Un responsable ne doit pas dire ça… !

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Un responsable ne doit pas dire ça… !
Capture d'ecran

En 2014, un énarque nommé Abdelmalek Sellal qui a fait une “grande” carrière avant d’atterrir à la prison d’El Harrach, après le Hirak, a fait, une fois de plus, dans la blague pourrie. L’homme avait tout juste abandonné le poste de Premier ministre pour prendre en charge la campagne pour le 4ème mandat d’un Boutefllika embaumé sur le thème de la stabilité. Il était la “voix” de l’absent, et comme il n’avait pas grand chose à dire il compensait par des boutades et des blagues qui ne faisaient pas rire. Hormis lui et sa petite cour. Sa sortie sur les chaouïas “Hacha naâmat rabbi» a fait des vagues et a même provoqué des manifestations de colère.

Ces propos stupides et “irresponsables” ont été diffusés par la chaîne Ennahar (elle croyait bien faire et comme les obséquieux ne brillent pas par l’intelligence…) au moment où Ghardaïa connaissait des affrontements fratricides qui suscitaient un grand désarroi chez les Algériens. Sellal avait à l’époque considéré qu’il avait été “trahi” par Ennahar, chaîne TV en service commandé qui ne ratait rien de lui, pas même ses mauvaises blagues. Surtout pas ses mauvaises blagues. Il n’y avait ni « trahison », ni « complot », juste la confirmation visuelle du très haut niveau de légèreté du personnel du régime.

Une parole publique, à plus forte raison quand elle émane d’un détenteur de pouvoir dont les actes engagent l’Etat et ont une incidence sur la vie des gens, doit être mesurée et réfléchie. Elle doit être respectueuse des gens en tout temps et encore plus quand elle a pour objectif d’affirmer l’autorité, laquelle n’est supposée être que celle de la loi.

Le service de l’Etat n’est pas le café de commerce, on ne dit pas n’importe quoi. Les affaires de corruption traitées actuellement par les tribunaux et qui concernent du beau monde, sont révélatrices de l’exemplarité négative donnée par le haut personnel de l’Etat en direction de la société et c’est une des causes majeures de l’incivisme, qui est une forme négative désastreuse de contestation.

On se serait attendu depuis le Hirak, ce vaste mouvement positif de contestation civique, à ce que les responsables deviennent plus responsables… et abandonnent leur morgue autoritaire. A plus forte raison en ces temps, sans précédent, de crise sanitaire où il s’agit de bien communiquer, de bien expliquer et aussi, cela va de soi, de prendre toutes les mesures pour que ces dispositifs de restrictions soient efficaces et humains.

Un responsable ne dit pas à une femme totalement démunie “dabri rassak” (débrouille-toi), il écoute et demande à ses services de s’en occuper. Un responsable ne doit pas dire “frappe-le, il connaîtra sa place” car ce n’est pas faire preuve d’autorité que de le dire. Et les femmes et les hommes ne sont pas des animaux ! Cela ne fait qu’accentuer la défiance des gens à l’égard des pouvoirs publics. Un responsable ne doit pas dire que celui qui veut s’immoler le fasse. Un responsable ne doit pas dire qu’il est préférable de mourir de faim que du corona… Quand on est assuré de ne pas mourir de faim, c’est facile de décider qu’il est préférable que les gens en meurent. Au point d’oublier que le comportement humain le plus basique est d’essayer de survivre et donc de ne pas mourir de faim.

Un responsable ne doit pas dire cela car il a les moyens de l’Etat – et éventuellement ceux des citoyens qui sont toujours disponibles et généreux – pour que personne ne meurt de faim en Algérie en 2020. Un responsable ne doit pas céder à la facilité d’accuser “le peuple” pour ses échecs, pour son incapacité à utiliser au mieux les moyens et les ressources dont il dispose. Un responsable – et encore plus durant les crises – doit faire preuve d’humilité et de respect à l’égard des citoyens. Ce sont eux, la clé de la réussite. Un responsable doit rendre compte de ce qu’il fait avec les moyens que lui donne la collectivité. Un responsable ne dit pas n’importe quoi !

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