Tadjeddine BACHIR (GAAN): «Il y a un manque énorme de réglementation et vides juridiques qui complexifient la manière d’aborder l’innovation en Algérie»

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Tadjeddine BACHIR (GAAN): «La pandémie du covid-19 a affirmé nos besoins en nouvelles technologies»
Tadjeddine BACHIR (GAAN): «La pandémie du covid-19 a affirmé nos besoins en nouvelles technologies»

En février 2020, des professionnels du secteur du numérique algérien ont décidé de fédérer les compétences du secteur du digital en créant le Groupement Algérien des acteurs du numérique. Depuis le groupement compte plus de 470 inscrits entre entreprises, startups et experts indépendants. Ces adhésions sont en constante évolution selon le président du groupement Tadjeddine BACHIR. Dans cet entretien il revient sur la genèse du groupement, ses missions et les difficultés inhérentes à ce secteur.

24 Heure Algérie : Pouvez-vous nous dire comment est née l’idée de ce groupement?

Tadjeddine BACHIR : le projet du groupement a démarré il y a déjà 2 ans, en juin 2018. Un groupe d’entrepreneurs algériens dans le numérique se sont rencontrés à plusieurs reprises pour partager leurs visions respectives sur le secteur et les multiples problématiques auquel ils étaient confrontés. Ces discussions ont permis au fil du temps d’affiner le groupe de fondateurs et de les fédérer autour d’une vision commune. Ils nous ont également permis d’identifier les personnes dont la motivation et l’engagement ne souffraient d’aucune faille. Le besoin d’organiser un secteur aussi porteur et stratégique se faisait de plus en plus ressentir. Le contexte de crise économique liée à la crise sanitaire due à la pandémie du Covid-19, a également affirmé le besoin que nous avons en termes de nouvelles technologies. Nous avons donc hâté le pas et avons procédé à la création officielle du groupement en février 2020.

Quelles sont les principales problématiques inhérentes au secteur que vous avez identifiées depuis la création du GAAN ?

Il en existe certaines problématiques communes à tous les secteurs comme la non-convertibilité du dinar algérien qui complique l’accès à la devise dans un secteur où les marchés n’ont pas de frontière à proprement dit. Nous pourrions également citer le manque d’infrastructures locales aux normes (data centre, Cloud service), la difficulté bureaucratique à disposer d’un nom de domaine en Algérie, ou encore l’instabilité de la qualité du débit internet ou encore, le très faible taux de pénétration des solutions de paiement, électroniques.

Nous sommes en train de travailler à la constitution de commissions sectorielles ouvertes à toute personne souhaitant y participer, de manière à ce que chaque spécialiste puisse aborder les problématiques inhérentes à son activité. Le secteur de la Tech étant large et diversifié de par ses différentes disciplines, technologies, il ne serait pas logique ni cohérent qu’une seule entité puisse couvrir l’ensemble des problématiques.

Pouvez-vous nous dire comment vous travaillez en tant que groupement ?

Nos décisions au sein du board sont d’abord basées sur l’échange, l’analyse et la concertation, lorsque les avis sont partagés nous procédons à un vote à main levée en toute démocratie et c’est la majorité qui l’emporte, lors d’une égalité des voix, la voix du président compte double pour faire basculer la balance, cette décision a été admise à l’unanimité par l’ensemble du groupe.

Nous sommes en contact permanent avec l’ensemble des fondateurs, commissions, membres, et partenaires. Nous nous tenons informés les uns les autres et nous partageons les tâches en fonction de nos domaines de compétence respectifs.
Nous faisons également jouer nos réseaux afin de trouver les compétences manquantes et compléter nos domaines d’expertise. Nous sommes dans une optique d’intelligence collective et de confiance totale les uns envers les autres et ça porte ses fruits.

Cet espace est également ouvert à la diaspora, comment l’expérience de ces acteurs peut-elle participer au développement du secteur ?

Le fait que beaucoup évoluent dans des pays bien plus avancés technologiquement, permet d’avoir un retour d’expérience qui nous permettra comme on dit dans le jargon informatique d’éviter de réinventer la roue et surtout de reproduire les erreurs qu’ont dépassées d’autres pays et qu’on ne peut découvrir que grâce à l’expérience. Et nous savons l’attachement des Algériens de la diaspora à leur pays d’origine et l’importance de leurs rôles respectifs dans sa construction.


Notre groupement est basé sur les préceptes d’intelligence collective, toute proposition ou remarque constructive est plus que bienvenue. Je profite de votre tribune pour réitérer notre appel à l’ensemble des acteurs du numérique établi en Algérie ou à l’étranger souhaitant apporter leur pierre à l’édifice à nous rejoindre.

Qu’en est-il du cadre réglementaire pour l’écosystème numérique ?

Il y a un manque énorme de réglementation et beaucoup de vides juridiques qui complexifient la manière d’aborder l’innovation dans notre pays. Il est important de souligner que les pays qui sont à la pointe de l’innovation aujourd’hui, qu’elle est technologique ou autre, évoluent dans des environnements où les énergies sont libérées et ou le cadrage arrive a posteriori. L’innovation étant par définition nouvelle, elle ne peut être réglementée avant son éclosion. Nous gagnerions à nous en inspirer chez nous.

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