Malika Belbey « Je suis frustrée de n’avoir pas réalisé de grands travaux à la télévision »

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Malika Belbey
Malika Belbey "Je suis frustrée de n'avoir pas réalisé de grands travaux à la télévision"

Formée à la chorégraphie et à la mise en scène à l’Institut supérieur des métiers des arts de spectacle et de l’audiovisuel (ISMAS) de Bordj El Kiffan, Malika Belbey est d’abord comédienne. En plus du théâtre, elle a eu plusieurs rôles au cinéma dont des films tels que « Morituri » d’Okacha Touita, « Reconnaissance » de Salim Hamdi et « L’andalous » de Mohamed Chouikh. Elle est surtout connu pour ses nombreux travaux à la télévision, une douzaine de feuilletons et sitcoms. Pour ce Ramadhan 2021, elle est distribuée dans le feuilleton « Yema 2 » de Madih Belaid, diffusé par El Djazairia One aux côtés de Sid Ahmed Agoumi. Elle interprète le rôle de Khaled (Mohamed Reghis).


24H Algérie:
Vous insistez toujours sur la formation des comédiens. Avez-vous constaté des failles dans ce que vous voyez au théâtre ou au petit écran ?


Malika Belbey : C’est bien d’avoir de la vocation et d’aimer l’actorat, mais il faut accepter de se former. Nous ne sommes pas contre les nouveaux comédiens parce que la relève est nécessaire. La formation reste à la base de tout. Au théâtre, on a vu que certains comédiens ne savent pas se mettre et marcher sur scène, ne maîtrisent pas la respiration. Aussi, ne peuvent-ils pas communiquer avec le public parce que le moyen qu’ils doivent utiliser est en panne n’étant pas capables de l’utiliser. Ils n’ont pas les ABC de l’actorat.


Ils ne savent pas utiliser leurs propres corps…


Le corps doit être préparé. Dès la première année, mes enseignants à l’ISMAS s’interrogeaient si j’étais comédienne ou danseuse. Je leur disais souvent que c’était la même chose puisque j’étais interprète formée aux arts dramatiques. Je devais donc passer par toutes les étapes pour que je puisse décider plus tard ce que je dois faire.


Un enseignant me conseillait de trancher entre la chorégrahie et le théâtre. Malek Aggoun (enseignant) me disait : « tu es comédienne ». Habib Boukhelifa (enseignant et critique) me surnommait Carmen (Opéra de Georges Bizet). Durant cinq ans à l’ISMAS, je travaillais sur le corps, le silence, la concentration, la respiration, l’énérgie….c’est un vaste univers. A l’ISMAS, il y a des modules communs comme les études muettes, le corps,  la danse,  le rythme…après il y a des spécialités.


Vous avez été aidée par la chorégraphie


Enormément ! Je n’ai jamais arrêté la chorégraphie. Je danse tout le temps, debout, statitique, en marchant, en lisant…Quand je ne fais rien je danse. Je tire ma force de cela en tant que comédienne.


La maitrise du corps est importante, donc


Bien sûr, c’est l’outil de l’interprète. Idem pour la voix. Si la voix est éteinte sur scène, cela est liée, encore une fois, à la formation. La diction doit être travaillée. La vocation ne suffit pas, il faut se former. J’insiste.


Nous avons vu que des youtubers et des influencers  sont passés directement de l’internet aux plateaux de tournage de dramas ou de films et même au théâtre. Qu’en pensez-vous ?


Certains prennent les choses trop à la légère. Nous avons dévalorisé beaucoup de choses. Passer de l’instagram au drama, sans filtre, fait mal autant à l’art qu’à la personne qui pense qu’elle est devenue comédienne.


Pour les besoins du feuilleton « Yema 2 », le producteur Amer Bahloul a organisé une formation de trois mois pour les jeunes premiers, assurée par Haider Benhassine (metteur en scène). J’ai discuté avec ces jeunes lors du tournage, ils sont tous convaincus de la nécessité de la formation. Il faut les encourager pour s’engager sur sa voie et ne pas les marginaliser. Il est nécessaire de leur montrer ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire.


Etes vous interessés par l’animation d’ateliers de formation en ce sens ?


Oui, j’aime bien partager ce que je sais, communiquer certaines techniques de l’actorat. Je n’aime pas avoir mal en regardant un spectacle. On ne doit pas distribuer des comédiens dans une pièce sans une préparation. En 2003, je suis montée pour la première fois sur scène avec la pièce de Ziani Chérif Ayad, « Nedjma », d’après l’oeuvre de Kateb Yacine.

J’avais peur, car la scène est sacrée. Pour y arriver, il faut travailler en permanence. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on ait porté atteinte à cette sacralité, n’importe qui monte sur scène, pense avoir fait un spectacle, c’est cela l’erreur. Nous sommes tous responsable de cette situation. C’est un grand crime contre le théâtre et l’art en Algérie.


Pourquoi vous vous êtes éloignés du théâtre ?


La dernière fois que je suis montée sur scène en Algérie, c’était en 2007 dans « La grotte éclatée » d’Ahmed Benaissa, d’après l’oeuvre de Yamina Mechakra. J’étais aux côtés d’Ali Djebara et de Lynda Sellam. A l’époque, M’hamed Benguettaf (ancien directeur du Théâtre national algérien, TNA) m’a proposé de rejoindre le TNA à Alger. Je n’ai jamais cru que le comédien doit être un salarié dans un établissement de théâtre, vient à 8h pour partir à 16h. Le comédien doit être libre, ne doit pas être lié à un établissement ou à des horaires de travail. Le comédien ne doit pas devenir fonctionnaire.


Vous avez eu des rôles en France aussi


Oui, dans la pièce  « Bleu, blanc, vert » d’après le roman de Maissa Bey avec la compagnie El Ajoaud, aux côtés de Samir El Hakim. Nous avons fait une grande tournée. J’ai joué aussi dans la pièce « La pluie » avec la même compagnie (d’après le roman de Rachid Boudjedra).

 
Et en Algérie, un retour aux planches est-il envisageable pour vous ?


Je n’ai pas encore la force de jouer en Algérie. J’ai bien envie de revenir au théâtre, mais je suis dans une période où je dois porter un projet auquel je crois.


Projet de mise en scène ?


Non. je me dis toujours que le moment n’est pas encore venu pour passer à la mise en scène. Je veux prendre tout mon temps. Je travaille sur un texte. J’ai beaucoup aimé le texte lu par le dramaturge Omar Fetmouche (lors de l’ouverture du 9ème Printemps théâtral de Constantine, le 27 mars 2021). J’ai demandé à le lire. J’ai eu beaucoup de propositions, mais le texte de Omar Fetmouche m’a fait réagir. On va se rencontrer pour en discuter. Le spectacle de la halqa (assuré par une troupe de Sidi Bel Abbes lors de la même cérémonie) a eu de l’effet sur moi aussi. Donc, je suis dans cette atmosphère.


Durant ce mois de Ramadhan, vous êtes distribuée dans le feuilleton « Yema 2 »


Oui. En fait, je ne savais pas qu’il y aura une saison 2 pour « Yema » en 2020 .


Que vous a apporté le drama télévisé?


Au bout de plus de vingt ans de travail, je suis  frustrée de n’avoir pas réalisé de grands travaux à la télévision. J’ai essayé de profiter des expériences que j’ai eu à la télévision.


Et quelle a été l’expérience la plus aboutie pour vous ?


Il y a eu des travaux intéressants comme « Mawid maa el kadar » (rendez-vous avec le destin) où j’ai interprété le rôle de Hanane (feulleton réalisé par Djaffar Gacem en 2007).  Quand on avance dans la vie, on veut plus en s’améliorant évidement. J’ai aimé aussi le personnage de « Zoulikha » dans « Wlad el hlal » (réalisé par le tunisien Nasreddine Shili en 2019).

J’ai moi même choisi ce personnage car j’avais un autre rôle. Au début, lors de la distribution, j’avais le rôle de Malika (épouse de Khaled, dealer interprété par Mustapha Laribi). Pour moi, il n’y a pas de petit ou de grand rôle.


Je n’avais pas beaucoup d’espaces, mais j’ai apprécié ce rôle surtout que le personnage était bien construit et bien écrit.

Le décor était là aussi. Le réalisateur m’a demandé pourquoi j’ai voulu ce rôle de Zoulikha, je lui ai répondu qu’elle ressemblait au quartier, vieux et fragile, mais ne s’est pas effondré. C’était la première fois que je rentrais dans le quartier Derb d’Oran. J’ai beaucoup aimé ce quartier. « Wlad el halal » était une bonne expérience en attendant d’avoir des scénarios permettant le choix de personnages à camper. On n’a pas encore la possibilité de choisir entre cinq et dix scénarios.


Quel personnage aimez-vous interpréter à la télévision ?


Je veux jouer tous les personnages (rires). Si je parlais de mes expériences précédentes, il y a eu à chaque fois, des petits soucis parfois avec le scénario, avec la mise en scène, avec la maîtrise technique. A chaque fois, une faiblesse alors qu’il s’agit d’une chaîne où tous les composants doivent être théoriquement à leur place.


Justement, on parle souvent de faiblesses dans les scénarios?


Oui, nous avons un problème avec les scénarios. Certains se proclament scénaristes alors que leurs textes sont à chaque fois retravaillés. On nous donne souvent « le premier jet » pour travailler dessus alors que non. Dans « Yema », Madih Belaid a réécrit le scénario initial (de Sofiane Dahmani). Le scénario de « Wlad El Hlal » a été bien traité sur le plan dramatique.


Qu’est-ce qui empêche le drama algérien de décoller, de traverser les frontières et partir vers le monde arabe, par exemple ?


Il faut travailler d’abord sur le scénario, prendre tout le temps nécessaire pour les élaborer. On donne un texte au comédien qu’il doit répéter devant la caméra, c’est tout. Il n’y a pas de répétition, de relecture…Un personnage, ça se construit dans l’écriture, la lecture, la préparation des costumes, l’élaboration du caractère, etc. J’entends parfois dans les plateaux un metteur en scène dire : « kheli maalich », et bien non, parce que c’est du travail baclé. Comment alors partir loin avec le drama algérien.


Il n’y a qu’à faire la comparaison avec les productions des pays voisins. Vous sentez qu’il y a du sérieux, de la discipline, il n’y a pas de baclage dans le scénario ou dans la mise en scène. Aucun détail n’est négligé dans ces productions. Tout a son importance. Ce n’est pas le cas chez nous. Quand les producteurs exécutifs n’utilisent pas leurs propres argents, il n’y a pas de contrôle ou de vérification, on fournit le travail demandé sans se soucier de la qualité.

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