L’ombre des arches de nos inconscients d’El Meya
Maya Benchikhlefgoun

Chez El Meya la grande toile à gauche est le delta où le fleuve déverse sa narration. Ça sent la récréation et la marée, les lâchetés des hommes sous ses tables noires qui nous cachent l’ombre des arches de nos inconscients.

Diplômée de l’École Supérieure des Beaux-Arts d’Alger en 2013, El Meya artiste plasticienne née à Constantine en 1988, vit et travaille à Alger . Son travail a fait l’objet de plusieurs expositions en Algérie et à l’international, notamment à La Baignoire à Alger, à La Friche Belle de Mai à Marseille, à Tanger. et à la 11e Biennale d’Art Contemporain Africain de Dakar en 2014.

La forme narrative de ses oeuvres renvoie à la parabole, à la fable, au conte, le nombre (souvent en cinq et sept ) des personnages à la magie de nos ancêtres . 

Son univers est peuplé de femmes étouffées voire mangées sur fond d’azur dans les Eves, d’animaux sacrifiés avec des corbeaux qui dépècent une viande saignante, un mouton qu’on évicère et dont la cuisse fera une zorna dans l’amour viscéral, de fous qui triomphent dans le fort des fous . Les surréalistes en auraient fait leur égérie.

Comment ne pas évoquer le Harem et les cousins de Germaine Tillion, et ces sujets qui traversent la société méditerranéenne avec ses rituels, ses mythes, ses lois souvent féminicides . Mais on pense aussi aux acrobates de Picasso, mais ceux la ont le masque de la mort, et seule la toile/porte permetra l’évasion.

Entre réel et fantastique, conscient et inconscient, sa peinture donne à voir un monde qui nous est familier, voire proche sans être pour autant accessible comme dans les rêves les plus archaïques . 

Les corps sont très présents dans son oeuvre et ils sont peints à l’échelle humaine. « J’aime qu’on soit à égalité face à mes personnages » dit-elle. Les thèmes récurrents sont autant de questions sur le genre, la sexualité, la vieillesse ou la mort ou les rites de passage .

La série « les fabriquées » procède-t-elle d’un rejet de la peinture orientaliste et de ses clichés sur la femme avec ses cinq personnages en jogging dans une salle de sports ? El Meya représente des formes féminines sculpturales qui ne sont pas sans évoquer les sculptures de  Niki de Saint Phalle , Chagall, Tatah . 

El Meya nous enchante et nous pousse à la réflexion sur nos sociétés, elle élargit le ciel qui montre la plaie et ses remords qui peuvent étouffer l’espoir des lendemains joyeux. 

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