Les larmes de ma mère ne m’appartiennent pas, elles appartiennent à l’Histoire
Oran/ Photographie de Hakim Sabri
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La guerre d’Algérie dans la Diaspora n’a pas fait l’objet d’un récit ou si peu. Qui a raconté en France 1954, 1962, 1973 avec un FLN puissant, y compris dans ses pressions, ses chantages, ses tortures du coté des Algériens en France, et d’autre part la drapeau national, les livres écrits en arabe qu’on cachait sous les matelas, le racisme poisseux, Charonne, sans parler des paroles humiliantes entendues à l’école  de la République française .

Les larmes de ma mère ne m’appartiennent pas, elles appartiennent à l’histoire. C’est un trajet intime, individuel traversé par l’histoire et la géographie, un récit manquant au roman national ici et là bas. Une double absence aurait dit le sociologue Abdelmalek Sayad.

Le français appris sur le tas grâce au travail en usine pour élever ta fille au lendemain de ton jeune veuvage, ton travail caché à mon père hospitalisé trois mois avant sa mort . 

Puis ton retour à ta terre, ton bébé sous le bras , jeune veuve vers le pays , qui devenu libre, aurait pu, aurait du te permettre d’élever ta fille . Pour la famille paternelle, issue de petite bourgeoise citadine, lettrée en arabe, tu restais la pièce rapportée, mais c’était sans compter sur ton orgueil et ton besoin d’indépendance. 

Femme forte tu étais, fière et responsable de ton destin. Féministe sans le savoir, Simone de Beauvoir avait volé ton visage, tu lui ressemblais trait pour trait mais ta voix était plus belle. Oh bien sur, tu étais sévère, puritaine, soucieuse de donner une bonne éducation à ton enfant, mais si bienveillante.  

De retour en France, six mois plus tard parce que tu n’avais pas trouvé du travail dans cette nouvelle Algérie, tu voulais élevais ta fille sans rien devoir à personne, ni subir les contraintes familiales et patriarcales . 

Depuis, jusqu’à ta mort, tu es restée en France , ta fille avait grandi. Ses universités ont fait ta fierté, tes petits enfants ont réparé les blessures de ton exil et tu es morte sereine , tu avais fait ton travail avec honnêteté, la mère courage . 

C’est un trajet de larmes, aux déchirements intimes , dont le récit est manquant jusqu’à aujourd’hui dans l’histoire collective et les larmes de ma mère lui appartiennent . Ta génération ne se racontait pas . Nous nous sommes échappés, avons vaincus notre destin ; cependant nous restons attachés à notre terre et la peinture des nuits sans sommeil est encore fraiche .

Nous assumons, bon gré mal gré, la géographie et l’histoire qui nous ont ballotés. entre deux rives, parfois écartelés, souvent désespérés mais nous avons garder l’espérance en des jours libres pour notre patrie. 

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