Sahara Occidental: une colonisation à bas bruit

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Sahara Occidental: une colonisation à bas bruit
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Il y a une année prenait fin au Sahara Occidental un cessez le feu vieux de trente ans, condition d’une promesse encore et toujours non tenue d’organiser un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui.

Chargés  de mettre en place ce référendum, des émissaires de l’ONU, diplomates de haute volée, ont tous successivement jeté l’éponge, James Baker, Christopher Ross, Horst Kohler. Le nouvel émissaire, Staffan de Mistura suivra sans nul doute la voie de ses prédécesseurs, l’échec venant en fait du Conseil de sécurité de l’ONU qui préfère « geler » le conflit plutôt que de le résoudre, à la grande satisfaction du Maroc.

Ce statu quo a plongé l’histoire de la dernière colonie d’Afrique dans l’oubli pendant trente ans. La rupture du cessez le feu par le Maroc le 13 novembre 2020 à l’extrémité du mur de 2800 kms a signé la reprise des hostilités, baptisée « guerre à bas bruit » ou « de faible intensité ». Certes le Maroc se sait en situation de supériorité militaire et technologique.

Pourtant ce Goliath préfère le bas bruit de cette guerre permettant à ce statu quo en sa faveur de perdurer autant que possible.  L’armée sahraouie  renouvelle sa guérilla des sables lui ayant permit de gagner 20 % de son territoire entre 1976 et 1991. Mais depuis cette date, le mur truffé de technologie, la modernisation de l’équipement militaire, la fourniture de drones israéliens ont renforcé l’armée marocaine.

Un autre mur, celui de l’immobilisme diplomatique a permit au Maroc de renforcer ses alliances, ses positions militaires et sa position de colonisateur. Côté sahraoui, on oppose la démonstration historique que toute nation ayant combattu pour sa décolonisation a fini  tôt ou tard par l’obtenir, que  leur motivation à vouloir reconquérir leur territoire supplante de loin la volonté de l’armée marocaine à vouloir le défendre, que le droit international  tranche en leur faveur en temps que territoire non autonome en absence de règlement définitif, sur les échanges commerciaux ( remise en cause des accords UE-Maroc). Que pèseront ces arguments, cailloux dans la fronde de David, face à un Goliath sûr de lui ?

Il y a quelques années je posai précautionneusement mes pas dans ceux d’Ahmed, un ami  sahraoui, à portée de voix de soldats marocains dont nous apercevions les silhouettes se détachant sur le ciel au dessus du mur. Nous étions au beau milieu du champ de mines. Le cessez-le-feu n’empêchait pas les salves d’injures que mon ami sahraoui n’osaient me traduire. Propos orduriers de soudards frustrés anticipant ceux que j’entendrai plus tard lors des Forums Sociaux Mondiaux de Dakar et de Tunis lorsque je fus violemment pris à partie par des nervis du Makhzen, ou ceux que l’on trouve de nos jours proférés sur les réseaux sociaux, comme en témoigne Mr Christopher Ross à son encontre.

Aujourd’hui  les combattants sahraouis observent le mur à la jumelle, l’armée marocaine observe les territoires libérés avec leurs drones  d’observation.

Pendant 30 ans les sahraouis ont respecté le cessez-le-feu, n’ont pas répondu aux provocations, n’ont jamais commis d’actes de terrorisme, ont accepté bon nombre de propositions d’accord des émissaires de l’ONU-notamment le deuxième plan Baker, ont été illégalement emprisonnés, torturés, portés disparus. Ils ont tout accepté, hormis de disparaître «à bas bruit».

Depuis 45 ans le Maroc a envahi militairement puis civilement un territoire reconnu en attente de décolonisation par la juridiction internationale,  a refusé tout accord autre qu’une autonomie rattachée au royaume en contradiction avec le droit international, a pillé pendant 4 décennies les richesses du Sahara Occidental, a rompu unilatéralement le cessez-le-feu, a acheté l’influence d’hommes d’État, pratiqué le chantage -le dernier à la migration- voire l‘espionnage personnalisé (Pégasus).

Il est rare qu’une  situation internationale soit aussi tranchée entre le mal et le bien sans paraître suspecte ! Elle est pourtant toute aussi tranchée que d’être reçu dans les ors des palais royaux chérifiens, à la Mamounia ou accueilli avec humanité sous une tente sahraouie rapiécée sur la hamada de Tindouf. La volonté d’indépendance du peuple sahraoui ne s’exprime pas à bas bruit. Il suffit d’aller dans les camps de réfugiés ou les territoires occupés pour s’en rendre compte et de se questionner sur ceux à qui profite ce silence et ce temps tueurs !

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