L’autre mur

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L’autre mur

 Il était un mur de sable, de pierres, de barbelés, de mines. Une armée s’y était retranchée depuis quatre décennies, comme s’était retranchée derrière une histoire réécrite le peuple servilement rééduqué de ce royaume. Ce pourrait être le début d’un conte destiné à effrayer les enfants. Mais la réalité ne cesse de dépasser la fiction. Là où la fiction peut encore effrayer, la réalité traumatise  assurément.

En ce temps là les dictatures, en jardiniers consciencieux, greffaient à leur guise sur des pieds et des racines choisies l’histoire des peuples quand elles n’en élaguaient pas les épisodes gênants. Le royaume, passé maître dans cet art, dispersait ses agents révisionnistes dans les pays ou les agences démocratiques, comme autant de coucous dans ces nids accueillants, utilisant le droit d’expression qu’ils ne consentent pas à autrui  et la permissivité complaisante  des réseaux sociaux. 

Le début de ce deuxième millénaire ressemblait furieusement au début du premier. Les mêmes syndromes de peur, de fin du monde annoncée, d’obscurantisme religieux, de remises en cause d’évidences établies surgissaient. Le royaume pillait son voisin en toute impunité, organisait des marches de gueux  comme autant de croisades moyenâgeuses, menaçait ses anciens maîtres, devenus alliés de circonstance, de vagues migratoires, se livrait au trafic et à l’exploitation d’êtres humains en dépit de lois internationales mises en place dans l’affect émotionnel des « Plus jamais ça ! » et aussitôt rendues inopérantes au nom pragmatique de la « loi du plus fort » !

Ce mur de sable, oublié en plein désert,  était né du cerveau reptilien d’un souverain en danger, aidé dans sa conception et son financement par quelques alliés pour services rendus ou dette à devoir.  On ne s’étonnera pas que des projets de murs établissent leurs fondations dans cette partie du cerveau, sans doute  elle même bien protégée, de certains dirigeants. L’Histoire confirmait que la transmission despotique de la part reptilienne étouffait toute part humaniste.

Mais revenons au mur.

Long de près de 2 800kms , truffé de millions de mines et d’une technologie avancée de détection, gardé par plus de 120 000 hommes, entretenu pour un coût quotidien de 2 millions d’euros, ce mur additionnant les chiffres vertigineux ne pouvaient pourtant rivaliser avec l’incommensurable honte qui lui donna tout naturellement son nom. 

Le mur de la honte pouvait donc se suffire à lui même. Il en existe pourtant un deuxième. 

Tout aussi protecteur, tout aussi coûteux, tout aussi inique.

Le mur diplomatique, l’autre obstacle

Présenté comme une promesse, il avait , mieux que le premier mur, sut arrêter la reconquête de leur territoire par le peuple sahraoui. C’était un beau mur diplomatique, un mur gelant la situation mieux qu’un mur  ordinaire  ne pouvait le faire, un leurre laissant croire à la possibilité d’une solution négociée, une construction toute aussi factice qu’une fake-new, bref une mission de l’ONU ( la MINURSO) que l’ONU même savait vouée à l’échec avant qu’elle ne soit mise en place, des membres de son conseil de sécurité étant à la fois juges et parties dans le conflit. Le deuxième mur jouait non pas la résolution mais le pourrissement de la situation, un pourrissement coûteux.

Le budget approuvé de la Minurso (juillet 2020-juin 2021) est de 61 740 200 dollars, soit près d’un million deux cents mille dollars par semaine. Le pourrissement n’est pas la neutralité bien souvent trop lente dans l’application des directives, c’est à terme un parti pris pour celui à qui il profite, le royaume chérifien. La Minurso est la seule mission de l’ONU au monde non mandatée pour faire respecter les droits humains, depuis plus de deux ans elle n’a plus de responsable, elle a échoué non seulement à mettre en place le référendum  d’autodétermination depuis 30 ans, mais aussi à faire respecter par le Maroc la zone tampon et à garantir le cessez le feu également violé par le Maroc.

Le mur diplomatique est donc une succession d’ échecs construite de toute pièce pour protéger les intérêts marocains ou plus exactement les intérêts du makhzen qui ne sont pas forcément les mêmes. Présentée  en 1991 comme une ouverture vers la résolution du conflit par la mise en place d’un référendum d’autodétermination dans les neuf mois à venir, la mission de l’ONU est devenue depuis 30 ans le symbole d’une impuissance  devenue complice de fait d’une injustice.

Le ruban de la décoration de la Minurso, décernée à chacun de ses membres après 90 jours de présence d’impuissance internationale est couleur sable et bleu, les deux couleurs que le désert offre à la vue. Ces deux couleurs qui permettent à ce mur de l’injustice de se fondre, invisible, dans la réalité désertique. L’ONU continue de s’épingler chaque trimestre des décorations de présence sans obligation de résultats. Que faudrait il alors décerner aux réfugiés sahraouis dans les camps depuis 45 ans, aux disparus, aux prisonniers déchus de tous droits, à la population sahraouie occupée ? 

Des deux côtés des murs parallèles de la honte et de l’injustice, le temps ne parvient pas à ternir les couleurs du ruban de l’espoir portées par le peuple sahraoui.

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