Grèce, France, Turquie : Jeux de guerre en méditerranée sur fonds gaziers

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Photo distribuée par le ministère grec de la Défense de navires grecs participant à des manœuvres le 26 août 2020. (dr)
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Quatre Etats « chrétiens » membres de l’Union européenne sont engagés depuis ce mercredi, dans des manœuvres militaires navales communes visant la Turquie « musulmane » candidate éconduite – et de fait interdite – d’accès à l’UE. C’est comme un bégaiement de l’histoire.  Mais l’enjeu n’est ni religieux, ni idéologique. Il est gazier.

 Il porte en effet sur un différend ancien autour de  la délimitation des zones maritimes riches en hydrocarbures qui s’est exacerbé à la suite d’arrangements entre la Grèce, Israël et l’Egypte que la Turquie juge à ses détriments.

 « Chypre, la Grèce, la France et l’Italie se sont mis d’accord pour déployer une présence commune en Méditerranée orientale dans le cadre de l’initiative quadripartite de coopération », a annoncé mercredi le ministère de la défense grec.   Une démonstration de force qui doit se poursuivre jusqu’à vendredi au sud et au sud-ouest de Chypre.  La ministre française de la défense, Florence Parly a clairement signifié que ces manœuvres visent la Turquie. « La Méditerranée ne doit pas être un terrain de jeu des ambitions de certains ; c’est un bien commun » où « le respect du droit international doit être la règle et non l’exception ». 

La Turque « prête à en payer le prix »

Ni les manœuvres, ni les propos de plus en plus musclés des responsables français, à commencer par le président Emmanuel Macron, ne semblent impressionner Ankara. La Turquie a riposté mercredi sur un ton tout aussi martial par la voix du président Recep Tayyip Erdogan, qu’elle ne fera « aucune concession » dans la défense de ses intérêts gaziers en méditerranée orientale.

La « Turquie prendra ce qui lui revient de droit en mer Noire, en mer Égée et en Méditerranée. Et pour cela, la Turquie est prête à en payer le prix (…) Nous ne ferons absolument aucune concession sur ce qui nous appartient ».

La mise en garde d’Erdogan s’adressait en particulier à la Grèce et la partie chypriote grecque invités à «se reprendre et à éviter toute erreur qui signerait leur perte…Il faut désormais que tout le monde voit que la Turquie n’est plus un pays dont on peut tester la patience, la détermination, les moyens et le courage ».  Le président turc s’est dit cependant en faveur d’une solution diplomatique. « Si nous n’avons aucune visée sur les terres et intérêts des autres, cela ne veut pas dire que nous allons abandonner ce qui nous appartient ».

Toute la question est de savoir si cette montée des tensions est juste un préalable aux négociations qui semblent inévitables pour que l’exploitation des gisements devienne possible ou s’il s’agit d’une escalade qui s’auto-alimente dans un bras qui prend un tour personnalisé entre Erdogan et Macron.

L’Allemagne qui assure la présidence semestrielle de l’Union Européenne, a appelé mardi à Athènes et Ankara à « la désescalade » et « le dialogue ».  « Personne ne veut régler ce différend par des moyens militaires », a déclaré le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, en soulignant qu’« il y a une volonté de dialogue des deux côtés ».

Une négociation inévitable

Sur le fond, la négociation est inévitable, la Turquie refusant une application mécanique de la convention sur le droit de la mer donnant des droits à des zones économiques exclusives à des petites iles grecques se trouvant à proximité des côtes turques. Le différend entre les deux pays est très ancien mais il prend une tournure existentielle pour la Turquie qui se retrouve exclue de l’exploitation des énormes gisements gaziers.  

La Turquie qui fait partie – comme les Etats-Unis – des pays qui n’ont pas signé la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer conclue à Montego Bay le 10 décembre 1982 considère comme « inéquitable » le fait que des îles grecques se trouvant à proximité de sa côte se prévalent d’une zone économique exclusive.

Le cas de l’île grecque de Kastellorizo, située à 2 km au large de Kas (province turque d’Antalya) et à environ 580 kilomètres des côtes continentales de la Grèce est, aux yeux d’Ankara, une illustration criarde de cette absence d’équité.  L’Ambassadeur de Turquie à Paris, Ismail Hakki a relevé que la logique de la Grèce d’attribuer une Zone économique exclusive (ZEE) à cette île signifierait que « les pêcheurs turcs ne pourraient même pas pêcher devant leur maison » et qu’il il faudra même que les Turcs « demande leur permission pour accéder aux hautes mers ».

Erdogan qui a très mauvaise presse en Occident livre une bataille qui a un large soutien des Turcs. Sa volonté de créer les conditions d’une négociation pour un partage « équitable » des ressources est approuvée bien au-delà de ses soutiens partisans.

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