Polémique sur le documentaire sur l’UGEMA : le producteur refuse l’accusation de « censure »

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Polémique sur le documentaire sur l'UGEMA : le producteur refuse l'accusation de

La polémique sur le documentaire sur l’UGEMA, l’Union générale des étudiants musulmans algériens, continue d’enfler.
Vendredi 21 mai 2021, Canal Algérie a diffusé pour la première fois, dans l’émission « Ciné thématique » d’Amir Nebbache, le documentaire « L’Ugema » de Mohamed Latrèche, produit par Boualem Ziani et coécrit avec le sociologue Nacer Djabi, à la faveur de la célébration du 50ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Finalisé en 2015, ce documentaire d’une cinquantaine de minutes revient sur les conditions de création de l’Union générale des étudiants musulmans algériens en juillet 1955, quelques mois après le déclenchement de la guerre de libération nationale.

Pour rappel, Lamine Khène, Ahmed Taleb Ibrahimi, Abdesselam Belaïd, Aissa Messaoudi, Mohamed Menouar Merrouche, Mohammed Benyahia, Abdelhamid Mehri, Taleb Abderrahmane et Lounis Mohamed, sont parmi les membres fondateurs de l’UGEMA.


« Brouillant et incohérent »

Le réalisateur a donné la parole à plusieurs acteurs de l’époque dans ce documentaire. « Je suis consterné de voir que le « documentaire » sur l’UGEMA qui vient de passer sur Canal Algérie est en fait un plaidoyer contre le 19 mai 1956. Honteux! », a réagi Amin Khan, fils de Lamine Khène, sur son compte Facebook. Il a qualifié le documentaire de « brouillant et incohérent ».

Lamine Khène, membre fondateur de l’UGEMA, était partisan de la grève des étudiants en 1956. Il avait notamment rédigé le célèbre appel des étudiants du 19 mai 1956 et avait rejoint ensuite l’Armée de libération nationale (ALN).
Nacer Djabi s’est dit, lui aussi, surpris de constater le retrait des témoignages d’Ahmed Taleb Ibrahimi et de Lamine Khène du documentaire « alors qu’ils avaient contribué à la création de l’UGEMA ».

Le documentaire UGEMA « diffusé dans son intégralité »

« J’ai réalisé un entretien de deux heures avec Ahmed Taleb Ibrahimi dans son domicile algérois, mais aucune séquence n’a été retenue ! », s’est-il étonné dans un texte publié par Liberté. “Certes le réalisateur a tous les droits sur son film. Mais, il est inadmissible artistiquement et politiquement, d’occulter deux personnalités de premier plan dans la création de l’Ugema, pour s’être exprimées en arabe !”, a ajouté le sociologue.
Canal Algérie indique, selon une source sûre, avoir diffusé le documentaire sur l’UGEMA dans son intégralité sans aucune censure. « C’est d’ailleurs le principe même de l’émission « Ciné thématique », diffuser des films dans leur intégralité. C’était notamment le cas des longs métrages de Mahmoud Zemmouri », précise-t-on.  Canal Algérie travaille en collaboration avec le CADC (Centre algérien de développement du cinéma) pour la programmation des films devant faire l’objet d’un débat.

« Un choix cinématographique »

« Il n’y a jamais eu de censure. Ahmed Taleb Ibrahimi et Lamine Khène n’étaient pas dans le documentaire. Il est vrai que nous avons enregistré avec ces deux personnalités, mais le réalisateur n’a pas retenu leur témoignage. C’est un choix cinématographique artistique et pour des considérations de format. C’est un choix du réalisateur », précise Boualem Ziani, producteur, contacté par 24h Algérie.
Selon lui, Mohamed Latrèche n’a pas retenu d’autres intervenants. « On ne va pas dire qu’il les a censurés. Nacer Djabi a toujours travaillé en solo parce qu’il écrit des livres, là, c’est sa première expérience collective avec le documentaire. Cela dit, chacun peut avoir son avis sur le film », a-t-il ajouté.
Boualem Ziani souligne qu’Ahmed Taleb Ibrahimi a été désigné secrétaire général de l’UGEMA pour « des considérations politiques de l’époque ». « Les historiens peuvent en parler. Lamine Khène était à la tête de l’assemblée qui a décrété la grève générale. La question de la grève est présente dans le film. Les noms de ceux qui étaient pour cette action sont cités, autant que ceux qui étaient contre. Pour moi, l’UGEMA représentait l’intelligence de l’ALN, de la guerre de libération nationale. Les étudiants algériens étaient de vrais diplomates à l’étranger », appuie-t-il.


« L’épreuve de vérité »

Mohamed Latrèche a, pour sa part, précisé qu’il n’a pas retenu les témoignages de Taleb Ibrahimi et de Khène pour des raisons « exclusivement cinématographiques ». « Le travail de montage se révèle comme l’épreuve de vérité où sont déterminants seuls les critères de rythme, de lisibilité et de construction », a-t-il soutenu, dans une déclaration à Liberté.
Il n’existe pour l’heure aucune explication à la non diffusion du documentaire sur l’UGEMA pendant ces dernières années, comme une dizaine d’autres documentaires.

Nabila Rezaig, la nouvelle directrice du CADC, avec l’accord du ministère de la Culture et des Arts, travaille actuellement pour la présentation au public des longs métrages et des documentaires produits ces huit dernières années, notamment par l’AARC (Agence algérienne pour la rayonnement culturel). D’où la sortie en salles de plusieurs films comme « Dzair » de Mahdi Tsabast, « Heliopolis » de Djaffar Gacem et « El Achiq » de Amar Si Fodil.

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