Hatem Ali, un agitateur d’idées qui a reconstitué la mémoire arabe

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Le défunt réalisateur syrien Hatem Ali
Le défunt réalisateur syrien Hatem Ali
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Le syrien Hatem Ali, décédé mardi 29 décembre 2020 au Caire, à l’âge de 58 ans, figure parmi les plus grands réalisateurs de télévision de la région arabe de ces trente dernières années.

Il a, à sa manière, redonné au feuilleton historique toute sa noblesse. Les contraintes budgétaires ou les embûches doctrinaires ne l’ont pas dissuadé à puiser dans l’histoire de la civilisation arabo-musulmane pour raconter des itinéraires aussi complexes et denses que ceux d’Omar Ibn Khattab, compagnon du prophète Mohamed à la Mecque et à Médine, ou Salah eddine El Ayoubi, le cavalier qui avec sagesse et courage avait affronté les croisés au XII ème siècle.

En réalisant « Omar El Farouq», Hatem Ali savait qu’il allait faire face à une levée de boucliers de la part des fondamentalistes islamistes hostiles à l’évocation en image des compagnons du Prophète de l’islam. Certains avaient appelé à boycotter le feuilleton, d’autres avaient émis des réserves sur le traitement historique du personnage de Omar El Khattab et son rôle de deuxième calife, après Abou Bakr Seddik.

Le parcours retracé de Salah eddine Al Ayoubi

Hatem Ali a dépassé tous les obstacles et a sollicité le soutien de prédicateurs connus comme Youssef El Karadhaoui ou Salman Al Oudah pour revoir le texte du scénario, écrit par le palestinien Walid Saif, et éviter ainsi les mauvaises interprétations. Il a donc proposé un feuilleton de qualité, tant sur le plan de la réalisation que sur ceux des décors, des costumes, des dialogues et du jeu d’acteurs.

Ce travail artistique a suscité un grand débat dans les pays arabes durant le Ramadhan 2012. Il en a été de même en 2001 pour feuilleton « Salah eddine Al Ayubi ». Hatem Ali a retracé le parcours de l’homme qui avait réunifié les musulmans face aux croisés venus occuper Jérusalem au XII ème siècle (les croisades se sont déroulées de 1096 à 1291). Il a notamment restitué la célèbre bataille de Hattin en Palestine durant laquelle Salah eddine Al Ayoubi et ses cavaliers avaient forcé les croisés à fuir.

La prestation de Jamal Sulaiman dans le rôle de Salah Eddine Al Ayoubi a été saluée par tous les critiques. Le réalisateur a tenté de rester fidèle aux faits historiques sans insister sur l’orientation chiite prise par les Fatimides à l’époque et les intrigues de Palais.

Trilogie andalouse

Dans « Al Zeer Salem », Hatem Ali s’est intéressé à un personnage marquant de l’époque djahilite Adaï Bin Rabi’a, un cavalier et poète de Najd, connu par son franc parler et sa bravoure. Il appréciait tant la compagnie des femmes que les batailles à l’épée. Il avait notamment mené la guerre d’Al Bassous entre les tribus de Taghlab et Bikr vers 494. Une guerre qui avait duré quarante ans.

Hatem Ali a ensuite consacré une trilogie à la présence musulmane en Andalousie : « Saqr Koraïche », « Rabie Kortoba » (le printemps de Cordoue) et « Moulouk wa taw’ef » (Rois et confessions). Saqr Koraïche ou Abderrahmane Al Dakhel est le fondateur de l’État omeyyade en Andalousie vers 756, après l’effondrement de cette dynastie à Damas, remplacée par celle des Abbassides à Baghdad.

Un autre visage du Roi Farouk

En 2007, Hatem Ali a plongé dans une période trouble de l’histoire contemporaine de l’Égypte avec « Al Malik Farouk », le dernier roi d’Égypte, un souverain libéral controversé qui avait suscité l’amour-haine chez les égyptiens avant l’arrivée de la « Révolution » de 1952 qui a instauré la République. La carrière artistique du syrien Tim Hassan a été lancée grâce à son interprétation du rôle du Roi Farouk. Comme pour les précédents feuilletons de Hatem Ali, « Al Malik Farouk », a suscité un débat sans précédent au Moyen-Orient sur la place de la monarchie dans le contexte politique égyptien de l’époque.

Le feuilleton a offert une autre image de Farouk, considéré comme « le fondateur » de l’Égypte moderne. Une image plus humaine, pas celle d’un monarque dépravé, véhiculée pendant des décennies dans les salons du Caire.

Retour sur le drame palestinien

En 2004, Hatem Ali a, à partir d’un scénario de Walid Seif, réalisé un feuilleton, probablement le plus important sur la cause palestinienne, « Al taghriba al falastiniya ». C’est l’histoire d’une famille palestinienne racontée sur plusieurs époques à partir des années 1930 jusqu’à la fin des années 1960. Un narrateur assure le lien entre les événements et évoque tous les drames des Palestiniens jusqu’à la Guerre des six jours (1967) et la Nakba (1948).

Exploration des zones d’ombres et de lumières

Les feuilletons de Hatem Ali ne sont pas de simples travaux artistiques, présentés durant les Ramadhans, mais des œuvres proposées pour susciter la réflexion sur le passé du monde arabo-musulman, ses échecs et ses réussites, ses espoirs et ses illusions, ses tourments et ses croyances. Il y a comme une ligne de conduite dans le travail de cet esthète de l’image et du verbe pour explorer les zones d’ombres et de lumières de l’Histoire de la civilisation musulmane. Les trois derniers travaux de Hatem Ali étaient inscrits dans le registre des drames sociaux et des mélodrames, très prisés ces dernières années en raison de la forte concurrence des feuilletons turques doublés en syro-libanais.

Acteur et dramaturge aussi

Natif du Golan syrien, Hatem Ali a été formé à l’Institut supérieur des arts de théâtre de Damas. En 1988, il a commencé sa carrière à la télévision comme acteur dans le feuilleton « Dairatou ennar » (le cercle de feu), un drame social de Haitham Hakki qui l’a fait connaître au public. Il a ensuite, entre 1989 et 2016, enchaîné les rôles dans une trentaine de feuilletons comme « la kabous » (le cauchemar) de Maamoun Al Buni, « Al zahifoun » (les arrivistes) de Talhat Hamdi, « Qissat hob adia » (histoire d’amour ordinaire) de Mohammad Azazia, « Al Gharib ou nahar » (l’étranger et le fleuve) de Hicham Charbtadji et « Al hikdou al abiadh » (la haine blanche) de Salem Al Kurdi. Hatem Ali est également auteur de trois pièces de théâtre et de deux recueils de nouvelles dont «Mawt moudaris al tarikh al adjouz » (décès du vieil instituteur d’Histoire).

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