« MBZ »: un prince-héritier, des pétrodollars, des phobies et de l’aventurisme

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MBZ des pétrodollars, du pouvoir, des phobies et de l’aventurisme
Twitter/ Mohamed Ben Zayed

On parle beaucoup de Mohamed Ben Salman, (MBS) et assez peu de Mohamed Ben Zayed (MBZ). Tous deux sont des princes héritiers dans leurs royaumes , l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. MBS est sur la sellette avec une publicité scabreuse liée à l’assassinat de Jamal Khashoggi au consulat saoudien d’Istanbul et à sa politique brutale de mise au pas des critiques. Et aussi des princes de la famille royale qui pourraient contester sa prise du pouvoir, orchestrée au prix d’un chamboulement des règles de la succession en place depuis la fondation de l’Arabie saoudite par Ibn Séoud. 

MBZ, Mohamed Ben Zayed Al Nahyane, 59 ans, prince héritier d’Abou Dhabi, principal Etat de la fédération des Emirats arabes unis (EAU) et ministre de la défense, est de facto le monarque. Celui qui est officiellement président des Emirats, son demi-frère, Khalifa ben Zayed Al Nahyane, victime d’un accident cérébral en 2014, ne pèse plus sur le court des évènements. MBZ a une emprise totale sur les institutions, il a même pris la précaution de nommer son fils à  la tête des services de renseignements intérieurs.

Grâce à des montagnes de pétrodollars et à une alliance sans faille avec Washington, y compris dans ses politiques outrageusement anti-palestiniennes, MBZ exerce une grande influence – et surtout beaucoup de nuisances disent ses détracteurs – bien au-delà de la région du Golfe. Certains le créditent du statut de “l’homme le plus puissant” du Golfe et du monde arabe. Il est le mentor de Mohamed Ben Salman et sans doute l’inspirateur de ses politiques désastreuses notamment au Yémen où l’Arabie saoudite reste embourbée alors que les Emirats s’en sont “officiellement” retirés. 

Les guillemets restent de mise car les Emirats ont monté des milices à eux et soutiennent les séparatistes du Sud-Yémen. Le poids de MBZ à Washington, déjà très fort, s’est considérablement accru avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Son champ d’action va du Yémen à la Libye où il soutient et arme le général Haftar, au mépris des résolutions du conseil de sécurité sur l’embargo des armes. 

Obsédé par les Frères musulmans

MBZ est en effet l’un des principaux acteurs extérieurs qui manipulent le jeu en Libye. Ses forces spéciales sont présentes aux côtés de Haftar – et son aviation mène des raids en Libye – mais également en Somalie et dans le nord du Sinaï.  L’homme est obsédé par les Frères Musulmans, soutenus par le Qatar, à qui il mène une guerre sans merci. C’est lui, avec le soutien de MBS, qui a décidé, en 2017, le blocus du Qatar, la presqu’île voisine des EAU, accusé d’accointances coupables avec les islamistes. Il a ouvertement soutenu le coup d’Etat de Abdel Fattah Al-Sissi, l’homme qui a brutalement enterré, à coup de massacres, la révolution du Tahrir. 

Un activisme qui cause des dégâts et se solde par des échecs. Ainsi, le blocus du Qatar, est un échec total. MBZ et MBS ne se sont pas contentés du blocus, ils ont envisagé d’envahir militairement le Qatar. La Turquie d’Erdogan qui dispose d’une base militaire à Doha a envoyé des troupes supplémentaires avec pour ordre de riposter sans attendre en cas d’attaque. Et les turcs l’ont fait savoir. Qatar, pour faire faire face au blocus, s’est complètement autonomisé en matière d’approvisionnement de ses voisins. En Libye, Erdogan a beau jeu de mettre en exergue l’action des émiratis pour venir apporter un soutien militaire au gouvernement d”al-Sarraj, non sans succès puisque Haftar a perdu du terrain en Tripolitaine. 

L’intervention au Yémen est un désastre et un échec, même si MBZ s’en est retiré en laissant MBS embourbé dans l’affaire. S’il n’est pas aisé de prévoir l’avenir, on peut constater déjà que MBZ, mentor de MBS, c’est beaucoup de pétrodollars, d’énormes dépenses militaires, un pouvoir absolu et beaucoup d’aventurisme.

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