La cinquième arche remise à neuf, Sidi Rached veille toujours sur son pont

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Le Pont de Sidi-Rached, une vieille histoire constantinoise
Le pont de Sidi Rached/© Nasser Hanniche

Le pont de Sidi Rached à Constantine a retrouvé pleinement sa belle allure. Débarrassé il y a quelques mois de la structure métallique de soutènement, signe de la fin des travaux de réhabilitation, il retrouve une nouvelle vie. La restauration de ses 14 arches et la réfection totale de sa cinquième arche lui permet de retrouver son rôle central dans la vie . C’est la deuxième fois que le pont connait de si grands travaux de restauration et c’est la première depuis l’indépendance de l’Algérie.

Comme la musique du malouf et la robe de velours constantinoise, cette imposante infrastructure en pierre fait partie de l’identité de la ville bimillénaire.

Pourtant, le pont qui surplombe et porte le nom de la zaouïa du saint patron de Constantine et sa mosquée verte, n’a pas toujours trôné sur les lieux. Selon de différents documents des archives françaises, il a été réalisé entre 1907 et 1912 par l’ingénieur Paul Séjourné. Dans un autre document, on cite un autre ingénieur qui a secondé Séjourné dans sa tâche. Il s’appellerait Aubin Eyraut et aurait suivi la réalisation du pont avant d’intégrer l’université d’Oxford comme professeur. Un troisième document donne la paternité du projet à Georges Boisnier, un spécialiste des grands ponts.

Cet ouvrage d’art sur lequel de nombreuses légendes ont été tissées, aura coûté trois millions de francs français de l’époque (selon une comparaison des plus sommaires 60 millions d’euros actuels).

D’une hauteur de 107 m sur l’endroit le plus culminant, le pont de Sidi-Rached compte 27 arches et mesure en totalité 447 m. L’arche centrale est longue de 70 m et sépare treize autres d’une ouverture de 8 m et une dernière de 30 m.

Le pont de Sidi Rachd avant la pose de l’arche centrale

Frère jumeau du pont Adolphe au Luxembourg, le pont de Sidi-Rached a été inauguré le 19 avril 1912, il serait durant cette période le plus haut ouvrage d’art du monde.

Le pont est inauguré le 19 avril 1912, en même temps que le pont suspendu de Sidi M’cid. Il permet d’établir une liaison vitale entre le centre-ville et le quartier de la gare et surtout d’ouvrir une voie en direction du Khroub, Batna, Biskra…

Pour la direction des travaux publics, « le pont de Sidi-Rached connaît des problèmes depuis sa réalisation ». Un constat confirmé, dans le livre « Mémoire déracinée », de l’ingénieur René Mayer, paru en 1999. Il y évoque le risque d’effondrement du pont. «(…) un ouvrage qui a posé des problèmes dès son achèvement et est l’objet de travaux de confortement depuis longtemps». Un constat fait déjà en 1952 ! Soit 40 ans après l’inauguration de l’ouvrage.

Le risque d’effondrement connu depuis…1952!

René Mayer donne les plus infimes détails techniques de l’intervention des ponts et chaussées sur le pont de Sidi-Rached. Dans ses notes on peut lire «à supposer que nous ayons les moyens d’y parvenir, il ne sert à rien de vouloir consolider la voûte centrale. Elle n’est nullement responsable de la dislocation à laquelle nous assistons. Elle est la victime du désordre, elle n’en est pas la cause. Elle ne fait que subir les efforts qui lui sont communiqués par le platelage, lui-même mis en mouvement par ce glissement de terrain face auquel, à court terme, nous sommes impuissants. De toute urgence, il faut dissocier l’effet de la cause et couper ce platelage. Le salut va dépendre de notre rapidité d’exécution! », écrivait alors Mayer avant de décrire les travaux à entreprendre.

« Plus tard, quand nous serons parvenus à stopper le mouvement fatal, nous créerons un appui médian situé sur la partie rocheuse et stable et nous nous en servirons comme d’une nouvelle culée intermédiaire. Nous désolidariserons ainsi la partie de l’ouvrage qui franchit les gorges de celle qui, sur la rive droite, est entraînée par le glissement de terrain », note -t-il ajoutant: « entre les deux, nous introduirons un arc à trois articulations, facilement déformable qui ne transmettra aucun effort. Ainsi, même si nous ne parvenons pas à arrêter ce fichu glissement de terrain, du moins celui-ci n’entraînera-t-il plus la voûte principale ».

Le pont se déplace d’un centimètre chaque année

Et signe des temps, près de soixante années plus tard, c’est pratiquement au même remède que s’est attelée, en collaboration avec les Italiens de Integra, déjà présents à Constantine pour la réalisation du fameux viaduc Transrhumel, l’entreprise nationale Sapta.

La Direction des travaux publics continue à suivre ce mouvement quasi naturel de l’ouvrage d’art tout en préservant son utilité immédiate laquelle est, il est nécessaire de le rappeler, essentielle pour la ville. La réalisation du viaduc transrhumel, espèrent les ingénieurs, contribuera à une stabilisation du sol et permettra le ralentissement du déplacement annuel du pont estimé à un centimètre. Mais les Constantinois ne s’en inquiètent pas outre mesure. « Il se déplace comme il veut, Aâlih H’djab ». En d’autres termes, le saint patron veille au grain.

Un saint patron qui veille!

La légende constantinoise veut que les habitants du Rocher ont fait un rêve commun : Sidi Rached, ou un immense immense oiseau blanc, dans d’autres versions, a survolé la ville, signe de sa baraka qui protège les lieux et ses habitants. L’assassinat de cet homme pieux, quelques jours plus tard avait précédé la fin du régent de l’époque. Cette légende est immortalisée dans le malouf local, dans le passage Sidi Rached Ya Tir El-Houm (Sidi Rached, Ô oiseau qui plane).

Le mausolée de Sidi Rached en contrebas du Pont reste un des lieux de visites traditionnels de la ville. La célèbre Khardja de Sidi Rached reste un rendez-vous important dans les agendas des Aïssaoua de tout l’Est algérien.

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