Errer dans les rues sans but précis, observer les scènes de vie quotidiennes, se laisser guider par le hasard puis… immortaliser un détail de cet univers urbain, c’est là toute la démarche artistique du jeune photographe Khaled Mechri. Simple, et sans fioritures il aime que ses clichés portent une dimension sociale.

«La rue est une source d’inspiration inépuisable. À l’heure où je vous parle, il y a des millions de scènes qui se produisent dans la rue, avec une géométrie parfaite, un contraste et une lumière parfaite et des scénarios improbables. Dans cet univers, le photographe de rue va capturer au moins un moment. C’est cette variété et liberté que j’aime dans la photo de rue, je regarde autour de moi toute cette agitation urbaine, et je photographie au gré de l’émotion du moment » dit Khaled.

À 30 ans ce jeune photographe prépare sa première exposition. Elle aura lieu prochainement à la galerie «Bloom The Art Factory». Une première exposition de ses œuvres qui marque ses 10 ans de photographie.

Ses premiers clichés remontent à l’âge de 16 ans. Un ami lui offre un appareil photo numérique, et il commence à faire des photos sans préférence particulière. La passion ne prend pas, après une période l’appareil est rangé.

khaled Mechri

Mais Khaled est porté sur l’art, il aime dessiner et l’école ne lui apporte pas ce qu’il recherche . Sa scolarité prend fin alors qu’il a 18 ans, et il enchaîne les stages à la recherche d’une formation pour un métier d’avenir. Un jour un parent à lui qui travaille dans la presse lui propose de rejoindre une rédaction comme photographe ou caricaturiste.

«J’ai choisi caricaturiste car j’aime dessiner, mais mon cousin avait insisté sur la photo. J’ai donc suivi son conseil et fait une formation accélérée pour apprendre les bases de la photographie, avant de rejoindre Echourouk Magazine».

Le passage vers la photo de presse a été décisif dans sa carrière. Pour Khaled, c’est un apprentissage de la rigueur et les relations sociales. « Comme tout autre métier, l’expérience vient de la pratique. Un photojournaliste doit produire quotidiennement, il est également amené à rencontrer beaucoup de personnes, donc il devra apprendre à parler à ses sujets, à passer inaperçu et bien d’autres comportements ».

En parallèle , Khaled fait de la photo artistique. Il perfectionne ses connaissances techniques, apprend à regarder les choses en profondeur, et retranscrit cette passion en images.

L’œil et l’histoire

Même si la photo de rue est celle de la spontanéité, Khaled ne néglige pas la structure géométrique. Il estime qu’une composition réfléchie rend la photo plaisante et agréable à voir. Pour parvenir à maîtriser cette technique, Khaled dit qu’il faut ’entraîner son œil, apprendre à observer les éléments autour de soi et déceler le potentiel de l’image.

Les lignes, les formes, la lumière, ce sont là des éléments qui participent à réussir une photographie. Mais ce qui la sublime est l’histoire qu’elle raconte.

khaled Mechri

«Je peux prendre une photo aujourd’hui qui peut paraître banale, mais dans dix ans, elle aura une valeur inestimable, car elle sera l’unique témoin d’un moment de vie. Et là on revient à la photo de rue qui nous permet justement de documenter notre époque» souligne Khaled. Il se souvient particulièrement d’une photo prise au marché couvert d’El Harrach. Le marché allait être démoli, il a donc décidé d’aller prendre des photos, comme un dernier hommage.

«En arrivant, j’ai commencé à photographier des acheteurs, les vendeurs, les dispositions des fruits et légumes. Ensuite mon regard s’est posé sur une table d’un boucher, en bois massif, complètement affaissée à cause des coups de hache. Après avoir pris la photo, j’ai demandé au boucher depuis quand elle était installée dans le marché. Il me répond que cet établi avait trente ans. Pour moi j’avais trouvé le parfait témoin de l’existence de ce marché » souligne Khaled.

Même si ce jeune homme est de l’époque du numérique, il estime que la pratique de la photographie sur pellicule était plus gratifiant. «À l’époque de la pellicule le résultat n’était pas instantané, pour réussir une prise de vue, il fallait un effort soutenu. Aujourd’hui le résultat de la photo est immédiat, et les possibilités d’intervenir sur la prise de vue sont multiples. Certes cela a ses avantages, mais la photographie a perdue de son authenticité. Il est donc de la responsabilité des jeunes générations de ne pas se laisser aller à la facilité et de mettre de la rigueur dans la pratique de cet art. Pour démontrer leur potentiel et  surtout pour montrer au monde la richesse et la diversité de notre pays  » conclut Khaled.

Article précédentLe journaliste Moncef Aït Kaci et le réalisateur Ramdane Rahmouni en détention provisoire
Article suivantL’ANSEJ officiellement placée sous tutelle du ministre délégué chargé de la micro-entreprise

Laisser un commentaire