Maroc-Israel: « Faute politique » selon le Hamas, l’INP évoque une « atteinte au peuple palestinien »

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En Palestine, l'accord MAroc-Israel est rejeté
En Palestine, l'accord MAroc-Israel est rejeté

Les réactions à la normalisation des relations diplomatiques entre Israel et le Maroc n’ont pas tardé en Palestine. Le mouvement Hamas et l’Initiative nationale palestinienne sont les premiers à réagir à cette annonce.

Une « faute politique ». C’est de cette manière que le mouvement Hamas a considéré cette normalisation entre le Royaume marocain et Israel. Son porte-parole, Hazem Kacem, a déclaré sur Twitter que la « colonisation exploite les cas de normalisation pour accroître la férocité de sa politique agressive contre notre peuple palestinien et étendre son intrusion coloniale sur notre terre ».

Il a ajouté que « la normalisation encourage la colonisation israélienne à continuer à nier les droits de notre peuple » et cette démarche « ne bénéficie pas à nos causes nationales justes ».

Un avis partagé par le parti de l’Initiative nationale palestinienne, qui estime que cette normalisation « porte atteinte aux intérêts des peuples palestinien et marocain », selon Maan News. Le parti souligne que Donald Trump « confirme une fois de plus qu’il est le président américain le plus sioniste et qu’il mobilise son administration pour satisfaire les intérêts du raciste et extrémiste Netanyahou ».

Le parti poursuit que le président américain sortant « travaille une approche opportuniste pour exploiter les besoins de certains gouvernements arabes pour les troquer pour les intérêts du peuple palestinien et leurs droits nationaux, comme cela s’est produit auparavant avec le Soudan et maintenant avec le Maroc ».

Le même parti, poursuit Maan News, estime que « rien ne garantit que les négociations seront reconnues par la nouvelle administration américaine (du démocrate Joe Biden, NDLR) et il ne restera plus que la normalisation avec Israël, son occupation et le régime d’apartheid ».

L’Initiative nationale est du même avis que le Hamas, affirmant que ces normalisations « encourage Israel à poursuivre sa colonisation expansionniste, ses opérations d’annexion et de judaïsation d’Al-Qods et ses conspirations pour judaïser la mosquée Al-Aqsa et nuire aux saintes islamiques et chrétiennes », rajoute-t-on.

L’autorité palestinienne, présidée par Mahmoud Abbas, n’a toujours pas réagi à l’annonce de normalisation des relations entre les deux pays. Le roi Mohammed VI a affirmé « s’être entretenu avec Mahmoud Abbas pour lui signifier que la position du Maroc vis-à-vis de la cause palestinienne reste inchangée ».

L’Egypte et l’Espagne se réjouissent, la Tunisie dénonce

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, dont le pays est lié depuis 1979 par un traité de paix avec Israël, s’est lui félicité de l’annonce américaine. Il a salué un «pas important vers davantage de stabilité et de coopération régionale» au Moyen-Orient.

L’Espagne, ancienne puissance coloniale au Sahara occidental, a dit se «réjouir» de cette normalisation, comme celles des semaines passées. «Maintenant, il reste à résoudre le problème de la paix entre les Israéliens et les Palestiniens et il reste à résoudre la position sur le Sahara occidental», a indiqué le ministre des Affaires étrangères Arancha Gonzalez.

En Tunisie, les partis politique ont massivement dénoncé cette annonce de normalisation. La démarche du Maroc a été qualifiée de « traitrise » par certains partis. Issam Chebbi du parti Al Joumhouri a estimé que « le roi du Maroc rejoint la caravane de trahison arabe ».

Mohamed Marzouki a également réagi dans un post Facebook, dénonçant « la normalisation du régime marocain avec Israel au moment où sa politique de colonisation est en hausse, violant tous les droits des Palestiniens ». D’autres personnalités, partis et membres de la société civile ont également dénoncé cette démarche.

Au Maroc, « oui pour le Sahara », « non pour Israel »

Au Maroc, le premier ministre, Saad-Eddine El Othmani, qui avait vigoureusement condamné en août dernier « toute normalisation avec l’entité sioniste » en jugeant «toute forme de concession inacceptable», s’est abstenu, jeudi, de tout commentaire.

Parmi les rares voix dissidentes, son conseiller Nizar Khairoun a souligné sur Twitter que « le Sahara est marocain et Israël une entité occupante qui usurpe les droits des Palestiniens ». Mais il ne formule aucune critique directe de l’annonce faite par le roi concernant Israël, en phase avec la règle de fer qui impose aux Marocains le respect absolu de leur monarque.

Sur les réseaux sociaux marocains, le hashtag « la normalisation est une trahison » était vendredi parmi les plus populaires, mais loin derrière le hashtag « Sahara ». La presse marocaine titre sur le Sahara, contrairement à la presse internationale focalisée sur le volet israélien.

La cause palestinienne est aussi considérée comme une «cause nationale» au Maroc. Des partis politiques et ONG sont opposés à toute normalisation avec «l’entité sioniste». A la mi-septembre, quelques centaines de Marocains avaient ainsi manifesté à Rabat contre la «voie de la normalisation arabe» avec Israël, en dénonçant les «pays traîtres» à la cause, à l’époque les Emirats arabes unis et Bahreïn.

L’annonce de normalisation entre le Maroc et Israel d’abord été faite, encore une fois, par le président américain sortant, Donald Trump, dans un tweet, ce jeudi 10 décembre 2020. Le pays voisin devient ainsi le 4e pays après le Soudan, les Emirats arabes unis et le Bahreïn.

Donald Trump a aussi annoncé avoir signé une proclamation de reconnaissance par les Etats-Unis de la « souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental ». « La proposition d’autonomie, sérieuse, crédible et réaliste du Maroc est la SEULE base d’une solution juste et durable pour une paix et une prospérité durables », a-t-il écrit.

Dans une réaction officielle, le Maroc a confirmé « reprendre » ses relations. Dans la balance: les Etats-Unis ouvrent un consulat à Dakhla, le grand port du Sahara Occidental, le Maroc, lui «rouvre non pas une ambassade mais un bureau diplomatique» existant de 1994 à 2002, à l’époque où le roi Hassan II soutenait le processus de paix marqué par les accords israélo-palestiniens d’Oslo en 1993, comme l’a souligné un haut responsable diplomatique marocain.

Un communiqué explique que Mohammed VI dit avoir « informé le Président américain que le Maroc entend accorder les autorisations de vols directs pour le transport des membres de la communauté juive marocaine et des touristes israéliens en provenance et à destination du Maroc, reprendre les contacts officiels avec les vis-à-vis et les relations diplomatiques dans les meilleures délais » et « promouvoir des relations innovantes dans les domaines économique et technologique dont, à cet effet, œuvrer à la réouverture des bureaux de liaison dans les deux pays, comme cela fut le cas antérieurement et pendant plusieurs années jusqu’en 2002 ».

Mouloud Said, représentant du Front Polisario à Washington, a regretté, jeudi 10 décembre 2020, la décision du président américain Donald Trump, annoncée le même jour, de reconnaitre la « souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental ».

«La réalité est que le Maroc occupe une partie du territoire d’un Etat membre de l’Union africaine. Une telle décision ne changera ni la nature ni le statut du territoire », a-t-il déclaré, cité par l’APS. « Le peuple sahraoui ne peut être utilisé comme une marchandise dans les transactions diplomatiques internationales. Le peuple sahraoui continuera avec sa détermination à lutter jusqu’à la fin de l’occupation et le respect de la Charte de l’Union africaine », a-t-il ajouté.

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a, pour sa part, déclaré que la position sur le dossier du Sahara occidental demeure inchangée, après l’annonce du président américain. « M. Guterres pense (…) que la solution à cette question peut toujours être trouvée sur la base des résolutions du Conseil de sécurité », a déclaré son porte-parole Stéphane Dujarric, cité par Reuters, lors d’un point de presse à New York. Les deux parties (Maroc et Polisario) doivent, selon lui, éviter toute action qui pourrait aggraver encore une situation tendue.

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