« Mansinach », un rappel des traumatismes de la décennie noire sur fond de frictions au Hirak

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"Mansinach", un rappel des traumatismes de la décennie noire sur fond de frictions au Hirak

#Mansinach (Nous n’avons pas oublié). C’est par ce hashtag que des Algériens ont commémoré, lundi 22 mars 2021, la Journée contre l’oubli des victimes du terrorisme, lancée à l’initiative du collectif Ajouad Algérie Mémoires, créé à l’initiative des familles des victimes du terrorisme en Algérie durant la décennie noire.

A travers ce hashtag, propulsé à la tête des tendances sur Twitter, des Algériens témoignent des pires moments vécus durant la décennie noire. Assassinats, kidnappings, attentats, massacres … chacun y va de son témoignage, racontant ce qu’il a vu, vécu ou entendu.

Le hashtag, lancé par un internaute lundi matin, est vite adopté et déborde, connait une déferlante d’histoires, « terribles », « horribles », « bouleversantes » ou encore « traumatisantes ». De milliers d’Algériens souhaitent ainsi « briser le silence sur un traumatisme longtemps tu, dissimulé ».

Des internautes ont raconté leurs propres vécus. Un proche, cousin ou voisin assassiné sous leurs yeux, un massacre auquel ils ont assisté ou dont ils ont découvert les conséquences macabres, un attentat auquel ils ont survécu … D’autres partagent des vidéos des ex-dirigeants du FIS, de leurs discours, « appels à prendre les armes, au meurtre », « pour rappeler qui a plongé l’Algérie dans la décennie noire ».

D’autres internautes partagent les portraits de personnalités connues, journalistes, écrivains ou militants assassinés durant cette période ou des images des massacres de Bentelha ou de Raïs, accompagnées par le hashtag #Mansinach.

« Mansinach » sur fond de frictions autour de Rachad

La journée contre l’oubli des victimes du terrorisme est commémorée chaque année depuis 2010. Il s’agit d’une initiative de l’association Ajouad Algérie Mémoires, un mouvement créé par des familles des victimes du terrorisme en Algérie durant la décennie noire.

L’objectif de ce collectif est de « rendre vivante la mémoire des victimes durant cette période, relater le vécu « de ces enfants, de ces femmes, de ces hommes qui malgré les menaces et la peur ont continué à aller à l’école, à sortir, à aller au travail, à vivre », faire connaître leurs écrits, leurs travaux, leurs créations, leur trace, afin d’éviter au nom du vivre-ensemble, l’effritement de la mémoire collective, la falsification de l’histoire, l’oubli ».

Ajouad Algérie Mémoires, dont le nom fait référence à une pièce de théâtre du dramaturge Abdelkader Alloula, entend aussi « rendre hommage, en faisant du 22 mars LA journée de la mémoire, et permettre aux familles de se retrouver ».

La date a été choisie en référence aux deux marches du 22 mars 1993 et 1994 en Algérie « contre l’intégrisme, pour la démocratie, ainsi que le 22 mars 2006 où plusieurs associations de familles de victimes avaient fait un sit-in, à Alger pour dénoncer la politique de la grâce amnistiante et de l’impunité à l’égard de terroristes islamistes ».

Cette année, cette commémoration intervient dans un contexte politique particulier. Quelques semaines après son retour, le hirak fait l’objet de frictions entre ses manifestants, voire les différents courants politiques qui y participent. Les désaccords concernent principalement le mouvement Rachad, fondé en 2006 par des militants, ex-membres ou proches du Front Islamique du Salut (FIS).

La relation entre les deux mouvements politiques, « l’héritage » du FIS, la présence de Rachad au Hirak ou encore des slogans, hostiles à l’armée algérienne et les services de renseignement, dont il est accusé d’en être initiateurs sont à l’origine de ces tensions. Des tweets partagés avec le hashtag « Mansinach » ont d’ailleurs suscité le débat sur « les nuances » entre les deux formations politiques ou encore sur le « rôle » des services des renseignements dans des massacres et attentats perpétrés durant cette décennie noire.

Des tensions exacerbées ces derniers jours après la présence de membres de ce mouvement au siège du Mouvement démocratique et social (MDS) ou encore après la réquisition, par le parquet près le tribunal de Bir Mourad Rais, de l’émission de mandats d’arrêts internationaux contre des activistes pour des faits « liés au terrorisme ».

Il est ainsi reproché à une partie des partisans du Hirak « d’accepter les militants de Rachad », faisant fi de « leurs passés » ou « du passé des fondateurs de ce mouvement », entre autres. Une autre partie justifie ses positions par le fait que les militants de Rachad « sont dans le collimateur du pouvoir », soulignant la nécessité de se solidariser avec eux « au nom d’une cohésion du mouvement de protestation ».

Le hashtag #Mansinach « libère la parole et lève le voile sur un traumatisme refoulé » de l’avis de certains internautes.

Pour rappel, l’article 46 de la loi de la concorde civile prévoyait « …l’emprisonnement de trois à cinq ans et d’une amende de 250 000 DA à 500 000 DA, quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale, pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’État, nuire l’honorabilité de ses agents qui l’ont dignement servie, ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international ».

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1 commentaire

  1. Merci pour cet article qui vient rappeler que les plaies sont encore béantes et que l’oubli et le pardon ne se décrètent pas dans les officines du pouvoir.

    Le pardon est la conséquence d’un long processus qui mette en avant les traumatismes vécus et subis mais qui a comme socle le principe de la justice.

    Le pardon ne se fait pas au détriment de la mémoire. C’est juste un baume qui vient se poser sur des blessures encore saignantes.

    En décrétant le pardon, en imposant la politique de l’amnésie, le pouvoir voulait dicter sa propre réconciliation faite d’injustice et d’amnésie.

    Nous, nous n’avons pas oublié que le terrorisme a l’intégrisme islamiste comme référence idiologique. Se contenter de dire terrorisme, c’est dédouaner les islamistes de leur responsabilité politique et historique. C’est une erreur politique et un suicide collectif.

    Les GIA nous ont fait subir une guerre non pas civile mais une guerre contre les civils pour imposer l’État islamique. Et cela, non plus, nous ne l’avons pas oublié.

    Quant à la responsabilité du pouvoir, elle est immense car il a piétiné notre résistance et notre engagement pour l’instauration d’un État de droit et d’une véritable démocratie, au nom du maintien de ce système honni par le peuple et objet de tous les rejets.

    Le terrorisme islamiste est un cancer à petites cellules. La dictature (civile ou militaire) est une gangrène. Les deux sont de lourdes pathologies qui tuent l’espérance et détruisent les graines de l’avenir.

    La démocratie, la modernité et la liberté sont les seuls véritables remèdes pour un vivre ensemble apaisé dans une véritable République.

    #Devoir_de_Mémoire
    #Devoir_de_Justice

    #Nous_n_avons_pas_oublié
    #Ur_Netsu_yara
    #Mansinach

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