Le patronat se plaint de la bureaucratie, souhaite être associé à la préparation des lois de finance

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Rencontre à la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC, ex-FCE)
Rencontre à la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC, ex-FCE)
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Face à la crise, quatre organisations patronales ont décidé de se rassembler pour faire des propositions communes. Il s’agit de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC, ex-FCE), la Confédération nationale du patronat algérien (CNPA), la Confédération des industriels et producteurs algériens (CIPA) et l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA).

«Dans les moments de crise, il faut se rassembler. Rassembler les acteurs économiques pour la sauvegarde des entreprises », a déclaré, mercredi 21 octobre, Mouloud Kheloufi, président de l’AGEA, lors d’une conférence de presse, tenue dans le siège de la CAPC, à Alger.

« Nous voulons lancer un message de rassemblement. Nous nous sommes prononcées d’une manière concertée sur des questions comme la conjoncture économique, la tripartie, les réformes à mener en urgence, l’accompagnement de l’entreprise dans l’étape actuelle. Le but est d’avoir une action commune pour trouver des solutions à la crise économique vécue par le pays », a détaillé Sami Agli, président de la CAPC.

Selon lui, la crise s’est compliquée avec la pandémie de la Covid 19. « L’heure est à l’union et à l’alignement d’une stratégie commune entre le patronat pour défendre l’intérêt collectif et l’intérêt du pays. C’est un élan de solidarité entre nous », a-t-il appuyé considérant le patronat comme « une force de propositions ». Des contacts sont menés pour élargir  « le noyau dur » constitué par les quatre organisations. « Il faut vite trouver des solutions à l’entreprise, au relèvement de l’économie et contribuer au nouveau modèle économique dans la nouvelle Algérie à laquelle nous aspirons. Nous devons redoubler d’efforts en cette phase critique », a ajouté le président de la CAPC.

On a cherché à « isoler » le patronat de la société

Mohamed Said Nait Abdelaziz, président de la CNPA, considéré par Sami Agli comme « le père du patronat algérien », a souligné que les organisations patronales, en tant que partenaires sociaux, ont toujours accompagné les pouvoirs publics. « Aujourd’hui, nous sommes dans une étape cruciale. Il y a une crise multidimensionnelle qui perdure.

Nous devons travailler ensemble, se concerter, dialoguer dans le but d’arriver à un consensus entre opérateurs économiques », a-t-il plaidé. Il a appelé à s’inscrire dans un nouvelle dynamique « pour aller de l’avant ». « Le patronat doit jouer son rôle, avoir de la considération parce qu’on a toujours cherché à l’isoler de la société. Nous sommes avant tout des citoyens. Nous faisons travailler les algériens et apportons l’argent à l’État. Donc, il faut faire la part des choses. Nous devons nous battre pour arracher des droits. Nous avons les moyens de sortir de la crise mais tout le monde doit s’y mettre », a insisté Mohamed Said Naït Abdelaziz.

Selon Mouloud Kheloufi, les mesures décidées par le gouvernement pour soutenir les entreprises face à la crise de la Covid 19 tardent à être appliquées sur le terrain. Il a rappelé qu’un Pacte économique et social a été signé entre le patronat, l’UGTA et le gouvernement en 2014. « C’est un pacte notarié. Il n’a jamais été appliqué. Aucun article !  Est-ce la faute au patronat ? Mais, nous continuons à faire des propositions », a-t-il dit.

« Nous risquons de perdre des pans entiers de l’économie »

Selon lui, il n’existe pas de données précises sur le taux de mortalité des entreprises en Algérie. « De temps à autre, un adhérent nous appelle pour nous dire qu’il dépose le bilan et libère les salariés. Cette situation dure depuis 2019 », a-t-il ajouté. « Nous risquons de perdre des pans entiers de l’économie. Il n’y a qu’à citer les secteurs du tourisme, des services, le bâtiment, les TPE/PME, les écoles de formation…Pour nous, le plan de relance économique doit réussir.

« C’est une ultime chance. », a prévenu Sami Agli. Moins pessimiste, Abdelwahab Ziani, président de la CIPA, a précisé que les filières pharmaceutique et agroalimentaire ont résisté à la crise. « Nous avons montré que nous avons la capacité d’approvisionner le citoyen algérien avec des produits algériens. La ressource humaine algérienne a prouvé sa compétence. Cela a fait diminuer la facture de l’importation. Nous avons la capacité d’aller au-delà du marché national. La Covid 19 a en quelque sorte protégé la production nationale. Pendant plus de vingt ans, il n’y a jamais eu de barrière tarifaire pour protéger l’économie nationale(…) Des secteurs ont été affaiblis comme le BTPH. Il faudra trouver des solutions rapidement », a-t-il expliqué.

Il a critiqué la bureaucratie qui « s’est installée dans l’esprit des algériens ». « Le président de la République a appelé à accompagner l’entreprise, sur le terrain peu de choses sont appliquées. Peu d’entreprises comme les TPE bénéficient des nouvelles mesures. Ce n’est pas les instructions de l’État qui n’ont pas fonctionné, c’est la mentalité de l’algérien qui doit changer. Ne bloquez pas une instruction algérienne envers les plus diminués.

L’argent vers les petits métiers permet la continuité de la circulation de la confiance entre l’Etat, le citoyen et l’entreprise », a relevé Abdelwahab Ziani. Il a ajouté : « les entreprises ont les mêmes problèmes. Nous avons les solutions. En mettant ces solutions dans le même package de réflexion. Il n’y a aucune divergence entre nous. Nous convergeons tous vers l’Algérie et vers l’économie. Pour réussir dans l’économie bleue (circulaire) il faut de la concertation. Nous avons la capacité de réinventer l’Algérie ».

« Certaines personnes luttent contre le changement »

Sami Agli est allé dans le même sens que Abdelwahab Ziani sur les mesures décidées depuis mars 2020 par les pouvoirs publics en faveur des entreprises. « Des choses ont été faites, mais le problème, c’est la bureaucratie. Une bureaucratie qui existe dans l’appareil même de l’administration. Les blocages ne sont pas politiques, mais de certaines personnes au sein des administrations qui luttent contre le changement.

Le Premier ministre lui-même a déclaré que le premier ennemi du pays, c’est la bureaucratie », a-t-il dit. Il a cité l’exemple du report de paiement des cotisations sociales. « Localement, on dit que l’administration n’a rien reçu, que la mesure n’est pas comprise. Dans d’autres wilayas, la mesure est appliquée. Pareille pour la partie fiscale. Pour la partie bancaire, il n’y a pas eu un gros accompagnement. Donc, les mesures prises ne suffisent pas. Nous allons proposer d’autres solutions aux pouvoirs publics en tant que partenaires.

Le président de la République considère la question économique comme centrale, on ne peut que saluer cela », a souligné le président de la CAPC. Mohamed Said Naït Abdelaziz a, lui aussi, critiqué l’action de l’administration : « Nous avons une administration sclérosée qui a perdu le sens de l’intérêt du pays. Cette situation de verrouillage a créé des passe-droits. Quand vous proposez un projet, on vous cherche des poux dans la tête. Est-il normal d’attendre sept mois pour avoir un papier pour un projet d’investissement? Sept mois après, on vous répond qu’ils ne sont pas habilités à trancher et qu’il faut s’adresser à la centrale ! Le président de la République est lui-même victime de la bureaucratie ».

« Le patronat ne travaille pour aucun lobby »

Mouloud Kheloufi est, de son côté, revenu sur la loi de finance 2021. « La loi de finance 2021 n’a rien apporté de plus. On attendait à une meilleure loi de finance en tant que patronat. On attendait des aides à l’entreprise pour les sauver », a dénoncé Mouloud Kheloufi. Pour Sami Agli, le patronat doit être associé à l’élaboration des lois économiques.

« Cela ne concerne pas uniquement la loi de finance. On doit être consulté pour tout ce qui est réglementation et lois régissant l’activité économique. Idem pour les cahiers de charges. Nous le disons avec regret et étonnement : nous découvrons beaucoup de nouvelles lois à travers la presse. Il faut qu’on arrive à reprendre ce lien de confiance. Le patronat est complètement désintéressé, ne travaille pour aucun lobby, ne travaille que pour l’intérêt collectif et l’intérêt du pays. La décision doit être prise avec les acteurs qui vivent l’entreprise au quotidien », a-t-il indiqué.

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