Décès de Giscard d’Estaing, premier président français à visiter l’Algérie libre

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Les présidents Valéry Giscard d’Estaing et Houari Boumediene, à Alger, en 1975 (DR)

Premier président français à visiter l’Algérie indépendante, Valéry Giscard d’Estaing est mort mercredi 2 décembre, à l’âge de 94 ans dans sa propriété d’Authon dans le Loir-et-Cher. « Son état de santé s’était dégradé et il est décédé des suites du Covid-19 », a écrit sa famille dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse (AFP).  A son élection en 1974, il était le plus jeune président de la 5eme république française.

Valéry Giscard d’Estaing est le premier président français à se rendre en visite officielle en Algérie, en avril 1975. Une visite qui s’est déroulée dans un climat de cordialité remarqué. Le communiqué commun sanctionnant la visite avait souligné l’accueil « particulièrement chaleureux » réservé par l’Algérie au président français. Dans le communiqué, il était mentionné également que le président Houari Boumediene acceptait « avec plaisir» l’invitation qui lui a été faite de se rendre en visite officielle en France.

Des contentieux sur le vin, les émigrés et le pétrole

La cordialité de la rencontre entre Giscard d’Estaing et Houari Boumediene était d’autant plus remarquable qu’outre les contentieux liés à la guerre de libération, les relations algéro-françaises avaient accumulés de nouvelles crises. La première grosse crise date de 1967-1968. La France avait décidé, sous pression de ses viticulteurs, de réduire unilatéralement les achats de vin d’Algérie de 7 millions d’hectolitres à… 500.000 hectolitres. Un coup fatal pour la viticulture en Algérie.

En 1968, des attentats racistes meurtriers contre les Algériens créent une nouvelle situation de crise. En 1973, Boumediene décidé de suspendre l’émigration puis de l’arrêter définitivement en 1975. Mais la crise persiste sur la question des travailleurs émigrés, les autorités françaises menant une politique musclée pour les forcer à repartir en Algérie.

L’autre contentieux portait sur le pétrole, l’Algérie demandant dès 1969 de relever le prix du baril qui dépassait à l’époque à peine deux dollars. La demande algérienne, fort modeste, d’une hausse de 77 cents formulée en 1970 a été jugée excessive par la partie française. Les discussions s’enlisent, le 24 février 1971, Houari Boumediene lance son fameux «lakad kararna » (nous avons décidé) de la nationalisation des hydrocarbures. Une mesure qui se traduit par une prise de parts majoritaires de 51% dans les entreprises étrangères (notamment françaises) et la nationalisation totale des oléoducs et le gaz.

Ces crises, encore pesantes, n’ont pas empêché que la visite se déroule dans un climat de cordialité, les autorités algériennes réservant même des bains de foule au président français qui entendait du « tahiya Valéry »…. avec des « Tahya la révolution agraire » aussi!

Boumediene à l’ambassade de France !

Le 12 avril 1975, dernier jour de la visite de Giscard d’Estaing, une réception était prévue pour des milliers d’invités de la communauté française en Algérie. A la surprise générale, le président Houari Boumediene arrive en compagnie de Valéry Giscard d’Estaing. Les médias français souligneront que le président algérien était allé en « territoire français », un geste d’une « portée exceptionnelle ». Boumediene ne reste qu’un petit quart d’heure, mais le geste symbolique est fait et il quitte l’ambassade sous les applaudissements.

« Je suis très sensible, dit-il, au geste que vient de faire le président Boumediène en venant pour la première fois à l’ambassade de France accompagner le président de la République française, et en soulignant par cela la conscience qu’il a que l’histoire et les rapports de nos deux pays sont en effet exceptionnels » déclare le président français.  Un autre geste marquera l’iconographie de cette visite : Giscard d’Estaing, en burnous offert, reçoit en cadeau un cheval arabe.

Deux ans plus tard, en 1977 les relations entre l’Algérie de Boumediene et la France de Giscard d’Estaing se dégradent. Le contentieux, encore présent aujourd’hui, porte sur le Sahara Occidental. Paul Balta, l’ancien correspondant du Monde qui avait des liens personnels avec le président algérien, raconte que Boumediene considérait que Valéry Giscard d’Estaing, à qui il avait suggéré d’être neutre pour préserver la possibilité de jouer la médiation, lui avait « menti ».  

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