«Répression ou libre débat ? Une question de civilisation »

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«Répression ou libre débat ? Une question de civilisation »
«Répression ou libre débat ? Une question de civilisation »

L’intensification de la répression contre des citoyens liés au Hirak ou soupçonnés de séparatisme ne peut laisser indifférent. L’ampleur de cette répression pose un grave problème politique. Du nord au sud du pays, de l’est à l’ouest du pays, les arrestations et incarcérations confirment l’étendue des oppositions au pouvoir en place.

Le traitement policier et judiciaire de cette opposition est déjà sujet à caution dans la mesure où l’arsenal législatif qui le soutient prête à discussion. Sa conformité avec le droit n’est pas toujours établie. Bien au contraire, certaines dispositions législatives, tel l’article 87 bis du Code pénal qui définit le terrorisme, sont dénoncées par la ligue algérienne des droits de l’homme. Mais bien plus grave, la sympathie et la solidarité dont bénéficient les victimes de cette répression auprès des populations devraient renvoyer le pouvoir vers l’évaluation politique de son action.

A la veille des élections locales, la répression ne peut que contribuer à pourrir le climat politique et favoriser les oppositions jusqu’auboutistes qui prônent le boycott. Le pouvoir en place assume une responsabilité particulière dans la détérioration du climat politique.

Au moment où des décantations s’opèrent, où la réflexion au sein de la société civile évolue, l’action répressive vient semer la confusion et alimenter les postures politiques favorables à des ruptures immédiates imaginaires coupées des réalités politiques et sociologiques. La répression constitue dans la situation présente du pays une prime à l’affrontement. Il ne faut pas attendre que ce climat délétère atteigne son paroxysme pour recourir aux grâces présidentielles.

Les plaies ouvertes garderont des traces. La répression est un raccourci qui coûtera cher. Elle fortifie les sectarismes et éloigne les possibilités de dialogue et de coopération. Depuis 1962, de grandes actions répressives similaires à celle en cours furent menées. Avec les mêmes méthodes. Avec les mêmes éléments de preuve. Aucune idée, aucune opinion, ne s’en est trouvée éradiquée. Les opinions évoluent, deviennent majoritaires, minoritaires ou marginales. Par l’expérience, le savoir, la pédagogie, la confrontation pacifique des idées. Répression ou libre débat ? A quelle civilisation voulons-nous appartenir ?

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1 commentaire

  1. Autour de nous, la société se déstructure et se disloque de jour en jour. Les femmes et les hommes de ce pays ne savent plus, peut-être ne veulent plus et en tout cas ne peuvent plus faire de la politique », a écrit Hocine Aït Ahmed .
    Neanmoins , il n’oublie d’ajouter que les Algériens sont un peuple politisé. Leur conscience politique a été forgée par plus d’un siècle de domination coloniale sans merci, et par un mouvement national pluriel, allant des Oulémas aux libéraux en passant par les communistes, qui a labouré les esprits au fil des « années de braise ». Enfin par une guerre de libération extrêmement violente avec son lot de tortures, de napalm, d’exécutions sommaires et de propagande.
    Malheureusement tout ce potentiel politique a été mis entre parenthèses au lendemain de l’indépendance par un pouvoir militaire brutal et manipulateur. Plus de 130 ans de lutte et de résistance ont été réduits au silence.

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