« Loub’atou el arch » de Mohamed Abbas Islam: et si le trône était mis en jeu?

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"Loub'atou el arch" de Mohamed Abbas Islam: et si le trône était mis en jeu?

« Loub’atou el arch » (le jeu du trône) est la nouvelle pièce de Mohamed Abbas Islam, l’un des jeunes metteurs en scène les plus prometteurs.


La pièce est en compétition au 14ème Festival national du théâtre professionnel (FNTP) au Théâtre national Mahieddine Bachtarzi (TNA) à Alger.

Mohamed Abbas Islam a sollicité le critique et journaliste Rabah Houadef pour adapter le célèbre texte « Escurial » du belge Michel De Ghelderode. Il a ensuite fait appel au comédien et auteur Fethi Kafi pour une réecriture dramatique.

Dans le texte initial, Michel De Ghelderode narre l’histoire d’un roi, en déchéance, hanté par la mort, qui demande à son bouffon, souffrant de manque de sommeil, de l’amuser. Ils échangent alors leurs rôles : le bouffon devient roi et le roi se met dans l’habit du bouffon. La fin est inévitablement tragique.

Le bourreau se fait roi

Dans l’adaptation de Rabah Houadef, le personnage du moine disparaît, remplacé par deux danseuses-concubines qui font tout pour avoir les faveurs du roi ou du bouffon. Elles usent même du bkhor (encens) pour éloigner les esprits malfaisants d’un palais croulant déjà sous le poids des intrigues. La reine est agonisante et le roi veut s’amuser.

Les aboiements des chiens font peur au souverain qui ne s’éloigne pas de son trône. Le bourreau est là pour lui rappeler ce qui se passe dehors. A chaque fois, les chiens aboient pour rappeler « la menace extérieure ».


Le bourreau est devenu le personnage central, à la place du roi et du bouffon. Il donne l’impression de tout dominer dans le palais avec le projet de s’installer lui-même sur le trône. Le roi mourant voulait tout emporter avec lui dans sa descente aux enfers sans se rendre compte du complot qui le vise.

Dans les dialogues, il y a un peu de gaoual et de poésie populaire. C’est la marque de fabrique de Fethi Kafi,  qui est également poète et musicien, et qui assume le choix de la langue utilisée et des idées échangées.


« Les gens les plus simples usent de métaphore »

« Un bourreau ne peut pas parler comme un roi », a remarqué un intervenant lors du débat, après le spectacle. « Dans l’écriture, je me suis basé sur la métaphore. Quand j’ai écrit le texte, j’étais dans un état spirituel soufi. J’ai laissé le soin au metteur en scène de gratter des choses, il a tout gardé », a répondu Fethi Kafi avant d’ajouter :  « Dans notre société, les gens les plus simples usent de métaphores dans leurs discussions, de propos allusifs. Il y a une certaine esthétique dans cette langue. Une langue quelque peu ignorée dans l’écriture dramatique actuelle ».

Il a cité l’exemple de « la langue » sollicitée par Abdelkader Alloula pour ses pièces comme « Lejouad » ou « Homq Salim ». « C’est une langue tirée de la profondeur de la société algérienne. Le théâtre algérien a perdu ses traits car usant d’une langue qui n’est pas la nôtre », a appuyé Fethi Kafi.

Mohamed Abbas Islam,  » j’ai laissé le soin aux spectateurs d’analyser »


Inspiré par « les révoltes arabes » Il a précisé que du texte de Michel De Ghelderode, seule « la structure dramatique » a été maintenue et a confié s’être inspiré des « révoltes arabes » de 2011 même s’il n’y croit pas.

« J’ai usé beaucoup de jargons officiels dans l’écriture. Une manière de critiquer le discours officiel. J’ai écrit le texte avec la douleur d’un citoyen marqué par les tourments et les souffrances de sa société », a expliqué Fethi Kafi.   Mohamed Abbas Islam, qui a expliqué les péripéties du traitement dramtique du texte, a dit laisser le soin aux spectateurs d’analyser et comprendre la pièce.   » Je ne veux pas orienter le public vers une seule lecture. Mon souci d’abord est de présenter un travail artistique propre, on est loin d’arriver au stade d’éblouir le public par un spectacle », a-t-il dit.

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