première maquette réalisée par un bureau polonais PKZ dans les années 80 est exposée à l’entrée. Tout est là précise la guide : la mosquée du Dey et celle des janissaires, la poudrière, les bains des aghas, les jardins d’été et d’hiver…etc. Les moindres détails la citadelle sont reconstitués.

«Elle est entièrement en hêtre. Le travail est minutieux, même les fissures sur les murs sont reproduites. Ici il y avait un parc d’autruches. Le maquettiste les a dessiné sur le sol pour se rapprocher au maximum de la réalité» relève la guide.

Ce sont les frères Barberousse qui ont entamé la construction de la citadelle au 16e siècle, précisément en 1516. Avant l’arrivée des colonisateurs français, la citadelle a été gouvernée par Dey Khodja Pacha et son successeur le Dey Hussein. Trois ans après le coup de l’éventail, il y eut l’invasion française.

«Pendant la période Ottomane, la citadelle était une seule entité. C’était ce qu’on appelle de l’architecture introvertie comme la casbah. Il n’y avait que des remparts qui entouraient toute la casbah. Le souci des colons était justement cette jonction entre le haut et le bas de la casbah. Ils ont donc fait plusieurs percements notamment la rue qui mène vers la citadelle aujourd’hui. En 1844, la forteresse est scindée en deux parties, le quartier des Bey et le quartier du Dey afin de l’isoler » explique la guide.

La citadelle s’étale sur une superficie d’un hectare et demi et s’élève à une altitude de 118 mètres par rapport au niveau de la mer . C’est le point culminant de la Casbah. Après ce petit récit historique, le groupe s’impatiente de découvrir ces lieux chargés d’histoires. Il incombe aux visiteurs d’imaginer la vie de luxe et de prestige qui s’y menait. L’ère ottomane dans la citadelle était connue pour être fastueuse.

Des haltes dans le temps et l’histoire

Le circuit du Palais comprend la visite de la mosquée du Dey, le bain et le quartier des janissaires ainsi que les troisièmes batteries de défense militaire. L’État algérien a demandé de revenir, dans la mesure du possible, à l’architecture de la Citadelle d’avant la période française. Ce qui a rendu la tâche ardue, souvent les architectes ont dû dé-restaurer.

La mosquée du Dey a été livrée en 2014. Une inscription sur marbre à l’entrée signale l’année de sa construction : 1234. Pendant la colonisation, elle a été transformée en musée colonial militaire. Un peu plus haut, le visiteur découvre le bain des janissaires. Cette aile du palais est composée du bain, d’un foyer et de la chaudière mitoyenne des deux pièces.

«Le bain est constitué d’une chambre froide et d’une chambre chaude. La dalle de cette dernière salle est en verre, afin de permettre au visiteur de voir l’hypocauste de cette époque. Ces ouvertures en forme géométrique que vous voyez sur le toit en voute sont des « Mdawi », comme leur nom l’indique, servent au passage de la lumière ».

La chaudière, appelée aussi El Fernak, chauffe l’Hammam et le foyer qui jouxte le bain, où les soldats se reposaient. Les murs de cette pièce ont été laissés en l’état pour montrer un exemple de l’appareillage de l’époque. Après leurs bains, les janissaires allaient dans leur quartier. Le bâtiment s’élève sur trois étages. Deux entrées principales y donnent accès. Les portes en bois massif, sont d’époque mais pas tous les carrelages, et la céramique sur les murs, précisent la guide. Avant de devenir le quartier des janissaires, cette bâtisse était le harem du dey, zone indépendante réservée aux femmes.

D’ailleurs pour reconstituer l’ambiance de cette époque, des ustensiles et objets de décoration anciens sont exposés dans les différentes pièces.

La visite se poursuit et se termine à la troisième batterie. Autrefois c’était un ensemble de bâtiments abritant les unités de l’armée des janissaires. Aujourd’hui, cela ressemble à une grande terrasse.

«Sur la muraille on voit deux types d’ouvertures, on les appelle des embrasures et des meurtrières. Les premières sont pour les canons les secondes pour des armes moins imposantes par leur taille, notamment les fusils » explique-elle.

Une partie de la batterie s’est effondrée en 2012. Un accident qui a néanmoins révélé des informations sur le mode de construction de cette muraille. C’est pour quoi une partie des murs a été laissée apparente. Selon la guide, la tour est d’une époque pré-ottomane. Certains disent qu’elle est médiévale et que les ottomans se sont imbriqués sur elle.

La visite s’achève et le retour à la réalité pousse à constater combien cette forteresse a été endommagée. Les transformations opérées par l’armée coloniale ont fragilisé ses fondations. Il y a aussi d’autres facteurs : les eaux pluviales, les remontées capillaires, les vibrations provoquées par les camions qui traversent…etc. Le visiteur quitte la citadelle avec le vœux, qu’une fois les travaux achevés, la Citadelle d’Alger se mettre à ressembler à sa maquette.

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