Moncef Marzouki accuse Ennahdha d’avoir « nourri le crocodile » qui va avaler la Tunisie

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Moncef Marzouki accuse Ennahdha d'avoir

L’ancien président tunisien Moncef Marzouki a accusé le mouvement islamiste Ennahda d’avoir contribué à l’échec de « la révolution tunisienne » et critiqué la décision de geler l’action du Parlement prise par Kais Saied.


« C’est un grand pas vers l’arrière », a dénoncé Moncef Marzouki, ancien président tunisien, dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, après la décision prise par l’actuel chef de l’Etat en Tunisie de geler les travaux du Parlement et de s’octroyer le pouvoir exécutif.


« Ce n’est que dans les sociétés sous-développées qu’on tranche les conflits politiques par la violence, le coup d’Etat, la torture, la police politique et l’encerclement des opposants. Dans les pays développés, les conflits politiques sont réglés par la loi, la Constitution, les élections libres et le maintien de la paix civile », a-t-il dit.


Il a accusé Kaïs Kais Saied de n’avoir pas respecté l’article 80 de la Constitution et d’avoir décidé d’un renversement.
« Il fallait qu’il consulte le chef du gouvernement, le président du Parlement, et ce, sous contrôle de la Cour constitutionnelle. Ces conditions n’ont pas été réunies », a-t-il précisé rappelant que Kais Saied avait dit « dès le début » qu’il n’aimait pas la Constitution actuelle (adoptée  le 26 janvier 2014 par l’Assemblée constituante).


« Le printemps arabe » a été « liquidé »

« Selon la Constitution, j’ai pris des décisions que nécessite la situation afin de sauver la Tunisie, l’Etat et le peuple tunisien. Ce n’est ni une suspension de la Constitution ni une sortie de la légitimité constitutionnelle, nous travaillons dans le cadre de la loi  », a déclaré Kais Saied, dimanche 25 juillet au soir, à l’issue d’une réunion d’urgence au Palais de Carthage avec des responsables des forces de sécurité.


Pour Moncef Marzouki, « le printemps arabe » a été liquidé par « la guerre civile » au Yémen, en Libye et en Syrie et par le coup d’Etat militaire en Egypte. « Ne restait que la Tunisie, dernier bastion de la liberté dans la région arabe. Cela a commencé en 2014. A l’époque, Ennahda a joué un mauvais tour en rétablissant l’ancien système. Elle pensait être plus intelligente, et le résultat est là, elle a détruit l’avenir de la Tunisie et son propre avenir. Les démocrates ont également commis beaucoup d’erreurs », a analysé Moncef Marzouki.


Les Emirats arabes unis mis à l’index

Il a ouvertement accusé les Emirats arabes unis d’avoir poussé le président tunisien à prendre les nouvelles décisions et de mener « la contre révolution ». « Cette puissance, qui a détruit le printemps arabe, ne va pas s’arrêter là. Elle compte sur la colère de la rue. Les gens sont aujourd’hui contre Ennahdha », a-t-il dit.


Le mouvement de Rached Ghannouchi, selon lui, s’est éloigné de la révolution tunisienne en 2014 en pactisant avec des partis qualifiés de corrompus comme Nidaa Tounes, Tahya Tounes et Qalb Tounes. « Le danger est que les gens lient actuellement Ennahdha à la révolution et à la corruption. Il faut clarifier les choses. Ceux qui veulent jouer avec l’ancien système ne doivent plus faire partie de la révolution. Ennahdha doit le comprendre », a-t-il noté dans une déclaration à Al Jazeera.


Et d’ajouter :  »  Ennahda a nourri le crocodile qui va l’avaler et avaler la Tunisie. Je les avais averti à plusieurs reprises ».


« Nous allons revenir à l’avant révolution »

Le président, le gouvernement et le Parlement sont, d’après lui, responsables de l’échec actuel en Tunisie. « Ils n’ont aucune solution aux problèmes économiques, sociaux et politiques que connaît la Tunisie. Nous allons revenir à l’avant révolution. L’urgence est de faire avorter le renversement actuel ».

Il a reproché à  Kais Saied de n’avoir rien fait pour lutter contre la corruption.
Moncef Marzouki a appelé à l’union de toutes les forces « démocratiques révolutionnaires » qui croient que la Tunisie « doit demeurer un Etat démocratique ».


 « Elles doivent laisser tous leurs problèmes de côté et se rassembler pour défendre l’Etat et la Constitution. Que les Tunisiens fassent attention, ce renversement n’est pas le début d’une solution, mais celui d’un dérapage. On va vers une situation pire sur les plans politique et économique.

Les institutions de l’Etat doivent se soumettre à la loi, à la Constitution, pas aux humeurs de personnes. Après tous les sacrifices que nous avons fait, il ne faut pas revenir cinquante ans en arrière », a-t-il prévenu.

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