Violentes manifestations en Tunisie : la colère des démunis

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Affrontements nocturnes à Hai Tadhamoun, Tunis - Crédit Photos : Yassine Gaidi /

La commémoration de l’an X de la révolution en Tunisie n’a pas eu lieu en raison d’un confinement décidé par les autorités mais la colère sociale née d’un profond ressentiment dans le pays s’est fortement exprimée, samedi, dans des manifestations qui ont pris une tournure violente dans plusieurs villes.

C’est dans les quartiers populaires de Tunis et de Sousse où la colère, alimentée par de graves difficultés économiques et sociales et le sentiment d’une révolution volée, s’est le plus exprimée. Même si l’UGTT et d’autres organisations ont renoncé à organiser des manifestations en raison de la situation sanitaire, des appels ont été lancés en ce sens sur les réseaux sociaux.

 Des heurts, violents, ont eu lieu à Sousse où la police a utilisé des grenades lacrymogènes contre des jeunes en colère qui bloquaient des routes en mettant le feu aux pneus. Des pillages de magasins ont été signalés par des témoins. Des incidents ont également eu lieu à Tunis et à Bizerte.

Ces manifestations violentes rappellent que si le processus démocratique a connu des avancées en Tunisie – notamment en matière de liberté d’expression -, il reste fortement fragilisé par la situation économique et sociale. Les classes populaires, détonateurs de la révolution anti-Ben Ali, ont le sentiment d’être les laissés pour compte d’une révolution captée par les élites des classes moyennes des villes.

L’économie du pays, largement tributaire des bailleurs de fonds internationaux, n’a pas été relancé malgré la mise en œuvre d’un plan d’appui du FMI. La crise sanitaire a accentué la situation entrainant la mise au chômage des milliers de personnes.  C’est le talon d’Achille de la révolution tunisienne.

Record de Harraguas vers l’Italie

Le climat social est particulièrement lourd en cette dixième de la révolution, alimentant, chez une minorité pour l’instant, une sorte de nostalgie pour l’ère Ben Ali. Ainsi, le Parti destourien libre (PDL), dirigée mené par une ancienne cadre du parti de Ben Ali, Abir Moussi, connaît, selon les sondages, un regain de popularité avec un programme « éradicateur » contre les islamistes.  

Les capacités d’action du gouvernement sont très réduites et la situation financière, très délicate, s’est encore détériorée au cours de l’année 2020. Avec la crise sanitaire, le PIB de la Tunisie a régressé de 8%, le tourisme s’est pratiquement effondré avec une activité en recul de près de 70%. La facture de la pandémie pour l’économie a été estimé à 4 milliards de dollars.  Les perspectives pour 2021 sont sombres. Sans espoir pour les jeunes des classes défavorisées. Les harraguas sont plus nombreux que jamais, leur nombre a atteint un record depuis 2011. Selon le ministère italien de l’intérieur, 12 883 Tunisiens ont débarqué en Italie en 2020, cinq fois plus qu’en 2019.

En dix ans, il y a eu 9 gouvernements en Tunisie qui n’ont pas su, selon la formule de l’Institut Transnational, un think-tank basé à Amsterdam, « équilibrer les intérêts de l’élite traditionnelle avec ceux de la population défavorisée ». Un résumé soft de ce que les classes défavorisées considèrent comme un détournement de la révolution.

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