Tebboune : « Ce n’est pas avec les adeptes du Karcher que les relations algéro-françaises redeviennent calmes »

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Tebboune :

Le président Abdelmadjid Tebboune n’a donné aucune date au retour à Paris de l’ambassadeur d’Algérie Mohamed-Antar Daoud, après son rappel début octobre 2021.


« Le retour de l’ambassadeur est conditionné par le respect de l’Algérie, respect total de l’Etat algérien », a déclaré, dimanche 10 octobre au soir, le président Abdelmadjid Tebboune, lors d’une rencontre avec la presse, diffusée par l’ENTV et les chaînes privées.
« Qu’on oublie que l’Algérie fut un jour une colonie de la France. C’est un État débout avec tous ses piliers. Un Etat puissant avec son armée, avec une économie qui se renforce de plus en plus et avec son peuple vaillant qui ne se soumet qu’à Allah », a ajouté le chef de l’Etat.


L’Histoire, selon lui, ne peut pas être falsifiée. « Pour vous plaire, je vous dirai qu’il n’y a rien. Et ben non « , a-t-il insisté.
Alger a rappelé son ambassadeur à Paris le 2 octobre 2021 après les propos, rapportés par le journal Le Monde, du président français Emmanuel Macron sur l’Algérie et sur son Histoire. Macron a dit que le pouvoir en Algérie se nourrit « d’une rente mémorielle » basée sur « la haine de la France ».


« Nous avons des problèmes avec la France… »

« Nous n’avons pas d’instruments pour mesurer l’amour ou la haine qu’on porte à un peuple ou à un pays », a répliqué Tebboune.
Et de poursuivre :  « Nous avons des problèmes avec la France. La France nous a colonisé 132 ans. Durant cette période, des crimes horribles ont été commis dans ce pays. Des crimes qu’on ne peut pas effacer par des mots doux. Des tribus entières ont été exterminées ».


Il a cité l’exemple de la tribu des Zaatcha de Biskra massacrée par les soldats du général Émile Herbillon entre juillet et novembre 1849.
« Avec la France, il y a eu 70 ans de guerre en raison de l’occupation. Toutes les régions d’Algérie se sont rebellées car nous étions une Nation », a-t-il relevé pour répondre à Macron qui s’interrogeait sur l’existence de la nation algérienne avant l’occupation française.
Tebboune a rappelé que la colonisation française de l’Algérie avait provoqué la mort de 5,6 millions d’Algériens dont 1,5 millions durant la guerre de libération nationale (1954-1962).


« Demandez ce qui s’est passé à la mosquée de Ketchaoua. 4000 fidèles se sont regroupés à l’intérieur de la mosquée pour s’opposer à sa transformation en une église. Ils ont été tous tués, tombés en martyrs. La mosquée a été encerclée et bombardée par des mortiers. C’est de cette manière que se comportait l’armée coloniale. Elle ne faisait pas de cadeau. Des personnes ont été gazées à Laghouat après avoir été mises dans des sacs », a rappelé Tebboune.


« Nous n’avons jamais demandé la repentance, nous avons demandé la reconnaissance »

En décembre 1831, le Duc de Rovigo, commandant en chef du corps d’occupation d’Afrique, avait occupé de force la mosquée de Ketchaoua à Alger en usant de tous les moyens.
« Nous ne pouvons pas pardonner. Nous n’avons jamais demandé la repentance, nous avons demandé la reconnaissance. Le président Macron a reconnu que ce qui s’est passé en Algérie est pire que la Shoah. En Algérie, il y a plus de 5,6 millions de morts », a appuyé Tebboune.


Interrogé sur le brusque changement de position de Macron sur la colonisation française après l’avoir qualifié à Alger de « crime contre l’humanité », en 2017, le président Tebboune a eu cette réponse : « l’Histoire ne fonctionne pas par les humeurs. Il faut laisser l’Histoire aux historiens. Nous avons, nous aussi, des choses à dire sur l’Etat français. Celui qui touche l’Algérie ne peut pas aller loin. Notre dignité ne se vend pas en milliards d’euros ou de dollars. Aujourd’hui, les Martyrs nous demandent de les rétablir dans leurs droits ».


« Nous sommes agressés… »

Le chef de l’Etat est revenu également sur la fermeture de l’espace aérien aux avions militaires français participant à l’opération Barkhane au Mali. « Nous avons constaté qu’il y a des attitudes agressives et gratuites comme le mensonge du siècle sur le nombre de 7000 d’Algériens à expulser de France. Tu te bases sur un mensonge pour m’insulter… », a-t-il dit rappelant que pour le principe l’Algérie était contre toute intervention étrangère dans les affaires internes des Etats.


La fermeture du ciel pour les avions militaires français est-elle une décision définitive ? « Il n’y a rien d’irréversible dans les relations diplomatiques entre les Etats. Actuellement, nous sommes agressés dans notre chair, dans notre Histoire, dans nos Martyrs, nous nous défendons comme nous le pouvons. Si les choses se dissipent, il n’y aura plus de problèmes. Ce n’est pas avec les adeptes du Karcher que les relations algéro-françaises redeviennent  calmes », a répondu Tebboune.

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