Maghreb, Sahara et … bon sens

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Maghreb, Sahara et ... bon sens
Carte du Maghreb

De nombreux Maghrébins de naissance, de cœur, de pensée, d’inspiration, de talent, d’engagement, éclairent nos vies et marquent notre présence au monde. Parmi eux : Abdelkader, Abdelkrim Al-Khattabi, Abdelmoumène, Abdelhamid Benbadis, Abdelhamid Mehri, Al-Idrissi, Apulée de Madaure, Abou Madyane, Abou el Kacem Chabbi, Abraham Serfaty, Assia Djebar, El Anka, El-Mokrani, Fatma N’Soumer, Ferhat Hachad, Ferhat Abbas, Fernand Iveton, Frantz Fanon, Hannibal, Hocine Ait Ahmed, Ibn Khaldoun, Ibn Toumert, Ibn Tufayl, Ibn Battuta, Ibn Arabi, Ibn Rochd, Jugurtha, Kateb Yacine, Massinissa, Mehdi Ben Barka, Mohamed V, Messali, Mahdi Elmandjra, Mohamed Belouizdad, Mohamed Boudiaf, Mohamed Lamine Debaghine, Mohamed Arkoun, M’hamed Issiakhem, Mostefa Lacheraf, Moncef Bey, Nefissa Hamoud, Omar al-Mokhtar, Pierre Chaulet, Saint Augustin, Salah Ben Youssef, Septime Sévère, Si Mohand Ou Mhand, Tarek Ibn Ziad, Zighoud Youcef…

La seule mention des plus glorieux ou des moins méconnus, occuperait des pages et des pages, mais là n’est pas le propos. Il s’agit ici simplement d’illustrer par quelques exemples affleurant spontanément dans nos consciences, la grande histoire dont nous sommes les héritiers, et que nous devrons transmettre aux générations futures dont l’une ou l’autre aura un jour prochain le privilège de constituer enfin, sur des bases solides et saines, l’unité et la pérennité de la nation maghrébine.

Aspiration profonde du peuple maghrébin, l’avènement d’une Union maghrébine aura lieu dans la phase historique qui suivra naturellement l’avènement d’Etats maghrébins pleinement légitimes et démocratiques, et donc capables de s’engager dans une entreprise historique de grande envergure.

Aujourd’hui, chacun des pays maghrébins, à sa manière, est pris dans la dynamique de la lutte pour la survie, pour l’existence, pour le développement, et est donc confronté à la nécessité d’avancer contraint et forcé dans le sens unique de l’avenir, sous peine d’effondrement.

Chacun des pays maghrébins possède des atouts formidables pour progresser : richesses matérielles, ressources humaines, espace, énergie et culture, et, en même temps, chacun fait face aux obstacles immenses de la corruption, de la soumission et de l’autoritarisme, de l’ignorance et du dogmatisme, du retard scientifique et technologique.

Dans ce contexte complexe et difficile, la question du Sahara occidental se pose avec toute la force décisive d’un problème insoluble et, aussi, celle d’une solution sublime. Depuis le début du conflit, il y a plus de quarante ans, la revendication du Maroc sur le Sahara Occidental nourrit pour une part significative la légitimité du régime marocain, alors que la lutte du Front Polisario pour l’autodétermination et l’indépendance a favorisé le développement d’une conscience nationale sahraouie.

Une solution juste et durable du conflit devra donc intégrer ces deux paramètres en un compromis qui, du point de vue de chacune des parties, devra préserver l’essentiel. Le cadre de la solution agréé par la communauté internationale prévoit la tenue d’un referendum d’autodétermination de la population du Sahara Occidental.

Le referendum doit permettre aux Sahraouis de choisir l’indépendance ou bien l’intégration au Maroc.Jusqu’à présent, le referendum d’autodétermination n’a pu se tenir pour un ensemble de raisons dont, à notre avis, les termes du choix proposé aux Sahraouis. Si le droit à l’autodétermination est un droit intangible des peuples sous domination coloniale que les Sahraouis devront exercer tôt ou tard, nous estimons également que pour rendre le referendum d’autodétermination non seulement possible mais aussi utile et favorable à la construction du Maghreb, et au-delà, à la paix et au développement de l’ensemble de la région, il est nécessaire de changer les termes du choix que les Sahraouis devront faire.

Ainsi, au lieu du choix entre l’indépendance ou l’intégration au Maroc, les Sahraouis devraient se voir proposer par l’ONU l’alternative suivante :- l’indépendance, pour l’établissement d’un Etat sahraoui indépendant, associé au Maroc – l’autonomie, pour la constitution d’un Etat sahraoui autonome, à l’intérieur du Maroc Si l’on souhaite s’assurer de l’acceptation des résultats du referendum d’autodétermination par l’une et l’autre partie, la proposition d’une reformulation des termes du referendum ne devrait cependant intervenir qu’à la suite d’une négociation et d’un accord préalable entre le gouvernement marocain et le Front Polisario sur le contenu précis des deux options.

La négociation et l’accord en résultant devront porter sur les dimensions institutionnelle, politique, diplomatique, militaire, économique, sociale et culturelle de la relation future entre le Royaume du Maroc et l’Etat sahraoui dans les deux cas de figure selon l’issue du referendum.La négociation devra être directe entre les deux parties. Elle devra toutefois bénéficier du soutien multiforme de l’Organisation des Nations-Unies, de l’Union africaine, de l’Union européenne, de l’Algérie, de la Mauritanie, de la Tunisie et de la Libye.

La négociation devra être une double négociation et se dérouler simultanément en -une négociation sur la relation bilatérale Maroc-Sahara Occidental- une négociation sur le processus de construction d’une Union MaghrébineEn effet, un bon accord devra être porté par une dynamique de la construction maghrébine dont les étapes devront être clairement identifiées et liées aux termes de l’accord bilatéral afin que celui-ci permette non seulement de résoudre durablement le conflit, mais aussi de poser les jalons d’une vision nouvelle de la nature des Etats qui aujourd’hui composent le Maghreb.

La seule construction maghrébine utile étant celle qui engage de façon concrète, planifiée, transparente et démocratique, les Etats dans le projet de leur transformation profonde pour former l’Union du Maghreb, une nouvelle entité politique représentant une seule nation, et dont la structure étatique pourrait s’apparenter, par exemple, à celle des Etats-Unis d’Amérique.

Durant le temps qui nous sépare de l’avènement de l’Union Maghrébine, et alors que les Etats maghrébins s’attèleraient à développer ensemble les normes juridiques, administratives, techniques et environnementales d’un espace maghrébin cohérent, à harmoniser leurs systèmes éducatifs et judiciaires, ainsi que leurs politiques étrangères, consulaires, économiques, financières et commerciales, à créer les conditions d’une libre circulation des personnes et des biens et les conditions d’une synergie des sociétés civiles du Maghreb, le Sahara occidental émergerait progressivement, concrètement, significativement, comme le premier territoire maghrébin, la première fondation de l’Union maghrébine.

Territoire au statut spécial, espace pionnier dans la formation des institutions maghrébines, lieu embryonnaire de la formation des structures démocratiques, institutionnelles, administratives, politiques, économiques, sociales et culturelles de l’Union, lieu d’une grande université maghrébine qui comporterait notamment un centre de traduction croisée des œuvres du patrimoine maghrébin et des œuvres majeures du patrimoine universel, lieu de liberté créative et d’innovation scientifique et technique, lieu d’attraction des Maghrébins de la diaspora, lieu de grandes rencontres spirituelles, intellectuelles, culturelles, littéraires, artistiques et musicales, le Sahara occidental serait le lieu privilégié du renouement vital des liens de la mémoire dispersée et de la réunion fertile des courants de l’histoire contrariée de la nation maghrébine.

Amin Khan in Nous autres, Editions Chihab, 2016

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