Mohamed Sari, président du Conseil national des arts et des lettres : « Nous allons élaborer un projet de statut d'artiste et de métiers artistiques »
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Mohamed Sari est le nouveau président du Conseil national des arts et des lettres (CNAL). Il remplace à ce poste l’ex-ministre délégué à la production culturelle, le musicologue Salim Dada. Professeur de sémiologie et de théorie littéraire à l’université d’Alger, Mohamed Sari est traducteur et auteur de plusieurs romans et récits dont « Pluies d’or », « Le naufrage », « Aizer, un enfant dans la guerre » et « Le labyrinthe ». Mohamed Sari sera secondé par Nabila Rezaïg et Djamel Chaalal qui représentent respectivement les ministères de la Culture et du Travail. Le critique littéraire Youcef Saïah, le metteur en scène Ziani Chérif Ayad et l’artiste peintre Zoubir Hellal sont également membres du Conseil.

24H Algérie: Quelles sont les actions prioritaires que le Conseil compte engager d’autant plus que la ministre de la Culture Malika Bendouda évoque l’existence de « missions urgentes » ?

Mohamed Sari: Salim Dada a travaillé pendant plus d’une année sur plusieurs dossiers. Nous allons continuer ce travail et assainir la situation par rapport à la carte d’identité d’artiste. Cette carte a été distribuée au début dans le but d’aider les artistes à régulariser leur situation sociale. Beaucoup d’artistes, arrivés à la retraite, ont découvert qu’ils n’avaient pas de protection sociale ni de carte chiffa. A l’époque de l’ancienne ministre Khalida Toumi, la question a été abordée d’autant plus que les artistes se plaignaient de leur situation vulnérable. Tout le monde est venu demander la carte. On a comptabilisé 10.919 cartes distribuées dans tous les domaines : arts visuels, livres, audiovisuel, théâtre, etc. L’ancien Conseil a établi la nomenclature des métiers artistiques. 179 métiers ont été répertoriés, reconnus par le ministère des Finances. Il est donc possible d’avoir un registre de commerce et un numéro fiscal.

Pensez-vous digitaliser la carte d’artiste?

Oui. Nous voulons que la carte soit plus précise sur la qualité de l’artiste. Dans la carte actuelle, il est mentionné : homme de théâtre, homme de cinéma, artiste peintre, sculpteur…alors qu’il existe plusieurs spécialités et qualités artistiques. On doit les préciser et les détailler. Par exemple, pour un sculpteur, la carte doit porter la précision si la sculpture se fait sur verre, argile, bois, etc. Idem pour ceux qui travaillent au théâtre. Au théâtre, il y a le comédien, le metteur en scène, le scénographe, le dramaturge… Et, il y a les techniciens de scène et les administrateurs. De plus, il faut définir le statut de l’agent de l’artiste. Est-il un artiste ou un homme d’affaire? Où mettre un éditeur de livres qui établit des contrats avec des écrivains? Devrait-on le considérer comme faisant un métier d’artistes ou comme opérateur économique? Ces questions se posent aujourd’hui et il faudra leur apporter des réponses. Le CNAL a un statut de conseil consultatif. Il n’a pas de pouvoir exécutif. Il n’est pas doté d’un budget propre. Nous dépendons de la direction du développement et de la Promotion des arts du ministère de la Culture.

Il y a aussi le statut de l’artiste qui est toujours revendiqué par la communauté artistique algérienne

Il s’agit en fait du statut de l’artiste et des métiers artistiques qui peut prendre la forme d’une loi. Nous n’avons pas encore ce statut en Algérie. Le Maroc est le seul pays du Maghreb où le statut d’artiste existe (la loi relative à l’artiste et aux professions artistiques a été adoptée en septembre 2016 au Maroc). En Tunisie, les artistes ont protesté contre le statut qui leur a été proposé en raisons de clauses répressives (amendes lourdes pour les artistes qui exercent sans carte professionnelle ou sans contrats). Au Conseil, nous allons élaborer un projet de statut d’artiste et des métiers artistiques qui doit définir la qualité de l’artiste et qui sera soumis au ministère de la Culture. Il y a des artistes salariés, des artistes travaillant avec des contrats en CDI ou en CDD, des artistes installés à leur propre compte. Il faut bien préciser le rapport avec le ministère du Travail et le ministère des Finances. Il est aussi important d’indiquer la relation avec le fisc. Avec un statut clair, les artistes savent quoi faire et connaissent leurs relations avec les institutions et les services fiscaux. Tous les statuts qui existent dans le monde, définissent clairement les aspects contractuels entre les artistes et les producteurs. La loi doit protéger les droits des artistes. Les artistes algériens doivent pouvoir cotiser aussi pour leurs retraites et payer les impôts. En Algérie, il y a des artistes qui ne se sont pas préoccupés de leur sécurité sociale et qui n’ont pas payé d’impôts. Les artistes, comme tous les citoyens, sont assujettis à des lois et à des obligations.

Encadré :

Les missions du CNAL

Le Conseil National des Arts et des Lettres a été créé en 2011 (décret exécutif 11/209) en tant que conseil consultatif auprès du Ministre chargé de la Culture. Le Conseil partage ses recommandations et suggestions afin de définir les éléments de la politique de développement des arts et des lettres et participe, ainsi, à la protection et à la promotion des droits des artistes en Algérie.

Les fonctions du CNAL:
1.Suivre le statut des artistes. 2. Contribuer à la promotion du patrimoine artistique et à la diffusion des expressions artistiques traditionnelles et anciennes.
3. Contribuer à la promotion et au développement d’associations et de coopératives travaillant pour la communauté technique.
4. Encourager les jeunes talents artistiques.
5. Exprimer ses opinions sur la promotion de la culture algérienne à l’étranger et dans le dialogue interculturel.
6. Proposer des éléments liés à l’éthique et à l’éthique du métier d’artiste.
7. Contribuer au développement de cartes nationales pour artistes.

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