Des intellectuels algériens disent « non » à une statue pour l’Emir Abdelkader en France

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Statut Emir Abdelkader
Statut Emir Abdelkader

Une pétition signée par une soixantaine d’intellectuels algériens s’oppose à la proposition de l’historien français Benjamin Stora d’élever une statue pour l’Emir Abdelkader en France.

« L’État français a parjuré l’armistice signé par le général Lamoricière et l’Émir Abdelkader. Il a détourné le bateau censé le conduire en Palestine, sur la base de cet armistice, et l’a pris en otage avec sa famille et sa suite. En proposant de lui élever une statue, le rapport commandé par l’État français reproduit le même crime de détournement en visant, cette fois, l’aura et le prestige de l’Émir », est-il écrit dans la pétition, publiée sur le site d’Afrique-Asie.

En échange de la promesse d’être autorisé de voyager vers Akka (Acre) en Palestine ou à Alexandrie en Egypte, l’Emir Abdelkader se rend au général Louis de Lamoricière le 21 décembre 1847 après la défaite de ses troupes. Le gouvernement français viole le serment fait à l’Emir Abdelkader par le chef militaire et dirige le bateau de l’homme d’Etat algérien vers la France. Détenus à Fort Lamalgue, à Toulon, et à Pau, l’Emir Abdelkader et ses partisans sont transférés au château d’Amboise en novembre 1848. Libéré en octobre 1852 par Napoléon III, l’Emir Abdelkader s’installe à Bursa, en Turquie, puis à Damas, en Syrie.

Restituer l’épée de l’Emir Abdelkader à l’Algérie

Dans le rapport sur « la mémoire coloniale », remis au président français Emmanuel Macron, Benjamin Stora a proposé « la construction d’une stèle, à Amboise, montrant le portrait de l’Emir Abdelkader, au moment du 60ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en 2022 ». Il a également proposé  « la restitution de l’épée d’Abdelkader à l’Algérie ».

« L’Émir n’est pas un patrimoine en déshérence »

« L’Émir n’est pas un patrimoine en déshérence. Il appartient à notre pays, à notre peuple et à tous les peuples qui ont résisté aux entreprises coloniales. Il appartient, aussi, à tous ceux et celles qui ont contribué à la lutte de ces peuples quelles que soient leurs terres et nationalités d’origine y compris françaises », est-il souligné dans la pétition.


« Nous considérons comme acte d’amitié avec notre peuple tout hommage à l’Émir, émanant des peuples, y compris le peuple français, via les réseaux éducatifs, les associations, les groupes culturels, les municipalités. Mais nous nous opposons à cette tentative de nouveau détournement de notre symbole et notre patrimoine par un État français dont les actions envers l’Algérie ont toujours des relents coloniaux », est-il ajouté.

« Manoeuvre néocoloniale »

Les signataires de la pétition disent s’élever « de la façon la plus ferme et la plus déterminée » pour dénier à l’Etat français « de jouer encore avec la haute figure de notre Émir ».

« Nous demandons de la façon la plus énergique à notre propre État de se positionner clairement contre cette manœuvre néocoloniale et de peser de tout son poids pour refuser ce crime supplémentaire contre notre mémoire nationale », insistent-ils. Ils demandent aux Algériens de signer massivement la pétition « pour lui donner force et chances de succès ».

Parmi  les premiers signataires de la pétition, figurent le président de la Fondation Émir Abdelkader Mohamed Boutaleb, l’arrière petite nièce de l’Émir Abdelkader Fatima Chergui Boutaleb, l’essayiste Ahmed Bensaada, l’enseignant Mohamed Bouhamidi, la constitutionnaliste Fatiha Benabbou, le chercheur en Histoire Abdelkader Boutaleb, les universitaires Aicha Bouabaci, Nadjib Houari,  Abderrahmane Kherbouche, Mohamed Hassene Daouadji, Nabila Benyahia, Hichem Baba Ahmed et Boudjemaa Djaballah. Plusieurs journalistes ont signé la pétition également comme Zin el Abidine Benbadis, Nassira Belloula, Djamel Zerrouk, Salim Koudil et Tarik Hafid.

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