Les violences faites aux femmes dans les objectifs de Sonia Merabet et Abdo Shanan

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Les violences faites aux femmes dans les objectifs de Sonia Merabet et Abdo Shanan
Les violences faites aux femmes dans les objectifs de Sonia Merabet et Abdo Shanan

L’un interroge la mémoire, l’autre illustre les séquelles psychologiques, les deux jeunes photographes Abdo Shanan et Sonia Merabet ont porté un regard diffèrent mais complémentaire sur les violences faites aux femmes. Intitulée « Untold – ما كُتِمَ », le non-dit, les clichés sont actuellement exposés à l’espace Rhizome.

La thématique des violences faites aux femmes a été suggéré aux deux photographes par la coopérative culturelle « Dima Cinéma » dans le cadre du programme «Ramchet 3in – رمشة عين », une réflexion sur la représentation de la femme à l’image.

Abdo Shanan a opté pour une installation. Le public a découvert ses clichés dans une chambre noire où les photos sont projetées grâce à un data show.

« je traite le sujet des violences faites aux femmes par le prisme de la mémoire et c’est ce qui a motivé mon choix de ne pas faire de tirage. La mémoire est intangible, j’ai donc choisi un support immatériel. À travers la chambre noire, j’ai voulu restituer une atmosphère tendue comme celle dans laquelle l’acte de violence est commis. Donc l’installation est le meilleur moyen de mettre le visiteur en situation », précise Abdo Shanan.

Pour réaliser ses clichés, il s’est inspiré du livre Blanc du réseau Wassila, un recueil de témoignages de femmes victimes de violences.

« J’ai fait le choix de ne lire que les témoignages des victimes elles-mêmes. J’ai été impressionné par le niveau de détails de certains récits. Et c’est ce qui révèle que ces femmes n’ont rien oublié, qu’elles vont porter ce lourd fardeau toute leur vie. C’est pourquoi J’ai choisi de traiter le sujet par le prisme de la mémoire et du souvenir », explique Abdou Shanan.

Les images qui défilent dans cette chambre noire montrent des personnages, des objets banaux, des scènes de vie quotidienne, certaines images sont prises de vidéos que le photographe a visualisé.

« J’ai photographié un vieil homme car il me faisait penser au témoignage d’une victime. Elle parlait d’un père qu’elle n’avait jamais vu et d’un mari qui était plus âgé qu’elle. Ce que j’ai ressenti de ce témoignage c’est qu’elle était coincée entre un homme qu’elle veut rencontrer et un autre qu’elle veut fuir. Donc mes images n’illustrent pas la violence que ces femmes ont endurée. Je crois que personne n’est capable de le faire. Les clichés que j’ai pris sont des éléments que j’ai observés autour de moi et qui m’ont renvoyé vers les témoignages. L’action de photographier était intuitive », décrit Abdo Shanan.

Le choix du format polaroïd n’est pas fortuit. Pour Abdou Shanan ce format photo est l’utilisé pour garder des souvenirs. Il est aussi instantané comme le basculement dans la violence qui vient soudainement.

Abdo Shanan confie que le challenge était de taille. Pour lui, l’exercice le plus difficile était de traduire ces témoignages. « Le livre blanc a défini la manière par laquelle j’allais traiter le sujet, c’est-à-dire la mémoire, mais d’autre part, il a été le déclencheur de toutes sortes de sentiments. Le fait d’être un homme, et que mes semblables soient à l’origine du problème, exigeait de moi une attention particulière », ajoute-t-il.

« Séquelles bleues »

Sonia Merabet a traité le sujet de la violence faites aux femmes par le prisme des séquelles psychologiques. L’élément qui ressort le plus dans son travail est l’ombre qui renvoie à ces séquelles.

« Lorsqu’une femme subit des violences, avec le temps les blessures physiques guérissent, et disparaissent sans laisser de trace sur le corps. Seulement, sur le plan psychologique, l’impact va durer et influencer toute la vie de la victime. Ces séquelles sont comme l’ombre dont on ne peut pas se détacher, elles nous suivent partout », indique Sonia Merabet.

Sur ses photographies on voit l’actrice Meriem Medjkane, dans des postures dynamiques. Sonia indique qu’elle voulait que le message soit positif.

« Je voulais tromper un peu le public. Quand on évoque les violences faites aux femmes on s’imagine découvrir des images assez tristes. Moi j’ai opté pour un message positif, je voulais que mon modèle se lâche devant l’objectif, comme pour se détacher d’un fardeau. C’est un message à toutes les victimes pour leur dire qu’elles peuvent dépasser cette expérience traumatisante », souligne la photographe.

Sonia Merabet estime que pour combattre ce fléau, il faut aller au fond des choses avec les victimes. Celles-ci se murent dans le silence, et laisse ce traumatisme les ronger. Les amener à se confier, les croire, les encourager à se relever est le meilleur remède, selon elle.

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