La France envisage de limiter sa présence militaire au Sahel

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La France envisage de limiter sa présence militaire au Sahel
La France envisage de limiter sa présence militaire au Sahel

La France projette de retirer une partie de ses troupes engagées dans l’opération « Barkhane » au Sahel.

Le quotidien Le Monde rapporte dans son édition datée du vendredi 18 décembre 2020 que le général François Lecointre, chef d’état-major des armées françaises, a déclaré, lors d’une visite au Mali le 10 décembre, qu’il envisageait de « limiter le niveau d’engagement » dans la région sahélienne.

« Alors que les troupes françaises luttent depuis 2013 contre le terrorisme, il n’est pas question de désengagement, mais plutôt d’une « évolution ». L’idée est de laisser peu à peu les pays du G5 Sahel assurer plus directement la sécurité sur les immenses territoires couverts par la mission « Barkhane » », écrit le journal du soir qualifiant « la guerre » menée contre le terrorisme depuis presque huit ans de « puits sans fond ».

Le G5 Sahel, créé à l’initiative de Paris en 2014, regroupe la Mauritanie, le Niger, le Mali, le Burkina Faso et le Tchad. Il s’agit d’une force militaire conjointe concentrée sur la lutte contre le terrorisme dans la région sahélo-saharienne et dont le QG est à Bamako. Le dernier sommet du G5 Sahel s’est déroulé à Nouakchott, fin juin 2020, en présence du président français Emmanuel Macron.

Le G5 Sahel, qui compte une force opérationnelle de 5000 hommes, se plaint souvent du manque de moyens financiers et logistiques. La force est critiquée pour son incapacité à lutter efficacement contre les groupes terroristes et les contrebandiers qui franchissent les frontières des pays de la région avec une grande facilité.

45 soldats français tués au Sahel depuis 2013

« Barkhane », qui a remplacé les opérations « Serval » et « Épervier » et qui a été lancée en août 2014, fait elle- même l’objet de critiques pour n’avoir pas pu freiner ou réduire les opérations terroristes ou le trafic d’armes dans la région du Sahel. Selon l’ONU, le nombre des victimes des violences terroristes a sensiblement augmenté depuis 2016. Plus de 4000 morts dont 1800 au Burkina Faso, en 2019.

« Les attaques terroristes sont aussi souvent des efforts délibérés de la part d’extrémistes violents pour capturer des armes et des voies de trafics et se livrer à d’autres activités illicites, y compris l’exploitation minière artisanale illégale dans certaines zones qui soutiennent leurs réseaux », a relevé l’ONU en janvier 2020. Basée à Gao, Niamey et N’djamena, la force de Barkhane, qui compte 5100 hommes depuis le début 2020, teste des drones armés et utilise des avions de chasse, des avions de transport tactique, des hélicoptères, des blindés lourds et légers et des véhicules logistiques.

Depuis le début de l’opération, 45 soldats français ont été tués lors d’attentats à l’explosif ou attaques des groupes armés activant dans la région sahélienne.

Ne pas laisser « le vide »

Barkhane s’est concentrée ces derniers mois dans la région dite des « trois frontières » entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso, considérée comme « l’épicentre » des violences au Sahel. Barkhane évolue en partenariat avec la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du Mali), l’EUTM (Mission de formation de l’Union européenne au Mali) et les forces armées des pays membres du G5 Sahel.

Les soldats français stationnés au Sénégal et au Gabon apportent leur soutien autant que des militaires de « pays alliés », comme le Canada, les États Unis, l’Espagne, le Royaume Uni, l’Estonie et la Suède, réunis dans la task force « Takuba ». Officiellement, la France, à travers l’opération Barkhane, entend aider les pays du Sahel à consolider leurs capacités opérationnelles aux fins d’assurer leur sécurité « d’une manière autonome » et à améliorer la gestion des forces armées (finance, administration, programmation, etc). Stratégiquement, la présence militaire française dans la région du Sahel, contestée ces derniers mois lors de manifestations, notamment à Bamako et à Ouagadougou, a d’autres objectifs.

Interrogé par Le Monde, le général François Lecointre a expliqué que « le retrait » des troupes françaises se fera lentement. « Il faut le faire intelligemment pour ne pas, notamment, que les Russes ou les Chinois, viennent occuper le vide qu’on aura laissé », a-t-il confié.

« Perdre l’initiative est la pire chose qui soit pour une armée »

Le Monde a relevé que la décision d’un retrait des troupes du Sahel revient au chef d’État français et dépendra aussi de « la politique africaine » du nouveau président américain Joe Biden. Pour certains experts, l’Opération Barkhane est dans l’impasse.

« Sur le plan sécuritaire, la montée en force des djihadistes est une réalité qu’on ne peut plus nier. Aujourd’hui, ce sont eux qui, sur le terrain, ont l’initiative du moment, du lieu et de la forme des affrontements. Les forces nationales et internationales qui les combattent, pourtant en nombre, sont cantonnées dans une posture de réaction. Les communiqués officiels masquent mal la réalité d’une situation de terrain qui n’est plus maîtrisée. Or, perdre l’initiative est la pire chose qui soit pour une armée ; c’est le début du doute, qui s’insinue sournoisement dans les têtes », a écrit, dans un tribune publiée par Le Monde, le général Bruno Clément-Bollée, ancien directeur de la coopération de sécurité et de défense au ministère français des Affaires étrangères.

« Aujourd’hui, chaque événement dramatique est l’occasion de conspuer « Barkhane », qu’elle soit liée ou non à l’affaire en cours. La force est taxée d’inefficacité, d’inutilité, voire, parfois, de complicité avec certains mouvements rebelles. A ce train, notre contingent ne sera-t-il pas obligé de quitter le théâtre un jour prochain sous une pression populaire, et non sécuritaire, simplement parce que l’idée même de sa présence au Sahel sera devenue insupportable ? », s’est-il interrogé.

« Négocier » avec les djihadistes ?

Entretemps, l’idée d’ouvrir des « négociations » avec les « chefs djihadistes » fait son chemin au Mali. On cite les noms de Ahmadou Koufa, chef de la la Katiba Macina, et Iyad Ag Ghali, chef du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Iyad Ag Ghali, présent au nord du Mali, conditionne l’ouverture du dialogue avec les autorités de Bamako par le départ des militaires français et ceux de la MINUSMA.

Si Paris est officiellement opposé à toute discussion directe avec « les chefs djihadistes », ce n’est pas forcément le point de vue des militaires. « Nombre de militaires impliqués dans les opérations au Sahel laissent désormais entendre que seule une négociation avec certaines franges djihadistes permettra de sortir d’un conflit aujourd’hui sans horizon de paix », souligne Le Monde.

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