L’Institut National Agronomique d’El Harrach : 115 ans d’histoire !

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L’Institut National Agronomique d’El Harrach : 115 ans d’histoire !
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«Anciens de  l’INA» ! C’est le nom d’un groupe privé de facebook de quelques 5300 membres, créé en octobre 2010.

L’INA est l’Institut National Agronomique d’El harrach devenu aujourd’hui Ecole nationale supérieure agronomique Kasdi Merbah (ENSA) depuis décembre 2005. 

Les membres de ce groupe sont en majorité des ingénieurs agronomes issus de cette prestigieuse Ecole. Ils s’adonnent à cœur joie pour publier des photos de l’Institut datant de leur époque, des anecdotes sur les profs qui les ont marquées, des hommages à leurs enseignants disparus, des reconnaissances pour toutes celles et ceux qui ont contribué au développement de cet Institut.

« Une réelle famille! »

Ces anciens de l’INA forment une réelle petite famille où beaucoup se connaissent au moins de nom ou de vue. C’est un des rares groupes joyeux de facebook où il y a très peu de polémiques. Et certains récits publiés sont succulents. Comme par exemple celui de ces deux étudiants qui, suite à leurs excellents résultats ont pu bénéficier, de la part de l’INA, d’une mission d’une semaine à Madagascar.  Un récit digne d’un roman… 

Parmi les nombreux hommages publiés et relatifs aux ex enseignants de l’INA,  on peut citer Rabah Chellig Allah yerhmou, cet homme qui se définissait lui-même comme autodidacte. Il a formé des générations entières d’agronomes. Homme pieux, d’une culture débordante, amoureux de la steppe, il connaissait tous ses recoins. Il aimait raconter les histoires des nomades, leur culture, leurs techniques pour faire face à l’adversité d’un milieu difficile. Un homme généreux duquel on a beaucoup appris. 

Ou alors celui de Abdelkader Beloued, cet autre autodidacte décédé lui-aussi, Allah yerhmou, qui a vécu modestement, mais qui a laissé un très riche héritage : le plus riche herbier jamais constitué en Algérie actuellement relativement bien conservé à l’INA. Une partie de cet herbier a fait l’objet de la publication d’un unique ouvrage par  l’OPU « Plantes médicinales d’Algérie » où on peut lire sur la page de couverture :

« La splendeur des campagnes algériennes a toujours enchanté Abdelkader BELOUED. Parcourant ce pays jardin en long et en large, pendant des dizaines d’années, ce poète botaniste, y consacrera de longes heures à observer, à récolter, à déterminer puis à classer des milliers de plantes ».

J’ai personnellement milité et souhaité qu’on donne leur nom à une allée de l’INA d’El Harrach ou même une salle de TD. Autant pour Rabah Chellig que pour Beloued.

L’ENSA, un vieil héritage

L’ENSA est une des plus anciennes Ecoles d’agriculture d’Algérie. Fondée en 1905, elle a traversé de multiples évolutions tant sur le plan de son statut que sur le plan des contenus de formation qu’elle proposait. Elle s’étendait alors sur une superficie de plus de 200 ha dont 25 consacrés aux bâtiments de l’Ecole qui comportait aussi un internat et des « fermes pédagogiques ».

Fermée en 1914 à cause de la guerre, elle ouvra de nouveau ses portes en 1919 après la fin de la Guerre en proposant de nouveaux départements et laboratoires, un internat agrandi et devient ainsi l’Institut Agricole d’Algérie (IAA).

Après la seconde Guerre mondiale, l’IAA est assimilée aux grandes Ecoles d’ingénieurs agronomes au même titre que Grignon, Rennes ou Montpellier en devenant Ecole Nationale d’Agriculture d’Alger – ENAA-. On en profita pour élever le « niveau d’admission » au concours d’entrée.

Parmi les départements les plus productifs et rayonnant du pourtour méditerranéen, se distinguaient ceux :

–          de la Zootechnie avec ses annexes au Kroubs pour l’élevage des bovins, à Tadmait pour l’élevage du mouton à Tiaret pour la jumenterie.

–          d’Horticulture avec ses annexes à Zeralda

–          de Chimie et d’oenologie avec comme annexe une cave expérimentale de 3000 hectolitres de vin.

En pleine guerre de libération, en 1960, l’Ecole devint – déjà !- Ecole Nationale Supérieure Agronomique d’Alger – ENSA – , statut décidé par un décret de juin 1961 mais d’où sont exclus de fait les algériens.

Après l’indépendance, l’Institut ouvrit ses portes aux premières promotions de bacheliers algériens pour une formation qui durait trois années et qui s’achevait par l’obtention du diplôme de l’Institut Agricole d’Algérie, fournissant ainsi les premiers cadres agronomes au pays.

Pionniers de l’Ingénierie

C’est en 1968 que la durée de formation a été rallongée d’une année passant à quatre ans et une nouvelle dénomination : Institut National Agronomique.

Suite à la réforme de l’enseignement supérieur de 1971 menée par feu Mohamed Seddik Benyahia, l’INA va voir son programme de formation d’ingénieurs agronomes porté à 10 semestres dont 6 semestres de tronc commun et 4 semestres de spécialisation.

Ce qui le distinguait à cette époque de l’Institut de Technologie de Mostaganem – ITA- qui lui, sous tutelle du ministère de l’agriculture, formait des « ingénieurs d’application » en quatre ans alors que l’INA formait des « ingénieurs de conception « en cinq ans.

Cette semestrialisation avec son corollaire, la modularisation des enseignements,  a été étendue à l’ensemble du système universitaire.

De 1971 à ce jour, et au gré des multiples réformes qu’il a subies, l’Institut a pris divers dénominations  INA, ENASA, INA (sic) ,ENSA.

L’arabisation démagogique des programmes – pas toujours  appliquée faute de cadres formés et surtout de moyens pédagogiques- a contribué grandement aux difficultés des nouvelles générations d’étudiants de l’INA. Beaucoup ne maitrisent pas suffisamment le français et sont, de fait, limités dans leurs recherches bibliographiques, les innovations dans le monde agricole, l’évolution des systèmes de production tant chez nous qu’ailleurs… De même que cette politique irréfléchie qui a divisé artificiellement le monde scolaire et universitaire en « arabisants » et « francisants » créant ainsi un climat social des plus exécrables.  On n’arabise pas sans avoir identifier, au préalable, les conditions de réussite d’une réforme, fusse t-elle en rapport avec le recouvrement de notre identité nationale. 

Une des missions de l’INA est de former des cadres aptes à s’investir dans la réduction de notre scandaleuse dépendance alimentaire vis-à-vis de l’étranger. Cet objectif devrait participer également au recouvrement de notre dignité nationale, car un pays qui n’est pas autosuffisant sur le plan alimentaire ne peut se targuer d’être souverain. 

La mise en place, en 1972, des 300 heures obligatoires d’enseignement d’arabe en 6 semestres avec une épreuve éliminatoire pour cette unité constitutive du diplôme, aurait pu suffire dans un premier temps avant de généraliser la langue arabe à tout le cursus universitaire, mais en offrant les moyens adéquats tant au niveau de la formation des enseignants que ceux liés à la pédagogie notamment en matière de documentation. Parce que cette exigence n’a pas été respectée, ni l’INA, ni les autres universités n’ont jamais réussi à arabiser totalement les formations techniques et se sont démenées comme elles pouvaient dans ce contexte de «  ni-ni » : « ni français, ni arabe…  enseigne comme tu peux » !

La mise en place du système LMD, à l’INA comme ailleurs, et sans aucune concertation, a également contribué à la dégradation du climat général de ce fleuron de l’enseignement agronomique en Algérie. Ce système, totalement importé d’Europe sans les moyens nécessaires qu’il nécessite, a été mis en place plus pour la gestion des flux d’étudiants que d’une réelle politique visant à améliorer la qualité des enseignements et surtout l’insertion professionnelle des étudiants.

Vivier de grades compétences

Sans verser dans la nostalgie, force est de reconnaître que l’INA, comme l’ITA de Mostaganem, ont formé des cadres de très bon niveau qui ont fait leurs preuves aussi bien en Algérie qu’ailleurs dans le monde. Le nombre d’ingénieurs formés par l’INA est passé d’une demi-douzaine à l’indépendance à plus de 7000 aujourd’hui. Des dizaines de cadres supérieurs et des ministres sont issus de cet Institut.

L’INA a également formé des cadres de pays d’Afrique noire dont certains sont devenus ministres dans leurs pays respectifs.

Là aussi, des témoignages sur les réussites exemplaires des agronomes issus de l’INA sont légion comme le fabuleux parcours d’un hydraulicien de ma promotion dont la carrière professionnelle a été tout simplement fulgurante tant en Algérie qu’en France et depuis peu au Emirats Arabes Unis.

Ce pur produit de l’INA s’est fait très vite remarqué par ses compétences dans le domaine des diagnostics et constructions des barrages. Il est impossible de résumer son CV, mais juste cet extrait des projets qu’il a pilotés, donne un aperçu de son extraordinaire ascension :

« – Diagnostic des réseaux d’assainissement des villes de : Sétif, Bordj Bouareridj, Batna, Skikda, Chlef,  Sidi Bel Abbes, Mascara et Tlemcen

Projet d’Assainissement du Groupement Urbain D’Oran,  Tranche d’Urgence – Contrôle technique et suivi des travaux, 

Diagnostic et de réhabilitation des systèmes d’alimentation en eau potable des villes de Sétif, Batna et El-Oued

Analyse technique et évaluation financière du projet de  réhabilitation de systèmes et réseaux  en alimentation en eau potable pour la capitale Bakou en Azerbaïdjan ».

Dans un de ces écrits, Rabah Chellig affirmait que « L’homme dans la société traditionnelle n’est qu’un élément de la communauté fortement organisée où chacun a sa place nettement déterminée. Sa vie est régie par un certain nombre de règles auxquelles il est soumis au sein de cette société. Ces règles reposent sur trois nécessités vitales :

  • Nécessité de subsister
  • Nécessité de produire
  •  Nécessité de s’entraider (Touiza) »

Une histoire centenaire…à sauvegarder

Ces nécessités ne sont-elles valables que pour la société traditionnelle ?  En ces temps incertains, tout doit être fait pour sauvegarder l’INA et des grandes Ecoles algériennes (Polytechnique, EPAU, ENV…), leur riche histoire et l’aura qui était la leur pendant des années

Issu de ce prestigieux Institut qui a eu ses moments de gloire, même après l’indépendance, je sais pertinemment que je n’aurai jamais eu accès aux formations qu’il dispensait sans notre indépendance chèrement acquise. Il n’en demeure pas moins que cet Institut a une histoire centenaire. Et que nos jeunes agronomes formés ou en devenir ont le droit de la connaître. C’est l’objet de cette modeste contribution.

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