Rahabi et Laichoubi critiquent les propos de Macron

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Rahabi et Laichoubi critiquent les propos de Macron

Les réactions aux propos du président français Emmanuel Macron sur l’Algérie, la colonisation, l’Histoire continuent.


Abdelaziz Rahabi, ancien ministre de la Communication, a critiqué les « discours adaptés à chaque échéance électorale » par rapport à l’Algérie, « faisant de notre pays un sujet de débat récurrent pour devenir un problème de politique interne ».


L’ancien ambassadeur fait allusion au débat électoral actuel à l’approche des présidentielles de 2022 en France. Un débat dominé par les idées d’extrême-droite rejetant les migrants, louant « les bienfaits » de la colonisation et insistant sur les questions de sécurité.


 « L’Algérie est encore perçue comme un client et un partenaire sécuritaire durant les quatre premières années de mandat présidentiel, alors qu’elle est perçue comme un épouvantail durant la dernière année, après cette période les leviers de l’islamisme extrémiste ont été épuisés par les élites politiques et médiatiques », a-t-il relevé.


La décision de Paris de réduire les visas pour les Algériens est motivée par le fait qu’Alger refuse la réadmission des migrants algériens expulsés de France coupables de « radicalisme religieux ».


« La nation algérienne ne peut être un sous-produit de la réalité coloniale » répond Rahabi à Macron


Critiquant les déclarations d’Emmanuel Macron à propos de « l’existence de la nation algérienne » avant l’occupation militaire française, à partir de 1830, Abdelaziz Rahabi a estimé que l’Algérie n’a pas construit son identité « autour de souffrances ou de traumatismes post-coloniaux pour rester l’otage d’un perpétuel passé colonial ».


« L’Algérie est construite sur une histoire de plusieurs millénaires autour d’une idée précise de l’Algérie, d’une prospérité partagée et d’un destin commun. La nation algérienne ne peut être un sous-produit de la réalité coloniale mais plutôt le produit d’une résistance au régime de domination par la force, grâce à un héritage historique fécond et un mouvement national d’une modernité politique sans précédent », a-t-il souligné.


Les marqueurs d’une grande Nation sont, selon lui, de rester unis « sans être uniformes dans notre diversité et dans l’immensité de l‘espace de l’Algérie » .


« Des traîtres à la nation »


Revenant sur « le pardon officiel » aux Harkis, Abdelaziz Rahabi a rappelé que dans la conscience nationale collective algérienne ces supplétifs de l’armée coloniale française durant la guerre de libération nationale sont « des traîtres à la patrie ».  « En France et dans d’autres pays européens, les collaborateurs de l’occupant nazi sont considérés comme des personnes qui ont perdu la loyauté envers leur patrie », a-t-il rappelé.


Depuis 1990, la loi Gayssot interdit en France toute remise en cause de « l’existence des crimes contre l’humanité » à l’époque nazie. Des loi anti-négationnistes existent également en Allemagne, en Suisse et en Belgique.


«Nous sommes les héritiers de mémoires contradictoires sur cette question, dont chaque partie doit porter son histoire et sa responsabilité, car l’égalité souveraine entre les États repose sur cette seule condition et reste la meilleure garantie de relations apaisées dont les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron ont discuté avec courage et détermination », a noté Abdelaziz Rahabi.


« La continuité de la pensée coloniale »


« Structurellement, la pensée politique française n’arrive pas à opérer des ruptures avec sa période coloniale et de pays hégémonique. Elle est dans la continuité de la pensée coloniale et totalement imbriquée dans cette pensée de laquelle elle n’arrive pas à se défaire », a estimé, pour sa part, Mohamed Laichoubi, ancien ministre et ancien diplomate.


Les propos de Emmanuel Macron ont été, selon lui, abordés avec un simplisme brutal « dans un espace d’échange arrangé pour lui dans lequel il n’ y avait pas de débat contradictoire ».


Emmanuel Macron a reçu, le jeudi 30 septembre, dix-huit jeunes « dont les familles ont vécu la guerre d’Algérie ». Parmi les invités figurait l’un est l’arrière-petit-fils du général Raoul Salan, chef de l’Organisation armée secrète (OAS) qui était opposée à l’indépendance de l’Algérie et qui a eu recours à des violences dans les années 1960.


« Erreur fondamentale »


«Croire que proposer aux jeunes algériens une vision post-coloniale montée sur de l’injustice et autres, et tabler sur une séparation des élites de la société civile avec les institutions, est un paris absolument insignifiant car ça ne marchera pas »,  a souligné Mohamed Laichoubi.


Selon les propos rapportés par le journal Le Monde, Emmanuel Macron disait qu’il ne parlait pas de  « la société algérienne », mais « du système politico-militaire » qui se serait construit sur « la rente mémorielle » liée à la guerre de libération nationale.
Mohamed Laïchoubi a qualifié « d’erreur fondamentale » la décision d’accorder les visas d’une manière prioritaire aux étudiants et aux hommes d’affaires algériens, après avoir réduit l’octroi à 50 %.


Selon lui, la France est aujoud’hui incapable  de proposer une nouvelle vision de partenariat à l’Algérie.

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